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Gilles Baum croit au second souffle du gouvernement
Luxembourg 6 min. 04.08.2020

Gilles Baum croit au second souffle du gouvernement

Gilles Baum (DP) l'assure : «Il n'y aura pas d'augmentation des impôts» et cela malgré le coût des mesures des aides sociales liées à l'épidémie.

Gilles Baum croit au second souffle du gouvernement

Gilles Baum (DP) l'assure : «Il n'y aura pas d'augmentation des impôts» et cela malgré le coût des mesures des aides sociales liées à l'épidémie.
Photo : Anouk Antony
Luxembourg 6 min. 04.08.2020

Gilles Baum croit au second souffle du gouvernement

A la tête de la fraction DP depuis début 2020, le libéral Gilles Baum insiste pour que la réforme fiscale advienne dès cette année. Cinq ans après les élections, il sait que les ministres dirigés par Xavier Bettel vont devoir retrouver "l'enthousiasme" des débuts.

(pj avec Dany Schumacher) - Pas simple de prendre la tête de la fraction DP pour Gilles Baum, en février dernier. Succédant à Eugène Berger, décédé, le libéral a assumé la mission confiée. Retour sur un semestre d'activité comme parlementaire et chef de groupe avec celui dont la carrière d'enseignant a pris un virage vers la Chambre en 2013. 

Comment avez-vous vécu ce début 2020?

«Cette période a bien sûr été marquée par les deux mois pendant lesquels nous avons travaillé presque exclusivement en télétravail. Cependant, même durant le lockdown, la Chambre a été pleinement active. Que ce soit pour les réunions des commissions en visioconférence ou pour les séances parlementaires au Cercle. Je voudrais souligner que la situation a exigé beaucoup de notre personnel au sein du groupe. Ils ont fait un excellent travail pendant toutes ces semaines, sans eux mes collègues élus et moi-même aurions eu beaucoup plus de mal.

L'état de crise a considérablement restreint les droits fondamentaux. Cela doit être difficilement supportable pour un politicien libéral? 

«Le Parti démocrate défend la liberté, pour que chacun puisse vivre sa vie comme il le souhaite. Les restrictions font donc vraiment mal. Mais compte tenu de la situation, en mars, nous n'avions pas d'autre choix. Un verrouillage était inévitable. Nous avons dû accepter que nos vies entières soient bloquées, que les magasins, les restaurants et les écoles soient fermés. Mais ce lockdown nous a également obligés à repenser de nombreux aspects : le télétravail ou l'enseignement en ligne, par exemple.


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La reprise des infections fait que le gouvernement est obligé de resserrer à nouveau la vis au pays. Comment voyez-vous ces nouvelles restrictions ?

«Nous avons constaté que certaines personnes ont dépassé les bornes; il fallait donc agir. Pour autant que je puisse en juger, les nouvelles restrictions sont acceptées par la population. Cependant, et il ne faut pas l'oublier, le droit de réunion reste limité, les événements de plus grande envergure (festivals de musique) restent impossibles. Mais qu'on le veuille ou non, c'est tout simplement le prix à payer.

Le Parlement a fonctionné sans interruption ces dernières semaines en raison du travail autour des lois covid. Le travail ordinaire des parlementaires sur d'autres textes n'a-t-il pas été négligé du coup?

«Bien sûr, la pandémie a dominé l'agenda. Dans certaines commissions (Santé, Finances, etc), presque tout tournait autour des mesures covid. Mais le reste n'a pas été mis au point mort. Nous avons, par exemple, voté plusieurs lois dans le domaine de l'éducation. Mais il ne faut pas nier que certains dossiers ont été quelque peu retardés.

