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Inhumés au pied d'un chêne, en pleine forêt
Luxembourg 22 1 4 min. 31.10.2019

Inhumés au pied d'un chêne, en pleine forêt

Aucun pot de fleurs, bougies tombales ou couronnes de fleurs ne sont admis sur les «tombes» naturelles du cimetière forestier de Roodt-sur-Syre.

Inhumés au pied d'un chêne, en pleine forêt

Aucun pot de fleurs, bougies tombales ou couronnes de fleurs ne sont admis sur les «tombes» naturelles du cimetière forestier de Roodt-sur-Syre.
Photo: Maurice Fick
Luxembourg 22 1 4 min. 31.10.2019

Inhumés au pied d'un chêne, en pleine forêt

Maurice FICK
Maurice FICK
Ce sont des nécropoles naturelles, sans marbre, ni croix, ni bougies pour la Toussaint. Dans les cimetières forestiers, toujours plus nombreux au Luxembourg, les défunts sont inhumés de la manière la plus simple, entre les racines des plus vieux chênes.

Sur les hauteurs de Roodt-sur-Syre, où le Riederbësch pointe vers la flèche géométrique du clocher, les joggeurs et vététistes qui se baladent dans les bois ne savent pas forcément qu'ils côtoient les morts. Rien ici, ou presque, n'indique qu'ils traversent en réalité un cimetière. «C'est le premier et le plus naturel des cimetières forestiers de tout le pays», glisse Edwin Pothowen, responsable des espaces verts à la commune de Betzdorf. Il connaît bien les lieux pour y avoir enterré nombre de cendres de défunts. 

Edwin Pothowen: «Les 48 arbres choisis pour accueillir les cendres sont tous des chênes d'au moins 150 ans parce que ce sont les plus résistants.»
Edwin Pothowen: «Les 48 arbres choisis pour accueillir les cendres sont tous des chênes d'au moins 150 ans parce que ce sont les plus résistants.»
Photo: Maurice Fick

Entre feuilles et bois morts, aucun chemin n'indique la direction à prendre. Il faut lever la tête à l'approche des plus gros chênes pour comprendre et se repérer. Les troncs sont numérotés de un à 48 sur la parcelle de deux hectares. Quinze chênes se sont déjà métamorphosés en discrètes sépultures comme l'indique une plaquette sur laquelle figurent, le plus simplement du monde, le nom et les dates de naissance et de décès de celui, celle ou ceux qui reposent là.

«Autour de chaque arbre, il y a dix emplacements. Au moment du lancement du projet pilote en 2010, des personnes ont réservé toutes les places au pied d'un même arbre. Du coup, le règlement a été modifié au bout de deux ans et aujourd'hui il est possible de réserver au maximum cinq emplacements», explique Nadine Weber en charge de la gestion des concessions à l'état civil de Betzdorf. Mais «pour avoir une concession, quelqu'un doit être décédé. On ne peut pas réserver un arbre avant son décès», rajoute Michelle Mathias, responsable du service.

Les communes de Junglinster et Dudelange se sont dotées à leur tour d'un cimetière forestier en 2019. De sorte que le Grand-Duché en compte aujourd'hui  une quinzaine. «Le nombre de gens recherchant le caractère naturel d'un cimetière forestier comme dernier lieu de repos est actuellement en augmentation», indique sur son site dédié l'Administration de la nature et des forêts qui décide de l'implantation des sites au niveau national. Le cimetière forestier de la capitale se trouve tout au bout de la rue de Cessange et jouxte la croix autoroutière. 

L'emplacement en pleine nature et la possibilité de s'assurer ce lieu de sépulture à long terme, sont deux raisons qui poussent davantage de concitoyens à faire ce choix. Les habitants de Betzdorf mais aussi de Niederanven depuis 2018 et de Schuttrange depuis cette année, paient «200 euros par emplacement pour une durée de quinze ans et 400 euros pour trente ans auxquels il faut ajouter les frais de dépôt des cendres qui sont de 100 euros», explique Nadine Weber. 

  Ces prix varient en fonction des communes. Allant par exemple de 25 euros pour trente ans au cimetière régional du Gehaansbierg à Dudelange, à 125 euros pour une concession de quinze ans à Kayl-Schifflange ou 200 euros pour la même durée à Differdange. «Nous ne pouvons pas vraiment l'imposer mais nous essayons toujours de voir que les parcelles forestières communales aménagées puissent servir à plusieurs communes», souligne Frank Wolff, directeur-adjoint de l'Administration de la nature et des forêts. S'appuyant sur le projet-pilote de Betzdorf, elle a émis des lignes directrices pour la gestion de tous les sites régionaux.   


A Betzdorf, où 16 hectares de forêt avaient été réservés au départ pour créer le seul cimetière de ce genre au pays, l'effet du lancement est retombé. D'une douzaine d'enterrements par an, Edwin Pothowen est passé «à un seul pour cette année jusqu'ici». Les habitants qui disposent d'une tombe, optent souvent pour y déposer une urne. Mais «je pense que les choses vont changer avec la nouvelle génération», glisse Michelle Mathias.

Un enterrement en forêt

Concrètement, le jour de l'enterrement, «les gens se garent au cimetière et viennent jusqu'ici à pied. Un curé peut être présent pour une petite cérémonie ou pas. Mais dans tous les cas, il y a un responsable communal sur place pour accueillir l'urne funéraire qui est remise directement par les pompes funèbres», explique Edwin Pothowen. Le jour précédent il aura pris le soin de creuser le trou d'une cinquantaine de centimètres de profondeur et d'une largeur de bêche. 

Sa mission: «Veiller que les cendres soient bien mises en terre et non épandues sur le sol ou emportées à la maison». Formé par Oméga 90 pour accueillir les familles en deuil, il raconte pudiquement qu'«il lui arrive aussi de pleurer lorsqu'il voit les familles ou amis meurtris» au pied du chêne.

Là, seuls quelques fleurs ou un bouquet entièrement biodégradable pourront être déposés en souvenir du défunt. «Si, pour l'occasion sont déposés un pot en plastique ou une couronne de fleurs notre service les enlève après deux semaines», histoire de maintenir le caractère naturel du cimetière forestier. 


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