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«Il faut progresser dans la vaccination de rappel»
Luxembourg 7 min. 24.11.2021
Pandémie au Luxembourg

«Il faut progresser dans la vaccination de rappel»

«Le gouvernement fait passer le message que ne pas recevoir son injection, ce n'est pas si grave», estime le Dr Claude Muller du CHL.
Pandémie au Luxembourg

«Il faut progresser dans la vaccination de rappel»

«Le gouvernement fait passer le message que ne pas recevoir son injection, ce n'est pas si grave», estime le Dr Claude Muller du CHL.
Photo : DPA
Luxembourg 7 min. 24.11.2021
Pandémie au Luxembourg

«Il faut progresser dans la vaccination de rappel»

Le virologue Claude Muller salue l'offre d'une troisième dose pour les plus de 18 ans. Il encourage le gouvernement à davantage cibler les personnes vulnérables dans cette nouvelle étape de la campagne de vaccination.

(tb avec Michèle Gantenbein) - Alors que la quatrième vague du covid pousse les soignants à bout, le virologue Claude Muller lance un appel au gouvernement. L'Etat devrait, selon lui, mieux informer la population sur les bénéfices de la vaccination. Un message pas assez mis en avant dans la communication de crise. 

A l'étranger, les mesures sanitaires sont renforcées. Au Luxembourg, le gouvernement attend de voir l'évolution de la situation. Qu'en pensez-vous ? 

Claude Muller - «Je suis en accord avec le gouvernement sur ce point. Tant que le taux d'hospitalisation et l'occupation des lits en soins intensifs restent relativement constants, pas de raison de durcir les mesures sanitaires. Nous devrions maintenant nous concentrer sur la vaccination de ceux qui présentent un risque élevé de se retrouver en soins intensifs.  


«Même les guéris doivent se faire vacciner»
48.226 personnes ont déjà bénéficié de la "dose complémentaire". Un passage nécessaire estime le Pr Markus Ollert du Luxembourg Institute of Health. Ce spécialiste de l'immunologie revient sur ce que la campagne vaccinale a révélé.

Si nous atteignons un taux de vaccination au-delà des 90% parmi les sujets vulnérables ou à risque, la pandémie sera terminée d'un point de vue santé publique. Il y aura encore des infections, mais cela relèvera alors de la responsabilité de chacun. De toute façon, tôt ou tard, toutes les personnes non vaccinées seront infectées. Il n'y a pas d'autre alternative : la vaccination ou le virus. 

Si ce taux de vaccination chez les personnes vulnérables n'est pas atteint, faut-il envisager une obligation vaccinale du personnel de santé

«Si l'obligation de vaccination était introduite, elle devrait concerner d'abord le personnel des établissements pour personnes âgées et des hôpitaux.


dpatopbilder - PRODUKTION - 17.11.2021, Baden-Württemberg, Stuttgart: Krankenpflegerin Meryl Meister (l) steht in einem Patientenzimmer eines abgetrennten Bereichs für Covid-19 Patienten einer Intensivstation des Klinikum Stuttgart, mit einer Kollegin in einem Patientenzimmer eines Covid-19-Patienten.      (zu dpa "Auf der Corona-Intensivstation") Foto: Marijan Murat/dpa +++ dpa-Bildfunk +++
Le Grand-Duché reste exempté de vaccination obligatoire
Le gouvernement n'entend toujours contraindre ni les soignants, ni les habitants à une injection anti-covid de rigueur. Enfin, «pour l'heure», ne manque pas d'instiller la ministre de la Santé.

Indépendamment de cela, il faut absolument améliorer les techniques de vaccination du personnel, en particulier dans les services de soins à domicile. Apparemment, il n'existe pas non plus de tests fiables pour le personnel non vacciné, sinon le taux de vaccination serait connu. Mais le taux de vaccination du personnel soignant semble être le secret le mieux gardé de ce pays...

Quelle est l'importance de la vaccination de rappel et comment le gouvernement devrait-il s'y prendre pour s'assurer que le plus grand nombre de personnes en bénéficient ? 

