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«Il faut un minimum de cohérence entre pays de l'UE»
Luxembourg 4 min. 01.05.2020

«Il faut un minimum de cohérence entre pays de l'UE»

François Bausch est opposé à l'idée que les consommateurs perdent leur droit au remboursement. Une règlementation qui est pourtant inscrite au niveau européen.

«Il faut un minimum de cohérence entre pays de l'UE»

François Bausch est opposé à l'idée que les consommateurs perdent leur droit au remboursement. Une règlementation qui est pourtant inscrite au niveau européen.
Photo: Guy Wolff
Luxembourg 4 min. 01.05.2020

«Il faut un minimum de cohérence entre pays de l'UE»

Eddy RENAULD
Eddy RENAULD
Déconfinement, investissement ferroviaire ou encore législation européenne sur les droits des passagers, les ministres européens des Transports de l'UE avancent encore en ordre dispersé. De son côté, François Bausch plaide pour davantage de coopération.

La dernière réunion informelle des ministres des Transports de l'UE, qui s'est tenue mercredi soir, a été marquée par une nouvelle divergence de vue entre les 27 sur la gestion de la crise actuelle du covid-19. Explications de la position luxembourgeoise avec François Bausch (Déi Gréng), ministre de la Mobilité.

Le fait que les compagnies aériennes aient la possibilité de retarder le remboursement des billets pour des vols annulés pendant la pandémie en offrant des coupons  aux consommateurs suscite pas mal de controverses. Pourquoi? 

François Bausch - «Nous sommes effectivement une minorité de pays à nous opposer à cette approche (Luxembourg, Suède, Finlande, Slovaquie, Lituanie, Danemark, Hongrie et Slovénie ndlr). La décision n'est pas encore prise et d'ailleurs c'est à la Commission que revient le dernier mot. Mais si c'est le cas, ce sera un très mauvais signal envoyé aux citoyens européens, une entorse au droit des consommateurs même.

La France, l'Allemagne ou les Pays-Bas s'opposent à ce remboursement systématique. Parce que ce sont également des pays qui disposent des plus grosses compagnies aériennes? 

«Je pense que cela joue dans leur prise de position. Personnellement, je ne suis pas opposé à l'idée des "vouchers" (bon d'échange, ndlr) mais au final, c'est au consommateur de décider ce qu'il désire. Il faut respecter le client. Si la Commission venait à changer sa loi sur le droit des consommateurs et à l'appliquer de manière rétroactive, ce serait du grand n'importe quoi. Si quelqu'un décidait d'aller en appel devant la justice européenne, il aurait certainement gain de cause.


Politik, Interview Francois Bausch, Foto: Lex Kleren/Luxemburger Wort
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A vous entendre, il s'agit d'une mauvaise approche?  

«Absolument. Mettez-vous à la place du citoyen, il aura l'impression d'avoir payé deux fois. La première en achetant son ticket et la seconde via les aides d'Etat qui vont soutenir les principales compagnies aériennes. Ce sont les contribuables qui vont aussi financer ces soutiens. La confiance envers le secteur aérien risque d'être également entamée. Nous n'avons aucune idée sur la date de fin de cette pandémie de covid-19 et les citoyens qui ont été floués ne seront certainement pas prêts à se tourner vers les compagnies aériennes sans réfléchir un minimum.

Cette crise doit donc marquer un tournant dans la manière de gérer le secteur de l'aviation...

«C'est important que l'Union européenne soit favorable aux aides d'Etat pour soutenir le secteur aérien. Mais c'est aussi une bonne occasion de mettre à profit ces fonds pour changer le mode de fonctionnement et pas simplement sauver ces entreprises. Pourquoi ne pas assortir ces soutiens de critères afin de rendre le secteur plus durable et efficace pour faire face aux futurs défis. Je pense notamment aux futures obligations du green deal pour lutter contre la crise climatique. C'est aussi l'occasion de préserver les conditions sociales des personnes qui travaillent dans les transports.  

Les accords bilatéraux entre les pays seront un coup mortel à l'idée européenne.   

Outre l'aviation, vous avez aussi évoqué l'idée d'investir massivement dans le secteur ferroviaire. Avec quel objectif ?

«Cela figurait à l'agenda mais malheureusement nous n'avons pas énormément avancé sur ce sujet. Cela dit, nous devons profiter des programmes de relance mis sur pied par l'UE pour proposer une infrastructure ferroviaire de qualité. Cette modernisation est indispensable, histoire de proposer des transports durables et répondre ainsi à la demande du pacte vert initié par la Commission.

La délicate question du déconfinement a également été abordée. Avez-vous le sentiment qu'il y a une certaine coordination entre les Etats?

«L'ouverture des frontières reste un sujet particulièrement sensible. Si des accords bilatéraux sont signés entre les pays, ce sera un coup mortel à l'idée européenne. Je comprends que les Etats doivent prendre des mesures de précaution mais au départ, il faut une certaine uniformisation. Je suis en faveur d'une meilleure concertation pour déterminer les mesures encadrant la reprise des services de transport ou encore l'ouverture des frontières. Par exemple, pourquoi ne pas généraliser le port du masque dans les aéroports et les avions. Libre ensuite à chaque pays d'aller plus loin dans ses dispositions mais au départ, il faut un minimum de cohérence.»

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