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Gérard Anzia: «Le défi de demain, c'est la croissance ciblée et l'intégration»
Luxembourg 8 min. 25.04.2018

Gérard Anzia: «Le défi de demain, c'est la croissance ciblée et l'intégration»

De mon passage en Belgique, j'ai rapporté le goût pour la bande dessinée.

Gérard Anzia: «Le défi de demain, c'est la croissance ciblée et l'intégration»

De mon passage en Belgique, j'ai rapporté le goût pour la bande dessinée.
Caroline Martin
Luxembourg 8 min. 25.04.2018

Gérard Anzia: «Le défi de demain, c'est la croissance ciblée et l'intégration»

Ingénieur et ancien enseignant, Gérard Anzia est député Déi Gréng depuis 2014 et nous livre ici sa vision du Luxembourg et de la place donnée aux résidents étrangers. C'est sa difficulté à maîtriser le français enfant qui l'a conduit à découvrir la langue et à l'apprécier grandement aujourd'hui.

Le français: langue pivot dans le travail au Luxembourg mais aussi langue en perte de vitesse parmi les Luxembourgeois. Avant les élections législatives d'octobre prochain, nous avons décidé d'interroger les députés sur leur rapport à la langue de Molière, à travers une série d'interviews que nous publierons régulièrement jusqu'à l'été.

Ingénieur et ancien enseignant, Gérard Anzia est député Déi Gréng depuis 2104 et nous livre ici sa vision du Luxembourg et de la place donnée aux résidents étrangers. C'est sa difficulté à maîtriser le français enfant qui l'a conduit à découvrir la langue et à l'apprécier grandement aujourd'hui.

  • Quel est votre rapport à la francophonie?

J'ai choisi de faire mes études d'ingénieur polytechnique à Bruxelles car je ne voulais pas choisir la voie de la facilité en restant en Allemagne. J'ai des origines italiennes mais mes parents sont nés au Luxembourg et à la maison, nous parlions le luxembourgeois. Le français a été compliqué pour moi à apprendre et c'est pour ceci que j'ai souhaité poursuivre mes études supérieures dans un pays francophone.

Cependant, c'est lorsque j'ai débuté une collaboration avec mes collègues belges dans le cadre de projets européens que j'ai vraiment commencé à maîtriser cette langue et même à prendre plaisir à la parler.

  • Cela vous a-t-il donné envie de découvrir davantage la langue française à travers, par exemple, la lecture?

J'ai toujours lu en français, ce qui me manquait c'était d'avoir une communication fluide. C'est une gêne que ressentent beaucoup de Luxembourgeois: par manque de vocabulaire, on peut se montrer hésitant dans l'expression orale.

De mon passage en Belgique, j'ai rapporté le goût pour la bande dessinée. J'en ai plusieurs milliers chez moi et je suis passionné par Jean-Claude Servais qui décrit à merveille la Gaume et la nature. Mais Hergé a été mon premier coup de coeur à l'âge de 12 ans. A cette époque, je les lisais en allemand, ce n'est que plus tard, en les relisant en français, que j'ai découvert toutes les subtilités...

Je suis également grand fan de romans policiers et de Georges Simenon qui décrit si bien le nord de la France. J'aime les personnages qui ont de l'amour pour le simple, comme le commissaire Maigret. Pas de la simplicité d'esprit mais le bonheur d'être heureux avec peu. Ce qui manque parfois ici, au Grand-Duché...

  • A vous entendre parler, on se rend compte que vous avez de grandes d'affinités avec la Belgique et le nord de la France...

Oui, je dois l'avouer! Je suis littéralement amoureux du Pas-de-Calais et surtout de la ville d'Audresselles où j'ai passé mes vacances en famille deux fois par an pendant plus de dix ans. Audresseles est l'une des huit communes formant le Grand Site des Deux Caps, labellisé « Grand Site de France » depuis 2011. La nature est tout autre que sur le littoral belge, elle est plus sauvage, plus préservée.

Cependant, ces dernières années, j'ai suivi l'évolution politique de la France et si je regarde les dernières élections, je vois que le FN est très présent dans le Nord-Pas-de-Calais et cela m'attriste.

  • Dans quelques mois auront lieu les élections législatives, quel bilan tireriez-vous de votre mandat de député?

Il est encore trop tôt pour tirer un bilan mais ce que je peux dire, c'est qu'il y a encore beaucoup de projets de loi importants pour notre parti qui sont encore en gestation comme le code forestier ou la loi sur la protection de l'environnement et la protection des sols. Nous allons travailler pleinement jusqu'au 31 juillet pour réaliser notre devoir de parlementaire.

Cependant, il y a eu quelques moments clés qui ont été très intéressants à suivre durant ce mandat.

La loi sur l'eau me semble une des plus importantes qu'on ait votées au Luxembourg ces dernières années car on a alors beaucoup discuté des pesticides et on s'est rendu compte qu'on avait ignoré pendant des dizaines d'années nos lacs de surface et nos sources de captage. 

J'ai aussi beaucoup appris lors de la Commission travail et la réforme du Code du travail. Cette expérience m'a beaucoup servi lorsque je me suis occupé d'ateliers protégés dans une association par la suite.