«Pour les personnes vulnérables, le gouvernement devrait lancer une campagne spéciale d'information et de sensibilisation. Ouvrir la troisième vaccination à toutes les personnes de plus de 18 ans est une bonne chose. Les personnes de moins de 55 ans souffrant de maladies chroniques comme le diabète ou l'obésité (présentant un risque accru de complications) devraient être davantage ciblées aussi. 


18.11.2021, Hessen, Wiesbaden: Ein Mann bekommt in der DKD Helios Klinik in Wiesbaden seine Booster-Impfung gegen das Corona-Virus in den Oberarm gespritzt. In einem Obergeschoss der Klinik läuft derzeit der Probebetrieb für das künftige neue Impfzentrum der Landeshauptstadt. Foto: Boris Roessler/dpa +++ dpa-Bildfunk +++
Encore (au moins) 10% de la population à convaincre
La bataille pour l'immunisation collective est encore loin d'être gagnée dans la guerre au covid menée au Luxembourg. Le ministère de la Santé estime à 76,3% le taux de vaccination chez les 12 ans et plus. Pas de doute : il faut relancer l'offensive pour atteindre les 85% désirés.

Les personnes vaccinées pourraient se croire, à tort, en sécurité et ne pas recourir à la vaccination complémentaire. La promotion de la dose de rappel ne doit-elle pas être plus intensive ? 

«Actuellement, il y a deux fois plus de troisièmes doses anti-covid administrées que de premières injections. Proportionnellement, elles avancent donc bien. Mais seules 60% des personnes âgées sont boostées. Les primo-vaccinations, en revanche, stagnent et cela ne changera plus beaucoup. 

Si le gouvernement n'opte pas pour des mesures différenciées pour les vaccinés et les non-vaccinés, on assistera peu à peu à une contamination naturelle. Tant que cela n'augmente pas les hospitalisations ou la pression en soins intensifs, il s'agit probablement d'une décision politique. Il faudrait donc se concentrer sur les vaccinations de rappel, afin de ne pas perdre les acquis des piqûres du début et du milieu d'année en raison d'une baisse de la protection immunitaire.

Qui propagent le plus le virus, les non-vaccinés ou les vaccinés? 

«A mesures de protection égales, le taux de reproduction du virus (nombre de personnes qu'une personne infectée va en moyenne infecter) est au moins dix fois plus faible chez les vaccinés que chez les non-vaccinés. Cela signifie que le virus meurt très rapidement chez les vaccinés, alors qu'il continue à circuler chez les non-vaccinés.


Derrière les murs de l'hôpital
La hausse du nombre de patients soignés dans les services de réanimation du CHEM ne laisse pas indifférents les personnels. Des soignants qui se retrouvent le plus souvent au chevet de personnes non vaccinées.

Le pays compte 4,2 fois plus de personnes vaccinées que de non vaccinées. Il faut tenir compte de ce fait lorsqu'on considère les hospitalisations. Plus le nombre de personnes vaccinées est en hausse, plus leur nombre augmente aussi à l'hôpital. Mais attention, pas la proportion des hospitalisés vaccinés. C'est ce que l'on appelle le paradoxe de la vaccination. Si nous ne progressons pas dans la vaccination de rappel, la proportion de personnes vaccinées dont les anticorps s'affaiblissent augmentera peu à peu. 

Sans donner de chiffres, il est contre-productif de répéter sans cesse que même les personnes vaccinées peuvent transmettre le virus ou contracter l'infection. Il est vrai que la transmission est chez eux dix ou vingt fois moins importante que ceux qui ne se sont pas fait administrer une dose anti-covid. 

 Pour le Pr Muller, il sera difficile de convaincre les personnes réticentes à la vaccination.
Pour le Pr Muller, il sera difficile de convaincre les personnes réticentes à la vaccination.
Photo : LIH

Si l'on regarde les données du service des soins intensifs de juillet à fin octobre au CHL : 34 cas covid+ pris en charge, trois vaccinés, 31 non-vaccinés. Cela signifie que les personnes vaccinées sont protégées à 97,5% contre une forme grave. C'est tout de même phénoménal, mais ce message n'est pas transmis par le gouvernement. 

