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Gusty Graas: «Chaque matin, les Luxembourgeois sont en minorité»
Luxembourg 6 min. 05.03.2018

Gusty Graas: «Chaque matin, les Luxembourgeois sont en minorité»

Gusty Graas: «Chaque matin, les Luxembourgeois sont en minorité»

Photo:Gerry Huberty
Luxembourg 6 min. 05.03.2018

Gusty Graas: «Chaque matin, les Luxembourgeois sont en minorité»

Sophie WIESSLER
Sophie WIESSLER
Le français est la langue pivot dans le travail au Luxembourg mais aussi une langue en perte de vitesse parmi les Luxembourgeois. Avant les élections législatives d’octobre prochain, nous avons décidé d’interroger les députés sur leur rapport à la langue de Molière, à travers une série d’interviews que nous publierons régulièrement jusqu’à l’été.

C'est dans son bureau de député, en face de la Chambre, que Gusty Graas nous attend. Pro-européen et député DP, il est en politique depuis près de 38 ans. Il évoque avec nous son rapport à la langue française, ainsi que la place des résidents étrangers et des frontaliers au Luxembourg.

  • Cela fait 38 ans que vous êtes en politique: comment êtes-vous entré dans ce milieu? 

J'ai toujours fait de la politique, depuis ma jeunesse. Je m'étais engagé dans beaucoup d'associations locales à l'époque. Le CSV est venu vers moi pour que je me présente pour leur parti. J'ai refusé, j'ai toujours eu une âme libérale, alors leurs idées ne me convenaient pas. La politique m'a toujours fasciné mais à l'époque de ma première candidature, j'ai refusé d'entrer au Parlement parce que je me jugeais trop jeune pour cela. 

J'ai ensuite été journaliste entre 2004 et 2011 au Lëtzebuerger Journal, avant de devenir échevin. Mais de base, j'avais fait des études de droit, que j'ai abandonnées, avant de reprendre le chemin de l'école à l'âge de 43 ans pour valider une licence d'Histoire. J'ai toujours été passionné par l'Histoire. Je trouve que c'est important, parce qu'on ne comprend pas le présent si on ne connaît pas le passé.

  • Quel est votre rapport à la francophonie?

J'ai appris le français durant mes études mais je dois dire que j'avais vraiment des réserves: mon professeur était très exigeant, j'avais beaucoup de mal avec cette langue. Je préfère l'allemand! Mais j'ai fait des efforts et avec le temps je me suis beaucoup intéressé à la langue française, même si j'ai encore quelques lacunes. 

Je lis beaucoup en français et j'ai même fait un peu de latin pour m'aider! Je trouve qu'il y a des poètes vraiment extraordinaires, comme Voltaire par exemple, que je lis en ce moment.

«Nous pratiquons l'ouverture d'esprit depuis toujours, même si tout n'est pas parfait».
«Nous pratiquons l'ouverture d'esprit depuis toujours, même si tout n'est pas parfait».
Photo:Gerry Huberty

Qu'est-ce qui caractérise pour vous un Français et Belge francophone/Wallon? 

Je trouve qu'il y a une vraie différence de mentalité entre les Belges et les Français. Les Belges sont peut-être plus ouverts, plus proches des Luxembourgeois, de part l'histoire, la monnaie. Ils sont "sans chichi". Les Français eux, c'est la gastronomie, la culture. Ils sont plus réservés que les Belges je trouve. 

  • Quel est le dernier livre/film français que vous ayez lu/vu? 

Je lis actuellement "Lettres philosophiques, Traité sur la tolérance, Derniers écrits sur Dieu" de Voltaire, que j'aime beaucoup. 

Et pour le film... Je suis plutôt documentaire! J'ai vu un documentaire français sur "La pédagogie Montessori", très intéressant, très inspirant pour le Luxembourg d'ailleurs.

  • Quand le Luxembourg comptera près d’1 million d’habitants vers 2060, il comptera aussi environ 350.000 travailleurs frontaliers, selon les projections du Statec et de la Fondation Idea. Est-ce pour vous plutôt une richesse ou un défi pour le pays? 

