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«Il faut la jouer David avec Goliath»
Luxembourg 4 min. 07.05.2020

«Il faut la jouer David avec Goliath»

Pour Romain Poulles, la mise en place d'une prime à la valeur ajoutée sociétale constituerait une incitation positive à de meilleures pratiques.

«Il faut la jouer David avec Goliath»

Pour Romain Poulles, la mise en place d'une prime à la valeur ajoutée sociétale constituerait une incitation positive à de meilleures pratiques.
Photo : Lex Kleren
Luxembourg 4 min. 07.05.2020

«Il faut la jouer David avec Goliath»

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Tout juste nommé à la présidence du Conseil supérieur pour un développement durable, Romain Poulles propose déjà d'apporter une touche de durabilité dans les mesures de sortie de crise.

«Chaque crise représente une formidable opportunité de changer.» Ne comptez pas sur Romain Poulles pour ne voir que de sombres perspectives dans le futur de la planète, et du Luxembourg en premier lieu. Pas le genre de cet ingénieur engagé depuis plusieurs années dans l'économie circulaire ou les projets écologiques. Pour lui, voilà donc «le bon moment pour le pays et pour chacun de balayer certaines habitudes et en finir avec certains aspects de la normalité». Une pensée qu'il entend traduire en actes alors que le conseil de gouvernement, fin avril, l'a placé à la tête du Conseil supérieur pour un développement durable (CSDD). 

De ce "Nohaltegkeetsrot", Romain Poulles veut se servir pour bousculer certains comportements. «Il faut faire sortir le CSDD du seul coin écologique dans lequel certains l'ont confiné. Il faut que la parole du Conseil porte bien sur tout ce qui peut influencer notre société.» Alors oui, avec les 15 membres qui l'entourent, le bientôt quinquagénaire compte bien répondre aux demandes d'avis du gouvernement sur des propositions de loi ou de prochains règlements grand-ducaux, mais surtout il souhaite être proactif... et vite.


Romain Poulles dans ses locaux durables du Windhof.
Monsieur Propre
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Ainsi, avant même d'aborder des sujets sur lesquels immanquablement il aura à se prononcer, (5G, mobilité, pollution, développement du bio, etc), Romain Poulles envisage de mettre les deux mains dans la crise. Histoire de malaxer certains réflexes pour modeler différemment la société post-covid. «Evoquons rapidement les aides attribuées pour le soutien à l'économie et les aides à la reprise. Pourquoi ne les accorder qu'en fonction de données comptables? Pourquoi ne pas y glisser des critères de durabilité?» Ainsi, aux projets les plus ambitieux en termes environnementaux ou sociétaux reviendrait le meilleur soutien de l'Etat.

Utopie? Lui y croit, et veut en convaincre les autorités. Son idée de gagnant-gagnant, l'homme la pousse d'autant plus aujourd'hui que chaque partenaire a besoin de l'autre. La puissance publique autant que les entrepreneurs privés. «Dans les temps actuels, beaucoup d'acteurs vont demander l'annulation de telle taxe ou tel impôt, alors disons banco sous condition de "positive attitude". Il faut la jouer David avec Goliath; l'un contre l'autre ne marche pas. Les deux mondes doivent se comprendre pour un pays plus juste, une économie respectueuse des hommes et de l'environnement global.»

A quand la prime à la valeur ajoutée sociétale?

Dans sa liste de bonnes résolutions à mettre en place, Romain Poulles aimerait également voir le Luxembourg s'engager dans l'instauration d'un Produit intérieur Bien-être (mesurant sur 63 indicateurs) bien plus ouvert que le traditionnel PIB comptabilisant la production nationale. Le Conseil supérieur pour un développement durable a déjà lancé les prémices de pareil instrument au Grand-Duché, mais le nouveau président du CSDD veut en faire «une unité de mesure et une boussole pour toute action gouvernementale.»


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En chemin vers une société plus résiliente, Romain Poulles voudrait bien que la mise en place du Plan Climat soit accélérée. «L'épidémie actuelle a rappelé à ceux qui l'avaient oublié l'inertie de toute décision. Tout ne peut être dans un rythme action-réaction. Cela est vrai notamment pour la crise climatique. Aussi, plus tôt nous agirons, plus tôt nous pourrons apprécier l'impact du changement».

Bouillonnant d'idées, le président du CSDD aimerait également travailler sur l'instauration d'une prime à la valeur ajoutée sociétale. Pas une taxe, mais bien une prime afin de récompenser les acteurs locaux qui, dans leur domaine, agissent positivement. Un soutien qui accompagnerait aussi bien le cultivateur respectueux des sols que l'industriel réorganisant son mode de production vers une économie plus circulaire. «Ce serait plus bénéfique pour faire avancer les choses.» A lui d'ouvrir la voie maintenant.

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