  • Vous êtes membre de la Commission de l'Education nationale, de l'Enfance et de la Jeunesse pour le volet Formation professionnelle. Comment est-il possible pour les élèves résidents étrangers orientés vers le technique ou le modulaire de se former s'ils n'ont pas accès à des formations supérieures dans une langue qu'ils maîtrisent?

La problématique du Luxembourg en la matière est une problématique de langue concernant les primo-arrivants, surtout pour les jeunes qui arrivent dans le pays à un âge avancé. Il faut bien avouer que le Luxembourg n'est pas vraiment équipé pour les accueillir, les encadrer et les former.

Ces dernières années, on a créé quelques filières francophones pour remédier à ceci mais on ne peut pas déplacer tous les jeunes à l'école internationale de Differdange. Peut-être serait-il plus pertinent d'établir des accords avec la Grande Région, la Lorraine, la Belgique pour que les jeunes puissent poursuivre leur formation dans les pays voisins.

Cependant, ces dernières années, j'ai suivi l'évolution politique de la France et si je regarde les dernières élections, je vois que le FN est très présent dans le Nord-Pas-de-Calais et cela m'attriste.
Cependant, ces dernières années, j'ai suivi l'évolution politique de la France et si je regarde les dernières élections, je vois que le FN est très présent dans le Nord-Pas-de-Calais et cela m'attriste.
Caroline Martin

De toute façon, il nous faut ces ressources étrangères pour combler les besoins au Luxembourg afin d'avoir plus de résidents aptes à certains métiers et embaucher moins de frontaliers. On est conscient du problème mais on n'a pas encore trouvé la solution.

Cependant, pour les enfants nés dans le pays ou arrivés tôt, ce type de problème linguistique se pose moins.

  • Il y a pourtant de plus en plus d'enfants diagnostiqués "DYS" au Luxembourg et qui se retrouvent dans l'incapacité d'évoluer dans un environnement scolaire associant plusieurs langues.

Ces dernières années, il y a eu un changement idéologique à ce sujet au Luxembourg. L'éducation différenciée était mise à part de l'éducation tout court et aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Le mouvement va maintenant dans le sens de l'inclusion ce qui n'est pas toujours facile car ces profils "DYS" sont souvent un handicap caché qu'on découvre en cours de scolarité.

Tout le travail consiste à les repérer et à les aider au mieux. Et là, on a beaucoup à faire même si l'ouverture des salles de classe aux spécialistes a été faite et qu'ils aident déjà beaucoup. L'autre chose, c'est la présence des éducateurs dans les classes de précoces. Ils ont reçu un autre type de formation que les instituteurs et peuvent mieux repérer les enfants à besoins spécifiques.

  • Quand le Luxembourg comptera près d’1 million d’habitants vers 2060, il comptera aussi environ 350.000 travailleurs frontaliers, selon les projections du Statec et de la Fondation Idea. Est-ce pour vous plutôt une richesse ou un défi pour le pays?

Pour moi, c'est un vrai défi et je le vois de manière très positive et ça ne m'inquiète vraiment pas. Il faut bien se rendre compte que si ces personnes sont là, c'est parce qu'on leur a demandé de venir. Mais naturellement, si on regarde les tendances en Europe, on peut craindre le repli identitaire au Luxembourg.

Si on veut avoir des infrastructures de haut niveau, des services dans les hôpitaux ou dans le secteur privé au top, alors il faut accepter que le pays s'enrichisse grâce à la présence des résidents étrangers et aux frontaliers qui mettent en valeur des compétences qui nous manqueraient autrement.

La réalité, c'est que si on a 180.000 personnes qui passent chaque jour la frontière, c'est parce qu'on n'a pas les compétences pour faire le travail.

Comment réduire les effets néfastes comme les embouteillages ou la pollution que tout ce mouvement génère chaque jour? C'est le défi des politiques de demain: la croissance ciblée et l'intégration.

  • Comment penser la cohésion sociale dans ce cadre?

La cohésion sociale, ce n'est pas l'un contre l'autre mais les uns avec les autres et ce n'est pas évident. Ce qu'il faut créer, c'est du lien social, travailler la notion de "citoyen" afin que les résidents étrangers s'intègrent mieux au sein de leur commune.

  • Qu'avez-vous pensé du résultat du référendum de 2015?

Ce qui a inquiété les gens, ce sont les questions liées justement au vivre-ensemble. Et il ne faut surtout pas penser que près de 80% de la population luxembourgeoise ne souhaite pas accueillir des étrangers car c'est faux. Mais la question de nationalité est plus importante auprès des Luxembourgeois que le gouvernement ne l'avait pressenti. Il faut donc encore réaliser tout un travail sur la citoyenneté car la nationalité a un sens dans le vécu de tous les jours.

  • Pensez-vous que les résidents étrangers étaient suffisamment investis lors des dernières élections communales?

Il n'est pas facile de les motiver à s'inscrire sur les listes électorales. Dans ma commune, à Useldange, nous n'avons pas eu un taux très élevé de leur participation. Après, il faut comprendre que c'est culturel et qu'un vote obligatoire aux élections peut arrêter certaines personnes.


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