Changer d'édition

Incendies en série de Burmerange: Que se passe-t-il dans la tête d'un pyromane?
Il y a environ une semaine, le troisième incendie réduisait quelque 120 bottes de paille en cendres, entre Elvange et Burmerange.

Incendies en série de Burmerange: Que se passe-t-il dans la tête d'un pyromane?

Photo: Centre d'Intervention Schengen
Il y a environ une semaine, le troisième incendie réduisait quelque 120 bottes de paille en cendres, entre Elvange et Burmerange.
Luxembourg 3 min. 26.07.2017

Incendies en série de Burmerange: Que se passe-t-il dans la tête d'un pyromane?

Anne FOURNEY
Anne FOURNEY
La série de feu de paille ou de foin dans le secteur de Burmerange pose la question des motivations de son auteur. Mais qu'est-ce qui peut pousser quelqu'un à provoquer un incendie? Nous avons demandé à un psychiatre de nous expliquer tout cela.

Par Steve Remesch (traduit de l'allemand par AF)

Les raisons qui poussent une personne à provoquer un incendie sont la plupart du temps obscures. Souvent, l'incendiaire ressent principalement de la frustration. Il est en colère et cherche un moyen de l'exprimer. 

«Le feu est la destruction, une forme de vandalisme», explique le psychiatre Marc Gleis, dont l'expertise est régulièrement sollicitée par la justice. «On casse quelque chose. Cela pourrait aussi être autre chose. Vous mettez le feu à des poubelles, alors que vous pourriez tout simplement les renverser.» Les pyromanes ne seraient eux-mêmes pas conscients de la portée de leurs actes. 

Les incendiaires ne sont pas tous des pyromanes

La portée de leurs actes leur est indifférente, tout simplement. «Seuls trois pourcents des incendiaires sont considérés d'un point de vue médical comme des pyromanes», poursuit le docteur Marc Gleis. «J'ai déjà eu affaire à quelques incendiaires dans le cadre de l'expertise judiciaire, mais jamais à d'authentiques pyromanes.»

L'interprétation du terme pyromane est aussi très restrictive. Il existe des gens qui ressentent simplement une satisfaction au fait de mettre le feu, sans qu'il y ait une raison concrète à cela (vengeance, colère…). D'autres, principalement des hommes, sont dans un état de tension permanent. Lorsqu'ils mettent le feu, cette tension se relâche et ils se sentent mieux. Ils profitent de cet état bienfaisant au moment du passage à l'acte, mais les conséquences de l'incendie sont insignifiantes pour eux.

C'est ce qui différencie les pyromanes des incendiaires habituels, qui passent à l'acte pour des motivations politiques, de vengeance, ou sous l'effet de l'alcool, ou encore pour effacer des preuves dans le cadre d'une enquête policière, pour se donner de l'importance, se jouer de la police  ou parfois juste pour se prouver qu'ils peuvent ensuite maîtriser eux-mêmes le feu. 

Et les pompiers incendiaires?

Le fait que les pompiers deviennent fréquemment des incendiaires est statistiquement difficile à contredire. Bien souvent, les incendiaires montrent un fort intérêt pour le métier de soldat du feu. 

L'incendiaire peut aussi avoir des problèmes psychiatriques sans être pour autant un pyromane. Il peut souffrir de troubles bipolaires, de troubles de la personnalité ou d'une psychopathie, voire de schizophrénie. 

Dans le cas d'un feu de paille ou de foin, les pompiers circonscrivent l'incendie et laissent les bottes se consumer.
Dans le cas d'un feu de paille ou de foin, les pompiers circonscrivent l'incendie et laissent les bottes se consumer.
Photo: CISCH

La fascination pour le feu est un point commun chez les incendiaires. Elle est moindre chez les pyromanes, chez qui elle ne représente qu'une partie du problème. Chez ces derniers, il s'agit d'une pulsion incontrôlable.

La pureté de l'intention

La pathologie du pyromane est «comparable à la cleptomanie (manie de voler, ndlr) ou à la ludopathie (dépendance au jeu, ndlr)», enchaîne le docteur Gleis. «Il s'agit d'une dépendance. Alors que chez les incendiaires habituels, il existe une combinaison de motivations que l'on ne retrouve pas chez les pyromanes. Les experts parlent dans le cas des pyromanes de la pureté de l'intention.

Les pyromanes décrivent leurs actes sans emphase. Ils ont ressenti une pulsion à laquelle ils ont dû succomber, c'est tout. Ils ne ressentent pas de culpabilité après leur passage à l'acte. 

«Les alcooliques se comportent souvent de la même façon», rapporte le docteur Gleis. «Je ne vais pas bien. Je bois. Alors je me sens mieux et je ne pense pas aux conséquences. D'autres personnes qui ont tendance à l'autodestruction, se comportent ainsi: il y a un mal-être, je me fais mal et cette tension, ce mal disparaît.»

Quelle thérapie pour les incendiaires?

Que ce soit chez les incendiaires ou les pyromanes, l'envie de mettre le feu revient de façon épisodique. Ils trouvent souvent une autre façon d'évacuer leur frustration ou leur colère. Les approches thérapeutiques se révèlent efficaces pour freiner ces envies incendiaires. 

Chez les pyromanes, on essaiera de traiter directement le problème de stress qui est à la base de la pyromanie. Chez les incendiaires il faudra s'attaquer à la cause de la frustration , à l'estime de soi, à la régulation des émotions, à faire face à ses ressentis. «Il s'agit souvent de personnes qui refoulent quotidiennement leurs émotions et souffrent de ne pas pouvoir les exprimer», souligne Marc Gleis. 

Concernant les incendies survenus à Burmerange et dans ses proches environs, il manque encore des informations pour déterminer le profil de l'auteur. Ce qui est impressionnant, c'est la cadence avec laquelle l'auteur a frappé: sept incendies en l'espace de six jours.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Appel à témoins: Incendie à Burmerange: et de quatre!
Les pompiers n'en finissent plus avec les feux de paille à Burmerange. Alors que mercredi, la police lançait un appel à témoins après que trois incendies ont eu lieu au Grand-Duché, un quatrième a dû être maîtrisé le soir même.
Les feux de paille n'en finissent plus depuis quelques jours au Luxembourg.