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Portrait

Gilbert, le dernier des saltimbanques

par Sibila LIND| 07.08.2021

Voilà 55 ans qu'il a fait de la rue sa scène. Aujourd'hui, Gilbert Jakubczyk crache le feu, pratique la magie ou le mime. Pour le voir, il suffit de se rendre à la kermesse rétro qui se tient dans la capitale, au Kinnekswiss.

«Toi, petit, tu es quoi? Micheton (client de prostituée) ou gigolo?» «Non, m'sieur, je suis Belge !» C'est ainsi que Gilbert Jakubczyk a répondu à un patron de café du quartier de Pigalle. Ce jour-là, il était entré dans le bistrot parisien pour se protéger du froid. À 13 ans, le môme venait d'arriver dans la Ville Lumière. Juste avant, il s'était caché dans les toilettes d'un train pour échapper à la maison de correction où il avait été placé en Belgique. «J'avais fait plusieurs tentatives de fugue. À la cinquième, c'était bon. Ils ne m'ont jamais retrouvé...», sourit Gilbert, tranquillement installé dans son camion. Une maison itinérante stationnée à la Kinnekswiss pour quelques jours encore.


Lokales,Kirmes an der Stad. Parc Merl,.Foto: Gerry Huberty/Luxemburger Wort
Des forains privés de Schueberfouer mais pas d'aides
Non seulement, la traditionnelle fête foraine n'aura pas lieu mais bien des événements ont été annulés pour les exploitants de manège. Du coup, comme les restaurateurs, les forains peuvent demander des aides sur les coûts non couverts.

Et c'est ainsi que l'histoire de Gilbert a débuté. Mesdames et messieurs, voici donc l'un des rares saltimbanques encore en activité.

À Paris, n'ayant d'autre choix, il est contraint de dormir dans la rue et d'accepter tous les petits boulots qui se présentent à lui. Un jour, alors qu'il se promène, il remarque un homme qui réalise un tour de force et d'équilibre. C'était Joe la Pincette, l'homme qui allait changer le cours de sa vie. «Je veux faire l'automate», lui a dit Gilbert plus tard, le visage maquillé. «Ce n'était pas très bien mais les gens aimaient bien. Et j'ai commencé à jouer partout.»

En 1977, Gilbert se rend chaque jour sur la place du tout récent Centre Pompidou. Il y fait son show aux côtés d'autres artistes de rue. «J'étais le seul automate de la rue. A l'époque, on gagnait bien notre vie, 600 francs par jour, (75€ d'aujourd'hui).» Le voilà aussi qui prend l'initiative de créer l'Association des artistes du pavé de Paris, afin que lui et ses camarades puissent présenter leurs spectacles au milieu du public, en toute tranquillité. De quoi éviter de se faire arrêter plusieurs fois par jour et payer de grosses amendes...

Photo: Sibila Lind

Depuis, Gilbert Jakubczyk a voyagé dans le monde entier. Sur sa route, il a croisé des foules d'inconnus et... du beau monde. Audrey Hepburn, Hubert de Givenchy, Serge Gainsbourg, Michel Drucker ou Georges Moustaki.

Aujourd'hui, le Belge continue à tourner avec son camion. Une véritable boite aux trésors ce véhicule; il y conserve ses précieux accessoires. En vrac, on peut y trouver un cirque de puces, une «potion» pour cracher le feu, des jeux de cartes, des foulards, un «poisson polaire» et même un porte-monnaie/briquet... 

«Le métier de saltimbanque est en train de disparaître. J'essaie de le faire vivre et de publier des photos et des documents sur Internet pour qu'il ne tombe pas dans l'oubli. Il est important que ce ne soit pas seulement les grands-parents qui s'en souviennent, mais tout le monde. Heureusement, il y a ces foires pour s'en souvenir.»

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