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«Housing First»: Un logement avant tout pour les sans-abri: une nouvelle approche
Luxembourg 7 min. 13.01.2017 Cet article est archivé

«Housing First»: Un logement avant tout pour les sans-abri: une nouvelle approche

Vivre dans la rue est un traumatisme dont il est difficile de s'extraire et de se relever.

«Housing First»: Un logement avant tout pour les sans-abri: une nouvelle approche

Vivre dans la rue est un traumatisme dont il est difficile de s'extraire et de se relever.
Image d'illustration: Shutterstock
Luxembourg 7 min. 13.01.2017 Cet article est archivé

«Housing First»: Un logement avant tout pour les sans-abri: une nouvelle approche

Anne FOURNEY
Anne FOURNEY
Le Luxembourg passe au « Housing first » : au lieu d'être une finalité, se loger est une première étape. Une condition vers la réinsertion sociale ?

Le Luxembourg passe au « Housing first » : au lieu d'être une finalité, se loger est une première étape. Une condition vers la réinsertion sociale ?

La problématique du sans-abrisme est très complexe. Chaque individu a une situation et une histoire différente. L'approche a donc évolué. « Nous sommes aujourd'hui dans une vision holistique de la situation du sans-abrisme », considère Isabelle Klein, responsable de la division Solidarité au sein du ministère de la Famille et de l'Intégration. Exiger des sans-abri de s'insérer dans la société ne fonctionne pas, ou rarement.

Une «stratégie nationale contre le sans-abrisme et l'exclusion liée au logement» a été définie d'après diverses études, lorsque Marie-Josée Jacobs était ministre de la Famille. Ce plan couvre la période 2013-2020. Il vise à éviter autant que possible que des gens vivent dans la rue.

D'après ce plan, un état des lieux du sans-abrisme a été dessiné pour le Luxembourg, afin de fournir des réponses adaptées. La question est complexe, en effet. Une typologie des personnes à la rue ou en situation de grande précarité a été établie. Il faut considérer les personnes qui sont déjà dans la rue, celles dont la situation est précaire et qui risquent de se retrouver à la rue pour diverses raisons (hébergement par des proches, vie en foyer ou autre habitat provisoire comme une caravane). Autre critère: la durée. L'encadrement devra être adapté selon qu'une personne vit depuis longtemps dans la rue, connaît une période sans abri, ou qu'elle se retrouve périodiquement à la rue.

Ce n'est qu'un aperçu de la complexité du sans-abrisme.

Le plan d'action vise à prévenir et à apporter des solutions les mieux adaptées que possible aux différentes difficultés recensées au Grand-Duché.

La difficulté de respecter les règles

Ainsi, des lieux d'accueil différents ont peu à peu ouvert au Luxembourg. « Il existe beaucoup de règles à respecter dans les foyers d'accueil pour les sans-abri. Ils ont du mal à s'y conformer. Il est donc nécessaire de s'adapter à eux et non l'inverse », analyse Isabelle Klein.

« On constate qu'il y a moins de stress quand on autorise quelqu'un à boire de l'alcool dans un foyer. Avant que cela ne soit autorisé, les pensionnaires se dépêchaient de boire avant d'entrer, ils ingurgitaient parfois plus que d'habitude. Maintenant que c'est autorisé dans certains endroits, ils savent qu'ils peuvent boire s'ils en ont envie. Résultat : ils boivent moins et sont plus calmes. »

Les chiens ne sont pas admis à la Wanteraktioun ou au foyer. Ni l'alcool. La Croix-Rouge Luxembourgeoise construit environ 13 cabines à la Ville Haute où chiens et alcool seront autorisés.

