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J'ai testé pour vous: L'hypnose en milieu médical: la positive attitude
Le patient est "emporté dans un autre monde" avant d'être endormi par l’anesthésiste.

J'ai testé pour vous: L'hypnose en milieu médical: la positive attitude

Photo: hôpital Robert Schuman
Le patient est "emporté dans un autre monde" avant d'être endormi par l’anesthésiste.
Luxembourg 5 min. 28.04.2016

J'ai testé pour vous: L'hypnose en milieu médical: la positive attitude

L'hôpital Robert Schuman situé au Kirchberg est l'un des hôpitaux luxembourgeois pratiquant l'hypnose médicale. Mais qu'est ce que cela veut dire concrètement, «hypnotiser quelqu'un» ? Nous avons rencontré Aurélie, infirmière anesthésiste, qui pratique cette méthode et a même tenté l'expérience sur nous...

Par Sophie Wiessler

L'hypnose. Un gros mot qui n'en est pas vraiment un. On ne vous parle pas ici des numéros rocambolesques de Messmer, mais plutôt d'une hypnose plus douce, moins impressionnante, plus humaine. 

C'est à l'hôpital Robert Schuman, au Kirchberg, que cette pratique est employée, depuis maintenant trois ans. Aurélie, jeune infirmière, a suivi une formation dans ce sens. Elle «hypnotise» ses patients. 

Une situation que l'on «vit tous les jours»

En réalité, elle ne fait que leur parler. «On parle ici d'hypnose conversationnelle. L'hypnose n'est qu'un état de conscience modifiée: on le vit presque tous les jours. 

Lorsque vous lisez un livre et que quelqu'un vous parle sans que vous le remarquiez, c'est ça l'état second. Notre corps est ici mais on a la tête ailleurs. Nous recréons cette atmosphère afin que le patient oublie qu'il se trouve dans un bloc opératoire», explique-t-elle.

Ainsi, les mots «douleur» et «mal» sont bannis du bloc opératoire. Tout doit être toujours positif. «Il faut comprendre une chose: notre inconscient a l'âge d'un enfant de 7-8 ans. Si on dit à quelqu'un *ne pensez pas à un éléphant rose*, il va le faire. C'est pareil en milieu hospitalier: si vous dites à un patient *ne vous inquiétez pas*, il va forcément relever le mot "inquiéter" et commencera à douter», explique-t-elle.

Le but ici est que le patient pense à autre chose. «Venir à l'hôpital, subir une chirurgie, quelle qu'elle soit, reste une agression pour le corps. On est toujours stressé à l'hôpital, et cette façon de traiter le patient, avec l'hypnose, aide sans aucun doute», souligne Philippe Welter, anesthésiste.

Comment ça marche ?

Le terme d'hypnose rend sceptique bon nombre de personnes. «C'est faux», «je n'y crois pas» «ça ne marche qu'avec certaines personnes, qui y croient» etc. J'étais moi-même quelque peu sceptique mais curieuse de voir le travail qu'accomplissent ces médecins.

Aurélie me propose donc de tenter moi-même l'expérience. Quoi de mieux que de vivre la situation pour pouvoir la retranscrire ? J'accepte. 

Assise confortablement sur une chaise, elle se place devant moi. Pour commencer, nous discutons simplement: hobbies, lieu de vacances, travail etc. Puis, d'une voix très douce et apaisante, elle me demande de fermer les yeux.

Nous partons alors sur une plage, à regarder paisiblement le ciel bleu. Cela peut paraître très cliché mais ça fonctionne. «Vos muscles se détendent, votre respiration est profonde», souligne Aurélie. Et ça marche. Spontanément, mon corps suit les directives de la jeune infirmière.

Mes muscles se relâchent, et je suis simplement le son de sa voix. Ma respiration se fait plus lente et profonde. «Profitez de ce moment pour vous. Loin de tout, juste vous et vos pensées. 

Vous allez repartir d'ici en pleine forme, revitaliser, prête à retourner au travail avec entrain et bonne humeur», continue Aurélie. Je souris à cette pensée et ouvre alors les yeux, notre petite séance touchant à sa fin. 

«Étirez-vous», me conseille-t-elle. Un peu engourdie après la séance, je repars alors au travail, plus motivée que jamais. Le «qu'est-ce qui t'arrive?» de mes collègues à mon retour ne fait que renforcer la donne: ça a fonctionné, je me sens en pleine forme, une vraie boule d'énergie.

«Tout se joue sur la communication»

En cinq minutes, Aurélie a su recréer une atmosphère, un temps «donné pour soi», paisible et loin du moment présent. Ces simples mots ont réussi à peser sur mon inconscient. «Les patients ne remarquent pas que c'est de l'hypnose. Ce sont simplement des subtilités de langage à prendre en compte. On fait attention à ce qu'on dit et on tâche de toujours rester positif», souligne Aurélie.

Une patiente a même confirmé les bienfaits de cette méthode. Hypnotisée par Aurélie, elle en a redemandé. «A choisir entre la méthode normale et la vôtre, je choisis sans hésiter la vôtre! Je ne sais pas ce que vous m'avez fait mais merci, je me sens bien», raconte-t-elle.

En effet, cette méthode alternative apporte des résultats. «Lorsque nous commençons l'hypnose au bloc, nous voyons sur le monitoring que la tension baisse, les battements du cœur ralentissent aussi, retrouvent un rythme normal. La respiration est plus lente et le patient est calme, dans son monde. Son corps est au bloc, mais sa tête est ailleurs. Nous avons donc besoin de moins de médicaments, pour l'endormir et pendant l'opération.

Le patient s'endort avec des images positives en tête et se reveille plus facilement après l'opération. On voit également une meilleure guérison, moins de complications. C'est prouvé», souligne Aurélie.

Une conférence sur le sujet vendredi soir

C'est pour prouver ces effets qu'une conférence concernant l'hypnose en milieu hospitalier a lieu vendredi soir à 18h, à l'hôpital Robert Schuman. «Nous voulons sensibiliser nos collègues à cette méthode de travail, parce que c'est à la portée de tous. Il suffit de changer un peu de vocabulaire, d'éviter les négations. Nous voulons les convaincre d'utiliser cette méthode, de se former à cette pratique», explique Philippe Welter.

Cette conférence est ouverte au public mais la salle est déjà comble. «Nous avons dû refuser des gens. Il ya beaucoup de monde, c'est un bon présage mais c'est surtout la curiosité qui amènent ces personnes. Nous organiserons sans aucun doute d'autres conférences au cours de l'année. Il faut que les patients comprennent notre travail et n'aient surtout plus peur du mot *hypnose*», conclut Aurélie.


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