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«J'aurais pris une autre décision»
Luxembourg 4 min. 04.07.2022
Le nucléaire et le gaz, des énergies durables?

«J'aurais pris une autre décision»

Frans Timmermans est sceptique quant à la proposition de sa propre autorité.
Le nucléaire et le gaz, des énergies durables?

«J'aurais pris une autre décision»

Frans Timmermans est sceptique quant à la proposition de sa propre autorité.
Photo: Marc Wilwert
Luxembourg 4 min. 04.07.2022
Le nucléaire et le gaz, des énergies durables?

«J'aurais pris une autre décision»

Diego VELAZQUEZ
Diego VELAZQUEZ
À Luxembourg, le commissaire européen au climat Frans Timmermans remet en question la décision de son administration. Selon lui, investir dans le gaz et le nucléaire n'a pas de sens.

La question cruciale a été posée lundi par Charles Goerens (Renew Europe). Sans détour, le député européen du DP a demandé au commissaire européen au climat Frans Timmermans, en visite au Parlement luxembourgeois, s'il déciderait lui aussi de classer provisoirement l'énergie nucléaire et le gaz parmi les énergies respectueuses de l'environnement s'il était seul à prendre cette décision. Timmermans a également répondu sans détour : «Si j'étais seul, je prendrais de nombreuses décisions de la Commission européenne différemment. Y compris celle-ci». 


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Pour rappel, la Commission européenne d'Ursula von der Leyen avait proposé cet hiver - sous la pression d'Etats comme la France - de classer comme verts, sous certaines conditions, les investissements dans des sources controversées comme l'énergie nucléaire et le gaz dans le cadre de la «taxonomie verte». Cette «taxonomie» sert de catalogue pour les investisseurs dans la lutte contre la crise climatique, afin d'inciter les citoyens et les investisseurs à investir dans des technologies respectueuses de l'environnement pour atteindre les objectifs de l'UE. La décision est depuis très controversée. Mercredi, le Parlement européen aura une dernière chance de rejeter la proposition.

Si j'étais seul, je prendrais de nombreuses décisions de la Commission européenne différemment. Y compris celle-ci.

Frans Timmermans (commissaire européen au climat)

La réponse de Timmermans à la Chambre a clairement reflété toutes les tensions autour de la proposition de taxonomie. La décision de la Commission, a déclaré le socialiste néerlandais, découle des réalités politiques dans les Etats membres de l'UE. «Certains États, dont l'Autriche et le Luxembourg, trouvent l'énergie nucléaire absolument inacceptable, alors que pour d'autres, il s'agit d'une source d'énergie essentielle», a-t-il déclaré. «Ce sont des réalités politiques avec lesquelles il faut vivre et nous avons besoin de tous les États membres à bord pour avancer», a regretté M. Timmermans.

Le marché fera le reste

Entre les lignes, il est toutefois apparu clairement que le commissaire européen au climat estime qu'il n'est pas judicieux de définir l'énergie nucléaire et l'énergie gazière comme des sources d'avenir. «Faites le calcul!», a-t-il déclaré : «De la planification à l'exploitation, il faut 30 à 40 ans pour construire une centrale nucléaire. Financièrement aussi : l'énergie nucléaire sera également de plus en plus chère, alors que l'énergie issue de sources renouvelables sera toujours moins chère. 


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En ce qui concerne le gaz, la guerre en Ukraine a en outre «changé quelque chose», a poursuivi M. Timmermans. Les États qui dépendent beaucoup du charbon voulaient initialement utiliser le gaz comme énergie de transition, mais il est désormais clair qu'il faut promouvoir plus rapidement les sources renouvelables, a déclaré le commissaire européen au climat. 

En conséquence, Timmermans a minimisé l'importance de la taxonomie. «Je ne pense pas que les investisseurs vont revoir leurs stratégies simplement parce que la Commission européenne a reclassifié l'énergie nucléaire et l'énergie gazière», a déclaré le Néerlandais. Le vice-président de la Commission européenne part donc du principe qu'il n'est de toute façon pas judicieux d'investir dans le nucléaire et le gaz, ce qui résoudra donc le problème de lui-même.

Claude Turmes est inquiet

Le ministre de l'Énergie Claude Turmes s'est néanmoins montré préoccupé par le risque de fragmentation du marché financier vert si le Parlement européen approuve la classification de la Commission européenne mercredi. Certains États introduiraient alors de nouveaux critères de leur propre chef, car ils ne sont pas d'accord avec les idées de Bruxelles. 

Les observateurs s'attendent à ce que le vote à Strasbourg soit très imprévisible. Car le mix énergétique des différents pays de l'UE votera en quelque sorte mercredi. Les intérêts nationaux font qu'il est difficile pour les groupes politiques importants de définir une position claire. Alors que les Verts et la gauche se sont clairement positionnés avant le vote, le comportement de vote des conservateurs, des libéraux et des sociaux-démocrates est encore totalement incertain. 


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Cinq des six députés européens luxembourgeois - en accord avec l'avis du gouvernement - voteront contre la proposition de la Commission mercredi. Charles Goerens a déclaré lundi au «Luxemburger Wort» qu'il restait indécis et qu'il souhaitait encore mener quelques discussions avant de pouvoir s'engager définitivement.

Si le Parlement européen ne rejette pas la proposition de la Commission, le gouvernement a déjà annoncé à plusieurs reprises qu'il souhaitait, en collaboration avec le gouvernement autrichien, entamer des démarches juridiques contre cette proposition auprès de la Cour de justice européenne. 

Cet article est paru pour la première fois sur wort.lu/de

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