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Les profs, ces fonctionnaires tant décriés
Luxembourg 6 min. 20.01.2015 Cet article est archivé
Grogne des enseignants

Les profs, ces fonctionnaires tant décriés

D'ici à 2018, le budget du ministère de l'Education nationale sera augmenté de 10,6% mais uniquement pour les dépenses courantes et non pour les rémunérations des enseignants
Grogne des enseignants

Les profs, ces fonctionnaires tant décriés

D'ici à 2018, le budget du ministère de l'Education nationale sera augmenté de 10,6% mais uniquement pour les dépenses courantes et non pour les rémunérations des enseignants
Photo: Gerry Huberty
Luxembourg 6 min. 20.01.2015 Cet article est archivé
Grogne des enseignants

Les profs, ces fonctionnaires tant décriés

Privilégiés parmi les privilégiés pour les uns, profession en perte de repères pour les autres, les enseignants du Grand-Duché focalisent sur eux toutes les attentions. Analyse d’une situation alors qu’une partie du corps enseignant se trouve dans un conflit ouvert avec le ministre de l’Éducation.

(Jean-Michel Hennebert) -  Alors que depuis le 1er janvier plusieurs mesures d’économie sont entrées en vigueur, la voix qui se fait le plus entendre contre le Zukunftpak émane du corps enseignant. Des professeurs de l’enseignement secondaire, classique et technique, plus précisément. Au cœur de la bataille, l’un des huit points élaborés par le gouvernement pour le ministère de l’Éducation nationale. Baptisée «Modification de la tâche des enseignants», la mesure visait initialement à «porter sur la suppression des décharges pour ancienneté», indique Myriam Bamberg, porte-parole du ministère de l’Éducation nationale. Face à l’opposition unanime des syndicats - Feduse, SEW et APESS -, le ministère a alors revu sa copie et mis sur la table une révision de la rémunération des leçons données en classe de terminale. Un projet destiné à économiser 3,5 millions d’euros par an. Et auquel les enseignants du secondaire s’opposent toujours à ce jour, voyant dans la démarche une atteinte à leurs acquis sociaux.

Et c'est précisément sur ce point que les débats s'enflamment. Car pour prendre en charge les quelque 87 500 élèves inscrits dans les écoles du Grand-Duché, l’État avait recours, lors de l'année scolaire 2013/14, à 9.709 enseignants. 5.486 dans le fondamental et 4.223 dans le secondaire. Soit 4,6% de la population active du pays. Un poids relativement faible en valeur relative mais qui représentait, selon les derniers chiffres du ministère de l’Éducation nationale, une dépense annuelle de 1,04 milliard d'euros. Et ce, uniquement pour les rémunérations. Autrement dit, le versement d’un salaire moyen annuel de 76.600 euros, équivalent à 6.383 euros mensuels. Des rémunérations en hausse de 83% par rapport à 1995, selon les chiffres du Statec.

Évolution des salaires moyens dans certaines branches d'activité entre 1995 et 2013

Une réalité qui place ainsi les enseignants du Grand-Duché largement en tête des professeurs les mieux payés d'Europe, selon le classement de l'OCDE. Des chiffres flatteurs pour le système éducatif luxembourgeois, sauf quand ils sont mis en relation avec le taux de réussite des élèves. Les résultats des dernières études PISA, réalisées auprès d’élèves de 15 ans, placent le pays parmi les mauvais élèves de l’OCDE. Les résultats étant inférieurs à la moyenne des pays étudiés aussi bien en mathématiques, en compréhension de texte ou bien encore en sciences naturelles. Et la hausse du nombre d'enseignants enregistrée au cours des 10 dernières années, n'a eu que peu d'impact, comme le montre le taux de réussite au baccalauréat.

Effectif des enseignants dans le secondaire et le taux de réussite au bac entre 2003 et 2013

Cette situation paradoxale apparaît d'autant plus ambiguë que le coût annuel par élève se trouve être le plus élevé parmi les 34 pays de l'OCDE, selon le dernier rapport sur l'éducation, publiée en 2014.

Mais cette mise en relation directe entre les rémunérations des enseignants et les résultats scolaires est jugée «dangereuse» par les syndicats qui pointent du doigt «des clichés contre les enseignants». En clair, la réalité des conditions de travail dans le corps enseignant ne pourrait se résumer à la seule présentation du bulletin de salaire. «Les données du Statec, par exemple, s’arrêtent en 2013, année où la plupart des baby-boomers étaient encore présents, avec des salaires de fin de carrière, clame Daniel Reding, président de l’APESS. Et ces données ne prennent en compte que les enseignants nommés en écartant les chargés de cours, de plus en plus nombreux et moins bien payés.» Même son de cloche du côté du SEW, qui dénonce «le manque de respect» pour le travail accompli «dans des conditions qui se dégradent», selon Patrick Arendt, président du syndicat. Les difficultés de recruter des professeurs dans certaines matières seraient ainsi «le fruit des politiques mises en place au cours des dernières décennies», selon Daniel Reding. Un décalage que la classe politique actuelle continuerait d’alimenter en mettant «de l’huile sur le feu» en «ne présentant que certains aspects des choses», selon Patrick Arendt. Des discours qui auraient pour conséquence de placer encore plus au pilori une profession à l’image déjà sulfureuse.

Un chiffre de l’OCDE valide ainsi la thèse défendue par les syndicats: celui du rapport entre le salaire des enseignants luxembourgeois et celui des diplômés de l’enseignement supérieur. Ce rapport est ainsi de 1,26, soit un niveau proche de celui enregistré au Portugal (1,23) ou au Canada (1,29). En clair, un enseignant au Grand-Duché ne gagne «que» 1,26 fois ce que gagne un diplômé de l’enseignement supérieur. Soit tout de même plus que la moyenne de l’OCDE.

Rapport entre le salaire des enseignants et les diplômés du supérieur

Un constat qui amène le président de l’APESS à reconnaître «que les enseignants ne sont pas la profession avec les épaules les plus minces en termes financiers», mais qui «ne doit pas faire oublier que pour acheter un terrain, les salaires ne permettent pas pour autant d’acheter plus de terrain que nos collègues belges ou français, en raison du coût élevé de la vie au Luxembourg.» De son côté, le gouvernement a programmé une hausse de 10,6% du budget du ministère de l’Éducation nationale jusqu’en 2018, destinée non seulement à financer la construction de nouveaux lycées, mais aussi les dépenses courantes liées à l’éducation. Mais pas les salaires des enseignants.


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