Gingo mise sur la générosité des Luxembourgeois
Gingo mise sur la générosité des Luxembourgeois
Face à l'explosion du nombre de repas servis aux sans-abri dans son restaurant social de Luxembourg-Hollerich (plus de 75.000 repas l'an passé!) l'asbl Stëmm vun der Strooss a récemment collecté des dons d'une nouvelle façon. Via internet. Elle s'est appuyée sur Gingo. Au moment du bilan, la Stëmm est restée sans voix. L'association est parvenue à collecter, en à peine sept semaines, les 30.000 euros dont avaient besoin Stéphane, aide-cuisinier, et son équipe, pour acquérir un four professionnel qui puisse répondre à la demande croissante.
«C'était une expérience fantastique, une collaboration très fructueuse avec Gingo, et nous tenons à remercier tous les donateurs!», avait lancé à la mi-mai, au moment des conclusions, Marcel Detaille, le président de la Stëmm. Assis à ses côtés, Laurent Meiers pouvait afficher un sourire de satisfaction. Gingo venait de démontrer que s'il est bien mené et transparent, le crowdgiving peut très bien fonctionner au Luxembourg. La «fantastique expérience» l'était tout autant pour Gingo. Pour la plateforme belge c'était une première au Grand-Duché de Luxembourg!
«Gallo c'est un petit garçon qui vient du Sénégal. Il s'est fait mordre au visage par un animal et souffre depuis, de graves malformations. De sorte qu'il n'arrive pas à manger, ni à parler normalement. Il n'était pas possible de l'opérer sur place. Alors pour qu'il puisse se faire opérer par des chirurgiens de la Chaîne de l'Espoir Luxembourg au Centre Hospitalier du Nord à Ettelbruck, il faut parvenir à collecter 7.000 euros de dons d'ici le 15 juillet», explique Laurent Meiers. Tout au long de sa convalescence, Gallo sera d'ailleurs pris en charge par une famille d'accueil au Luxembourg.
Comme toutes les campagnes, celle pour le petit Gallo a été soigneusement pesée, étayée, alimentée en images en coulisses: «Ça part de photos, de vidéos, d'informations générales sur l'association mais aussi sur le projet, autant d'informations que l'équipe à disposition de Gingo à Bruxelles va mettre en musique et préparer avant la mise en ligne», explique Silvia Steisel, Partnership manager & Philanthropy advisor chez Gingo Community.
Le but est de créer l'indispensable lien entre le donateur et le porteur de projet mais surtout la crédibilité et la confiance qui feront appuyer le potentiel donateur sur le bouton «donner». Outre le manque de plateformes de philanthropie collaborative en Belgique comme au Luxembourg, c'est bien le manque d'information sur les projets et l'utilisation des fonds qui posent problème au fond.
«50% des Européens déclarent faire ponctuellement des dons mais 31% de donateurs regrettent un manque d'information quant à l'utilisation de leur don. Et 56% des donateurs potentiels disent ne pas passer à l'acte par manque de confiance et de transparence», rapporte Silvia Steisel. En clair, la demande est là mais encore faut-il «savoir se mettre dans la tête du donateur».
C'est en faisant ces constats que «l'intention de lancer une plateforme de crowdgiving est venue des employés de la Banque Degroof Petercam», rappelle Laurent Meiers, également employé de la banque et impliqué dans la philanthropie de longue date au Luxembourg. Lancée en 2016, la plateforme est la propriété la Gingo Foundation. Une fondation d'utilité publique de droit belge qui cherche à promouvoir la philanthropie «d'une manière transparente et moderne et ludique, tournée vers un maximum d'efficacité», récite Silvia Steisel.
Nécessaire impact sociétal du projet choisi
A commencer par le choix des projets. «Il y a une garantie que le projet a été analysé. Notre travail a été de sélectionner en amont des fondations expertes» - comme la Stëmm au Luxembourg - assure la Partnership manager & Philanthropy advisor. Avant de préciser que Gingo «ne prend pas d'organisations non gouvernementales mais des intermédiaires de taille moyenne qui ne disposent pas de l'armada pour communiquer».
Autre particularité de Gingo: «Toutes les campagnes visent un impact sociétal. Elles peuvent toutes apporter une contribution à l'intérêt général», insiste Laurent Meiers. Y compris dans le domaine culturel. Ainsi Gingo avait lancé fin 2016 une campagne pour restaurer d'urgence un tableau de Paul Gauguin, le « Portrait de Suzanne Bambridge », menaçant de tomber en poussière. En à peine trois semaines, la plateforme a collecté 24.252 euros. Le Fonds Baillet-Latour doublant la somme pour couvrir tous les frais de la restauration du Gauguin. Toutes les campagnes ne sont pas couronnées de succès. Gingo a levé 337.029 euros de dons jusqu'ici mais deux campagnes sur trois ont atteint la somme affichée.
Elargir la communauté luxembourgeoise
Quel que soit le montant collecté, les dons réalisés sont versés à la cause soutenue. «Les dons sont possibles à partir de 1 euro», lance Laurent Meiers comme un leitmotiv qui claque. Surpris par l'engouement provoqué par la campagne de la Stëmm vun der Strooss, le responsable de Gingo a aussi été «étonné» par les montants donnés: «parfois plus de 1.000 euros».
Gingo cherche à rendre la philanthropie plus accessible et «ne perçoit pas un seul euro de commission» sur les dons, assure son responsable. Ce sont les fondations partenaires qui financent la structure en versant une contribution de 5.000 euros pour trois ans.
La plateforme de crowdgiving compte 2.268 «philanthropes actifs», dont 137 luxembourgeois. L'idée de Laurent Meiers, à présent, est de développer la communauté de donateurs luxembourgeois pour soutenir de nouveaux projets locaux à l'avenir. Et il n'en manque pas.