Les frontaliers sont un atout indéniable: notre économie en est totalement dépendante. C'est un vrai enrichissement pour le Luxembourg, qui a, je pense, un vrai esprit cosmopolite, qui est accueillant. 

Notre pays n'aurait pas cette dimension, ce rayonnement sans les frontaliers et les étrangers en général. Je ne parle pas uniquement d'économie ici. Mais je pense que le Luxembourg devrait servir de modèle à ce niveau-là.

Nous pratiquons l'ouverture d'esprit depuis toujours, même si tout n'est pas parfait. Les frontaliers sont un atout indéniable. Nous avons nos problèmes, comme tout le monde, et pour les frontaliers, c'est clairement le trafic qui est en cause. Il faut canaliser davantage parce que le centre-ville de Luxembourg explose!

Je pense aussi que pour l'instant, nous sommes à l'abri des mouvements xénophobes. Si de telles choses arrivaient dans le pays, là, ce serait une catastrophe. 

  • Quelle place accordez-vous dans votre réflexion de député, aux résidents étrangers? 

On ne peut pas les ignorer. Il faut également défendre leurs intérêts. Nous sommes un seul et même peuple, une nation au sens de partage d'un même territoire, indépendamment de la couleur de peau, des religions, de la langue etc. Je pense que nous n'avons pas de problème à fonctionner ensemble. 

Je fais de la politique pour tous les résidents mais aussi au-delà des frontières: je suis un Européen engagé vous savez. Je suis content d'ailleurs que ce sentiment soit partagé du côté de la Chambre.

  • Justement, lors de la prochaine législature, le nombre de résidents étrangers devrait dépasser le nombre de résidents luxembourgeois. Comment penser la cohésion sociale dans ce nouveau cadre?

Oh je pense même que d'ici dix ans il y aura plus d'étrangers que de Luxembourgeois dans le pays. On le voit déjà tous les jours: à 8h chaque matin, les Luxembourgeois sont en minorité. Je pense qu'il faut aussi que les étrangers se rendent compte que nous faisons beaucoup d'efforts pour les intégrer. Nous avons notamment amélioré les conditions pour acquérir la nationalité luxembourgeoise. On publie quasiment tout dans les trois langues du pays. On fait vraiment des efforts à tous les niveaux! 

Les étrangers ne doivent pas s'imposer, il faut qu'eux aussi, fassent des efforts dans notre sens. Et surtout il ne faut pas avoir peur pour l'avenir. Le Luxembourg va conserver sa souveraineté, c'est sûr!

  • Qu'avez-vous pensé du résultat du référendum de 2015?

J'ai été déçu et très surpris face à ce taux très élevé (78,98% ont voté contre le droit de vote pour les étrangers, ndlr), mais je comprends. Beaucoup de Luxembourgeois veulent justement conserver cette souveraineté. Je me doutais bien que ce serait négatif mais je m'attendais davantage à 50-60%. 

Je pense que c'était la limite à ne pas franchir. Le sujet est clos pour au moins les 30 prochaines années je pense.

  • Quel bilan faites-vous de ces quatre dernières années en tant que député?

Ce fut une législature très intéressante, qui m'a beaucoup marqué. Je pense que dans 50 ans, on parlera encore de cette coalition! Nous avons pris des décisions importantes, historiques même parfois! L'influence d'un député est moindre par rapport à celle d'un échevin: notre travail ne se voit pas vraiment. Mais j'ai quand même eu quelques satisfactions à apporter des idées. J'aime beaucoup aider les gens, c'est ça qui me plaît. Je pense qu'un politique doit offrir un cadre pour que chaque citoyen profite pleinement de sa vie. 

  • Vous vous représentez donc pour les élections législatives de 2018?

Oui, je suis encore très animé et motivé pour continuer! J'espère donc que je serai encore candidat en octobre prochain. Même si, avec cet emploi du temps de député, je n'ai plus vraiment le temps d'aller à la pêche! La pêche, c'est mon dada depuis mon enfance. J'adore le milieu aquatique et voyager aussi. D'ailleurs j'ai parcouru une cinquantaine de pays au cours de ma vie, c'est très intéressant, ça apporte beaucoup de choses.

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