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«Il faudrait au moins cinq salles de shoot au Luxembourg»
Luxembourg 10 4 min. 10.10.2019

«Il faudrait au moins cinq salles de shoot au Luxembourg»

Jean-Nico Pierre et Martina Kap s'occupent de cette structure à Esch-sur-Alzette.

«Il faudrait au moins cinq salles de shoot au Luxembourg»

Jean-Nico Pierre et Martina Kap s'occupent de cette structure à Esch-sur-Alzette.
Photo: Julian PIERROT
Luxembourg 10 4 min. 10.10.2019

«Il faudrait au moins cinq salles de shoot au Luxembourg»

Sophie WIESSLER
Sophie WIESSLER
Il y a un peu plus d'un mois, une deuxième salle de consommation de drogues supervisée a ouvert ses portes à Esch-sur-Alzette. Jean-Nico Pierre, directeur de la Youth Aid Foundation, dresse un premier bilan.

Depuis le 1er septembre, une salle de consommation de drogues supervisée a ouvert ses portes à Esch-sur-Alzette. Pouvez-vous nous expliquer son principe?

Jean-Nico Pierre - «C'est une structure conventionnée, où les personnes qui le souhaitent peuvent venir consommer de la drogue dans des conditions optimales. Nous avons du personnel qualifié qui fournit le matériel nécessaire et encadre la prise de drogue. Nous n'appelons pas cela une "fixerstuff", c'est un terme péjoratif qui ne convient pas à ce lieu. L'idée ici est également d'apporter une aide sociale, les aider à stabiliser leur consommation, voire même à arrêter définitivement.

Au-delà de la drogue, vos services possèdent donc également un caractère social?

Oui, bien sûr, c'est même un gros travail social. La première action de cette salle est de réintégrer ces personnes dans la société. On essaie de tisser une relation avec eux, leur faire oublier la drogue l'espace d'une heure, si on peut. Outre la salle de shoot, ils peuvent venir simplement pour être au chaud, manger un morceau, discuter. C'est comme un bistrot social vous savez! Nous proposons aussi des dépistages du sida ou de l’hépatite C.

Quel type de clients utilisent cette salle?

«Ce sont en général des personnes que nous connaissons, qui se droguent depuis de nombreuses années. Nous sommes allés les chercher dans les "coins chauds" pour les amener dans notre structure. Depuis l'ouverture de la salle, nous avons comptabilisé 299 passages et dressé 31 contrats. C'est bien, mais pas encore suffisant. Ce sont majoritairement des hommes, avec une moyenne d'âge située entre 35 et 45 ans.

Vous parlez de «contrats». Il faut signer un document pour consommer de la drogue dans cette salle?

«C'est exact. Lorsqu'une personne vient pour la première fois, elle doit signer un contrat qui établit les règles de la salle. Nettoyer sa table, jeter ses seringues, ne pas dealer, etc. Sur les 31 contrats actuellement en cours, je dirais que seuls 15 viennent ici régulièrement. Beaucoup peinent encore à venir, de peur du regard des autres, ou bien se soignent justement et n'ont pas besoin de se droguer pour l'instant.

Quelle drogue est la plus commune ici?

«Il y a une grande consommation de cocaïne à Esch-sur-Alzette. Elle représente à peu près 60% des drogues amenées ici. Vient ensuite l'héroïne, à 30% et un cocktail, qui mélange ces deux substances, qui s'appelle le "speedball". En plus des six espaces avec miroirs pour effectuer une intraveineuse, notre salle propose un local "fumeur". C'est surtout celui-ci qui est le plus utilisé à l'heure actuelle. 68% de nos clients fument en fait.

Avez-vous déjà eu des cas d'overdose?

«Oui, pas plus tard qu'hier (lundi 8 octobre, ndlr). C'était notre première depuis l'ouverture de la salle. Tout s'est bien passé. La personne avait fait beaucoup trop de mélanges (drogues et alcool notamment) et s'est retrouvée en arrêt respiratoire. Nos équipes sont formées pour administrer les premiers secours, avant l'arrivée de l'ambulance. Le CHEM n'est pas très loin, donc tout est allé très vite. Le baptême du feu est passé!

Vos locaux sont situés rue de Luxembourg, une allée très passante, où se trouvent notamment le Cactus ou la Kulturfabrik. Quelles ont été les réactions du voisinage?

«Il y a eu une réunion publique en juin, avant l'implantation de la salle. Une soixantaine de personnes sont venues poser des questions et tout s'est bien passé. Il n'y a pas eu de "charcutage". Nous avons simplement expliqué aux résidents comment cela se passait, concrètement.

Nous n'avons eu aucun souci jusqu'ici. Une prochaine réunion doit avoir lieu avec la commune, la police et le ministère, pour aborder d'éventuels problèmes et trouver des solutions, si besoin.

Pensez-vous justement que le gouvernement prend ce problème à bras le corps? Selon le bilan 2018 de la police grand-ducale, la drogue fait figure de principal fléau au Luxembourg...

«C'est vrai, il y a beaucoup de drogues, surtout dans le Nord je dirais. Il faudrait au moins cinq structures comme la nôtre et l'Abrigado dans le pays. Pour l'instant, rien n'est encadré. Nous avons été mandaté par le ministère de la Santé, justement pour proposer des solutions, dans le nord. Tout a été rendu en août dernier, c'est à eux de décider maintenant.»


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