Il n'y aura pas d'augmentation des impôts. Ce serait un poison pour le pouvoir d'achat et donc pour les entreprises

Mais quelle pression nous avons eue. La dernière loi Covid a été votée quatre jours seulement après que le gouvernement eut soumis le texte. Cela n'a été possible que parce que le Conseil d'État a joué le jeu - comme il l'a fait avec les premiers textes. Cela n'a été possible que parce que le projet de loi lui-même était gérable. Il n'y a eu que quelques changements par rapport au texte initial. Il s'agissait principalement de limiter à dix le nombre de personnes pouvant être accueillies à domicile. Nous n'avions pas d'autre choix, en raison du nombre croissant d'infections...

La pandémie a laissé des traces sur les finances publiques. Pouvons-nous nous permettre des aides de plusieurs millions d'euros ?

Au cours du premier semestre, le déficit s'est élevé à 2,6 milliards d'euros. Les recettes sont en forte baisse, alors que les dépenses augmentent dans le même temps. Le chômage partiel (prolongé jusqu'en décembre) représente à lui seul environ 800 millions d'euros et le congé pour raisons familiales approche les 250 millions. Il est donc d'autant plus important que nous ayons réussi à défendre le triple A malgré la crise. Nous pouvons donc emprunter de l'argent à de très bonnes conditions, et même, depuis peu, à un taux d'intérêt négatif.


Faillite Chaussures  Geox - Belle étoile - Foto: Pierre Matgé/Luxemburger Wort
L'Etat luxembourgeois ouvre grand les robinets financiers
Le ministre des Finances voit filer les dépenses publiques plus vite que prévu à l'heure de présenter son budget 2020. Mais le déficit constaté aujourd'hui, aux yeux de Pierre Gramegna «renforce la capacité de l’économie de redémarrer».

Bien que la dette publique ait augmenté pour atteindre 25,4 % du PIB, elle reste bien en dessous de la limite supérieure de 30% fixée par le gouvernement. Personne ne sait pour l'instant comment les choses vont se poursuivre. Je ne pense pas qu'il sera possible d'évaluer cela avant la fin de l'été, quand on saura à peu près quelle direction prendra la pandémie. 

Du coup, qu'en est-il de la réforme fiscale ?

«La marge de manœuvre est devenue beaucoup plus réduite, les priorités et les besoins à court terme des gens ont changé. Toutefois, le principe de la réforme fiscale n'est pas remis en question car la fiscalité doit devenir plus équitable. Je pense en particulier à l'individualisation de l'impôt. Non, ma situation dans la vie privée ne doit pas déterminer le montant de mes impôts.

Au sein du parti, nous travaillons sur diverses mesures utiles mais qui ne doivent pas nécessairement s'inclure dans une grande réforme fiscale. Une chose est sûre : il n'y aura pas d'augmentation des impôts. Ce serait un poison pour le pouvoir d'achat et donc pour les entreprises à l'heure actuelle. 

Le gouvernement Bettel II n'a pas été aussi vif que la coalition tripartite des premiers jours. Reste-t-il encore assez de souffle?

«Après les élections de 2013, il y avait en effet un énorme sentiment d'optimisme. Après cinq ans, une certaine routine s'est installée. Mais les différents ministres ne cessent de faire avancer les grands dossiers qu'ils avaient déjà traités lors de la précédente législature. Le contre-la-montre est terminé; aujourd'hui, nous sommes dans une étape de montagne difficile en raison de la crise sanitaire et économique.

Comment ça, Gilles Baum est tintinophile?
Comment ça, Gilles Baum est tintinophile?
Photo : Alain Piron

Les principaux défis pour le gouvernement seront de relancer l'économie et de lutter contre le chômage. C'est pourquoi il est si important que les investissements restent à un niveau élevé. S'il y a beaucoup d'investissements, les entreprises auront du travail et de nouveaux emplois seront créés. Les priorités ont donc considérablement changé.

L'accord gouvernemental est-il encore réaliste dans ces conditions ?

«Le programme de la coalition n'est pas sujet à débat. Jusqu'à présent, aucun des trois partis majoritaires n'a signalé qu'il souhaitait faire des ajustements.»

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