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Georges Engel: «Je parle plutôt belge que français»
Luxembourg 6 min. 27.04.2018 Cet article est archivé

Georges Engel: «Je parle plutôt belge que français»

Georges Engel: «Je parle plutôt belge que français»

Caroline Martin
Luxembourg 6 min. 27.04.2018 Cet article est archivé

Georges Engel: «Je parle plutôt belge que français»

Christelle BRUCKER
Christelle BRUCKER
Infirmier et assistant d'hygiène sociale de formation, le terrain, Georges Engel connaît bien. D'ailleurs, c'est ce qu'il préfère en politique. Alors, pas étonnant que pour évoquer l'un des défis majeurs du Luxembourg, la cohésion sociale, il nous parle rugby!

Avant les élections législatives d’octobre prochain, nous avons décidé d’interroger les députés sur leur rapport à la langue de Molière à travers une série d’interviews que nous publierons régulièrement jusqu’à l’été.    

  • Vous avez grandi dans le sud du Luxembourg, au pays des Trois frontières. Quel était votre rapport à la langue française quand vous étiez enfant?

La proximité avec la Belgique et la France ne m'a pas apporté beaucoup d'amour pour la langue française. J'étais un gosse luxembourgeois dans un milieu familial ouvrier dont le français ne faisait pas partie. Il faut dire que mon père et ma mère sont nés avant la Seconde Guerre mondiale donc ils n'ont pas appris le français à l'école. C'était une langue qu'on ne parlait pas du tout chez nous. 

D'ailleurs, la frontière avec la France a toujours été une vraie frontière: on ne la dépassait pas. Idem avec la Belgique: la première fois que je suis allé à Arlon, c'était pour prendre le train qui m'emmènerait à Bruxelles pour faire mes études!

Tous mes amis de cette époque ne parlaient pas non plus le français. Il y avait pourtant des Italiens, mais ils parlaient le luxembourgeois. 

  • Du coup, l'apprentissage du français à l'école a-t-il été plus compliqué?

Non, j'étais un très bon élève. Du moins au primaire. Dans le secondaire, je dois dire que le français n'était pas ma langue préférée! Bien au contraire, j'ai eu pas mal de problèmes... mais je m'en suis pas trop mal sorti puisque par la suite, j'ai choisi un pays francophone pour mes études: la Belgique.


Caroline Martin
  • Quels souvenirs vous gardez de ces quatre années passées en Belgique?

Une période de ma vie qui a été l'une des plus belles! Se sentir libre, pour la première fois, maître de ce qu'on peut faire... Des nuits à guindailler, bref: la vie d'étudiant à 100%!

  • Et aujourd'hui, quelle place occupent la langue et la culture françaises dans votre vie?

Je suis député-maire et, à la commune, presque toute la correspondance se fait en français. Je me sens plus à l'aise dans cette langue aujourd'hui, même si la parler me met quelquefois dans des situations difficiles pour trouver les mots ou la formulation exacte. Cela me demande des efforts. 

Côté culture, j'aime beaucoup Jacques Brel: cet amour est né à Bruxelles. J'aime aussi des choses plus actuelles comme Louane. J'ai eu l'occasion d'aller voir la Philharmonie de Paris car je suis fan de musique classique, et musicien moi-même.

  • Ah oui? De quel instrument jouez-vous?

J'en joue plusieurs: de la flûte, du tuba au sein de l'Harmonie de Soleuvre, et je me suis inscrit au Conservatoire de Esch/Alzette il y a deux ans pour apprendre le saxophone soprano. 

  • Votre diplôme en poche, vous revenez au Luxembourg travailler comme assistant d'hygiène sociale à Pétange. Vous avez 24 ans, et vous prenez votre carte au LSAP. Pourquoi?

Je m'étais toujours intéressé à la vie politique, mais plutôt du côté pragmatique (réaliser des choses concrètes, mettre en place des services, des solutions, etc.) pas le volet des lois et des règlements. J'ai rapidement compris que la politique influençait majoritairement notre vie dans tous les domaines. 

