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«J'ai vendu mon âme au diable»
Luxembourg 6 min. 23.01.2023
Affaire financière à Hesperange

«J'ai vendu mon âme au diable»

Le procès arrive à son terme ce mardi 24 janvier.
Affaire financière à Hesperange

«J'ai vendu mon âme au diable»

Le procès arrive à son terme ce mardi 24 janvier.
Photo: Chris Karaba
Luxembourg 6 min. 23.01.2023
Affaire financière à Hesperange

«J'ai vendu mon âme au diable»

David THINNES
David THINNES
Le ministère public a prononcé ce lundi ses réquisitions contre deux accusés dans le procès de l'affaire financière de la commune de Hesperange.

Huit ans de prison pour Claude G., l'initiateur de l'escroquerie, cinq ans et demi pour Jean-Paul F., également poursuivi pour détournement de fonds: ce sont les réquisitions du ministère public dans le procès de l'affaire financière de la commune de Hesperange. Ces deux peines doivent être assorties chacune de la moitié du sursis. S'y ajoute la demande d'une «amende raisonnable». C'est ce qui est ressorti de la troisième journée de procès devant la 16e chambre correctionnelle du tribunal d'arrondissement de Luxembourg lundi matin.

Avant le réquisitoire, F. a également témoigné. Et l'ancien responsable du service technique s'est mieux vendu - surtout en ce qui concerne la forme - que son collègue de longue date G., qui avait plutôt sombré dans le surréalisme lors de son témoignage.


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F., 53 ans, a raconté son passage à la commune: «Je ne me suis jamais vraiment senti à l'aise, car je n'ai jamais été reconnu à ma juste valeur. C'était aussi lié à mon caractère. Je n'avais pas le sérieux nécessaire pour être responsable d'un service. De temps en temps, j'aimais aussi boire un peu. A la paroisse, il arrivait qu'on ouvre une bouteille de vin».

C'est d'ailleurs ce qu'il a fait à plusieurs reprises avec G. «Nous allions manger ensemble presque tous les midis. Il était le seul à s'intéresser à moi». Une relation amicale s'est développée à partir de là. 

J'ai vendu mon âme au diable.

Accusé Jean-Paul F.

En 2003, G. a expliqué à son collègue de travail quelles étaient les possibilités d'obtenir de l'argent - de manière illégale. G. avait déjà commencé son système d'escroquerie en 2000. «J'ai accepté, 'bêtement en prenant un verre'», explique F., qui explique son comportement de la manière suivante: «Je suis facilement influençable et j'ai du mal à dire non. J'ai vendu mon âme au diable.» Il s'est néanmoins senti «mal à l'aise», mais il ne voulait «pas se présenter comme une victime».

Le représentant du ministère public réagit plus tard à cette déclaration dans son réquisitoire et contredit F.: «Monsieur F. n'est pas la victime dans ce dossier. Il a ses propres cadavres dans le placard.»

Les faits ne sont pas prescrits

F. s'est excusé à plusieurs reprises. Il admet d'une part que le système est devenu «incontrôlable au fil des ans. C'est presque devenu une normalité». D'autre part, il rejette aussi ce qui suit: «Je n'avais aucun aperçu de l'ensemble du procédé - je ne le voulais pas non plus.»

Il ne peut pas expliquer pourquoi il a continué à détourner de l'argent: «J'avais un bon salaire, je ne manquais de rien. Mais c'était une spirale dont je ne pouvais plus sortir. Plusieurs fois, je me suis retrouvé devant la porte du bourgmestre pour me dénoncer.»


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Le représentant du ministère public n'a pas tout à fait cru les déclarations de F. et il a parlé d'«association de malfaiteurs» à propos des deux accusés. Les actes auraient été exécutés «avec une facilité, sans scrupules et avec une énergie criminelle». La prescription des faits ne jouerait pas non plus dans cette affaire, puisque les délits ont été réalisés sans interruption depuis 2000 et jusqu'à la découverte de l'escroquerie en juin 2019. 95% du montant des dommages - environ 5,2 millions d'euros - auraient été causés entre 2000 et 2010. En 2009, il y avait eu un changement du bourgmestre à Hesperange, de Marie-Thérèse Gantenbein-Koullen à Marc Lies (tous deux CSV).

F. ne souhaite pas retourner en prison. Contrairement à G., il ne s'y est «pas plu»: «Je veux réparer les dégâts. En prison, je suis à la charge de la société. Je voulais retrouver un travail, ce que j'ai réussi à faire. Je veux rembourser».

Plusieurs fois, je me suis présenté à la porte du bourgmestre pour me dénoncer.

Accusé Jean-Paul F.

Outre G. et F., l'entrepreneur Jeannot D. est également jugé. F. avait fait réaliser des travaux dans sa maison privée par l'entreprise de ce dernier. «J'avais des problèmes financiers. Et j'ai demandé à Monsieur D. si cela pouvait m'arranger», a témoigné F. lundi. En fin de compte, cela signifiait que des factures privées étaient transférées par F. à la commune et payées illégalement par l'administration. «L'initiative ne venait pas de moi», affirme l'entrepreneur qui a avoué travailler depuis plus de 30 ans avec la commune.

Il s'agit d'environ 34.000 euros. D. avait remboursé trois fois 5.000 euros à la commune à un moment donné. Sur le reste de la somme, le tribunal a tenté pendant deux jours de trouver des éclaircissements. Un témoin, une ancienne employée de D., avait déclaré avoir également établi une facture pour les 19.000 euros. D. le nie, il n'y a pas de preuve matérielle.

«La commune n'a rien à se reprocher»

Son avocate a demandé une suspension du prononcé. Les juges retiennent la culpabilité de l'accusé, mais ne fixent pas de peine. Si l'accusé se rend coupable d'une quelconque faute pendant cette période déterminée, le tribunal peut prononcer une peine pour la première infraction. Elle a fait valoir que son client n'avait pas d'inscription au casier judiciaire, qu'il avait avoué, qu'il avait remboursé une partie de la somme et que les faits remontaient à longtemps.

La commune de Hesperange et l'État se sont portés parties civiles. Tous deux demandent des indemnités. L'avocat de la commune, tout comme le représentant du ministère public, a également contredit l'image que F. a donnée de lui-même: «C'est une personne clé, pas dans l'idée, mais il était rapidement dans le bateau et a également ramé avec lui». En outre, il a également souligné: «Le nom souillé de la commune doit être restauré. Elle n'a rien à se reprocher.» Le procès arrive à son terme ce mardi.

Cet article a été initialement publié sur le site du Luxemburger Wort.

(Traduction: Thomas Berthol)

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