« Il est nécessaire d'adapter la société aux personnes en situation de précarité et non l'inverse comme on l'avait fait jusqu'à présent », explique Stéphanie Sorvillo, psychologue au sein de la mission de coordination stratégie sans-abrisme. Cependant il faut accepter une part d'irrémédiable. « Même si un jour on a des logements pour tout le monde, certains sans-abri ne voudront pas emménager dans un logement. »

« Beaucoup de SDF sont souvent psychotiques et nécessitent une prise en charge adaptée, d'ordre psychiatrique », poursuit-elle. « La décentralisation de la psychiatrie au Luxembourg a permis ce développement. La prise en charge et l'approche psychiatrique dans ce pays sont très modernes. J'ai travaillé dans d'autres pays et je vois la différence. »

Crise du logement

Housing First, le principe semble idéal au premier abord. Oui mais... au Luxembourg, il y a une pénurie de logements et des prix très élevés. Des projets de construction de logements sociaux sont en cours, mais bien sûr, tout cela ne se règle pas en cinq minutes.

Une étude approfondie de la situation au Luxembourg avait été initiée par le ministère de la Famille et de l'Intégration, en coopération avec le ministère du Logement, de la Santé, de syndicats communaux et autres instances. Une stratégie de lutte contre le sans-abrisme avait été mise en place lorsque Marie-Josée Jacobs était ministre de la Famille.

Une fois que les gens ont un toit, ils vont mieux : ils consomment moins d'alcool, ont moins de problèmes de santé.

Marco Hoffmann, coordinateur chez Caritas, évaluait à 26.000 le besoin en logements sociaux au Luxembourg (dans un rapport intitulé La Politique du Logement au Luxembourg – Sortir de l'échec, publié en 2012). « Nous avons vu plus haut qu’en 2030, le nombre de ménages que le Luxembourg va compter sera de 284.438 unités. Toutes choses restant égales par ailleurs, le besoin en logements « sociaux » restera aussi de l’ordre de 15% du nombre total de ménages et s’élèvera en 2030 et en nombre absolu à environ 42.500 unités. Si le Gouvernement luxembourgeois veut atteindre cet objectif jusqu’en 2030, il faudra construire plus de 2.300 logements « sociaux » par an (!!!) ».

Des logements plus fonctionnels

« Traditionnellement, les gens au Luxembourg habitent dans de grands logements (de 70 à 87 m2, ndlr) », ajoute Isabelle Klein. « Or il faudrait plus de fonctionnalité : par exemple, la possibilité d'aménager deux chambres dans un 60 m2 afin de rendre ces logements plus facilement accessibles à des familles. Et il faut aussi développer les logements sociaux. Un programme est en cours avec le Fonds du Logement. L'Etat rembourse 75% de la construction d'un logement social, sous certaines conditions. » La subvention loyer, mise en place début 2016, est accordée sous certaines conditions à des locataires.

Une résidence de 15 studios pour le moment au Luxembourg

La situation de personnes en difficulté demandant de l'aide est évaluée au sein de l'un des 30 offices sociaux du pays. L'amélioration a été systématiquement évidente. « Une fois que les gens ont un toit, ils vont mieux : ils consomment moins d'alcool, ont moins de problèmes de santé », souligne Stéphanie Sorvillo. « La population cible est les sans-abri de longue durée. Ils ont souvent des problèmes psychiques dus à la consommation de drogues ou d'alcool. »

« Aujourd'hui il existe une seule résidence de 15 studios au Luxembourg. Mais l'idée est d'avoir des logements répartis dans toute la ville. Il en existe déjà quelques-uns », indique Isabelle Klein. « Par contre une fois dans un logement, ceux qui vivaient dans la rue depuis longtemps perdent tous leurs repères, il leur faut du temps pour pouvoir s'adapter. L'accompagnement social est présent si besoin, même si chacun a son intimité dans Housing First », complète Stéphanie Sorvillo.

L'AES (agence immobilière sociale) recherche des logements inoccupés pour pouvoir loger des personnes en difficultés, poursuit Isabelle Klein. L'agence apporte la garantie que le loyer sera toujours payé et que le logement sera rendu en bon état. « Cela marche très bien au Luxembourg car il y a beaucoup de logements vides. »

Pour intégrer le programme Housing First, il faut au moins 2 diagnostics parmi les suivants :

  • avoir vécu dans la rue
  • avoir fait de la prison
  • être atteint d'une psychose
  • avoir une dépendance (drogue, alcool...)

Les gens pris en charge sont souvent connus des services sociaux depuis longtemps.

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