Ce qui fait ma patrie, ce sont les 300.000 Luxembourgeois et aussi les 300.000 autres personnes qui vivent ici

Je m'étais dit que de toute façon, la politique se ferait, avec ou sans moi, et j'ai préféré y contribuer plutôt que la subir. J'ai voulu participer à ce processus pour avoir mon mot à dire. Ça a été l'argument le plus important pour m'investir dans la politique.

On avait créé un groupe de jeunes socialistes dans ma commune mais au final, j'ai vite été intégré dans la section locale du parti puis dans le comité directeur au niveau national, dont je fais partie depuis près de 20 ans maintenant. 

  • Au Luxembourg, la moitié des habitants sont des non-Luxembourgeois: comment tient-on compte de cette particularité dans son travail d'élu?

C'est un très grand défi.

Il faut dire que ma profession d'assistant d'hygiène sociale m'a aidé à développer cette faculté de me mettre à la place des gens car sans empathie, on ne peut pas exercer ce métier.

Je suis amateur de rugby et j'ai récemment assisté à un match opposant le Luxembourg à l'équipe de Finlande. Il y avait 1.300 personnes dans le stade, et j'ai trouvé qu'elles représentaient parfaitement ce qu'est le Luxembourg: dans les tribunes, il y avait beaucoup d'Anglais, de Français, de Belges, d'Italiens... et tous étaient venus soutenir le Luxembourg! 

C'est ça, ma vision de mon pays. Ce qui fait ma patrie, ce sont les 300.000 Luxembourgeois et aussi les 300.000 autres personnes qui vivent ici. 

Caroline Martin
  • Faire vivre ensemble toutes ces communautés pose la question de la cohésion sociale: comment vous l'envisagez?

Je n'ai pas la recette magique pour favoriser le bien-vivre ensemble dans notre société.

Je crois d'ailleurs que c'est l'un des grands dangers pour l'avenir: que cette cohésion ne se fasse plus. Je pense vraiment que si on ne réussit pas à renforcer cette cohésion ou au moins à faire en sorte qu'elle ne se fragilise pas davantage, on aura de très gros problèmes ici au Luxembourg. 

Je ferai tout pour la consolider.

On a voulu prendre des décisions qui, à mon avis, auraient favorisé cette cohésion sociale... Dans le référendum en 2015, on a posé la question du droit de vote des étrangers au pays depuis au moins 10 ans... malheureusement, avec le résultat qu'on connaît (le "non" l'avait massivement emporté, ndlr).

S'investir pour une cause juste, c'est toujours bien

Je ne pense pas que 80% des électeurs soient contre le vote des étrangers aux législatives, ils ont surtout voulu montrer leur désaccord avec la composition du gouvernement à ce moment-là, par le biais du référendum.

  • Vous l'avez vécu comment, vous, ce résultat?

C'était quand même dur. J'ai été effondré face à ces résultats. Je n'ai pas compris cette attitude et je ne comprends toujours pas. Tout changement sur cette question est maintenant impossible pour au moins dix ans.

  • Dommage pour le LSAP car les étrangers représentent une part importante des voix.

C'est clair que le parti qui s'investit le plus en faveur de l'augmentation du salaire minimum sait très bien qu'il ne fait pas ça pour les électeurs. Mais bon, on ne travaille pas que pour les électeurs, on travaille aussi à la construction de la cohésion sociale. S'investir pour une cause juste, c'est toujours bien. Même si cela n'a pas de retombées électorales.

  • Et concernant les frontaliers, est-ce une population dont vous défendez aussi les intérêts à travers votre travail de député?

Oui, bien sûr, même s'il est clair que toutes les lois n'ont pas un impact sur les frontaliers. Quand c'est le cas, cela joue dans ma façon de penser une loi. Je pense que si on n'avait pas les frontaliers, on serait un tout autre pays, et sans doute pas le pays si bien qu'on a maintenant.

Les problèmes dus à l'afflux massif de travailleurs frontaliers ne sont rien à côté du bénéfice qu'ils ont apporté et qu'ils apportent au pays.


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