Contrairement à l'Allemagne, les scientifiques sont absents des conférences de presse au Luxembourg... 

«Il faudrait effectivement faire appel à des scientifiques pour expliquer les choses, au lieu de laisser le champ libre au Premier ministre. Lui ou la ministre de la Santé opèrent avec des chiffres qu'ils ne saisissent pas. Paulette Lenert (LSAP) est certes mieux informée sur le sujet mais elle n'est pas toujours bien conseillée. 

Il est regrettable que la communication ne permette pas à la vaccination d'obtenir la reconnaissance qu'elle mérite. Le gouvernement ne met pas assez en évidence la différence entre vaccinés et non-vaccinés. 


23.11.2021, Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf: Alexander Daiker wird gegen das Coronavirus geimpft. Wegen der gestiegenen Nachfrage erweitert die Stadt Düsseldorf die Impfkapazitäten und eröffnet in der ehemaligen Zentralbibliothek am Hauptbahnhof ein neues Impfzentrum. Foto: Malte Krudewig/dpa +++ dpa-Bildfunk +++
Pas de bon d'achat en échange d'un vaccin
Certains Etats organisent des loteries, distribuent des cadeaux voire offrent des primes à celles et ceux qui se font vacciner sur le tard. Ce n'est pas l'intention du Luxembourg, a réaffirmé la ministre de la Santé.

La vaccination des  jeunes de moins de 12 ans aurait-elle un impact sur la pandémie ? 

«Il faut voir combien de familles feraient vacciner leurs enfants. On peut supposer que les parents qui ne sont pas vaccinés feront le même choix pour leur progéniture.

J'estime qu'il faudrait rappeler aux adultes leur responsabilité. En effet, ils ont une fonction de ''passerelle'' et sont le vecteur du virus entre les petits (l'école) et le monde du travail. Ils devraient faire un effort particulier pour se faire vacciner.

En ce qui concerne, le scepticisme vis-à-vis des vaccins : le gouvernement ne devrait-il pas agir de manière plus ciblée contre la diffusion de fausses informations ?

«Le gouvernement communique déjà de manière ciblée, avec des podcasts et des webinaires. Mais il n'atteint pas le groupe cible des ''anti''. Mais la pire des communications est celle diffusée lors des conférences de presse. On y donne l'impression aux non-vaccinés qu'ils ne sont pas sous pression parce qu'on leur accorde les mêmes droits qu'aux vaccinés. 


«Démocratie et institutions survivront à la pandémie»
Pour l'historien Marc Schoentgen, les mesures anti-covid ne transforment pas le pays en état totalitaire. Il rappelle aux anti-vaccins les privations des libertés qu'a connues le pays sous le régime nazi.

En répétant sans cesse les concessions faites aux sceptiques, le gouvernement fait passer le message que ne pas recevoir son injection, ce n'est pas si grave. Cette communication, couplée à des chiffres qui ne sont pas remis dans leur contexte et qui dénigrent la vaccination, apporte de l'eau au moulin des sceptiques de la vaccination.

Il faudrait donc être plus sévère avec les non-vaccinés ? 

«Vaccinés et non-vaccinés ne devraient pas être mis sur un pied d'égalité. La seule raison de la vague actuelle, des restrictions et coûts qui y sont liés, ce sont les non-vaccinés. C'est une énorme concession à la ''liberté de décision et d'opinion'' des non-vaccinés. 

On pourrait imaginer qu'ils paient les tests de leur poche, alors qu'ils sont gratuits pour les vaccinés. Que les personnes non vaccinées infectées soient traitées en cas de maladie ne fait aucun doute. Mais si les non-vaccinées émettent des réserves quant à l'effet salutaire des anticorps, elles devront également renoncer au traitement coûteux par anticorps en cas de maladie. Je m'étonne toujours que des personnes ayant si peu confiance en la médecine, alors qu'elles sont justement les plus vulnérables en cas de maladie, se mettent entre les mains de cette médecine.»


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