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Gast Gibéryen: «Un frontalier sur sept est luxembourgeois»
A l'ADR, notre objectif est d'avoir au moins cinq députés à la Chambre des députés au terme des élections.

Gast Gibéryen: «Un frontalier sur sept est luxembourgeois»

Steve Eastwood
A l'ADR, notre objectif est d'avoir au moins cinq députés à la Chambre des députés au terme des élections.
Luxembourg 6 min. 13.07.2018

Gast Gibéryen: «Un frontalier sur sept est luxembourgeois»

Virginie ORLANDI
Virginie ORLANDI
Gast Gibéryen, s'est prêté aux questions de wort.lu/fr pour la série "Face aux députés" qui prend doucement fin. Le député ADR revient sur son parcours, sa vision du Luxembourg et sur ses projets pour les prochaines semaines à la veille des élections législatives d'octobre prochain.

Le français: langue pivot dans le travail au Luxembourg mais aussi langue en perte de vitesse parmi les Luxembourgeois. Avant les élections législatives d'octobre prochain, nous avons décidé d'interroger les députés sur leur rapport à la langue de Molière, à travers une série d'interviews que nous publierons régulièrement jusqu'à l'été.   

  • Quel est votre rapport à la francophonie?

Je suis né à Born-sur-Sûre, entre Echternach et Wasserbillig. Mon père était douanier et en 1948, il a fait des recherches pour prouver sa nationalité et on a découvert que notre famille est luxembourgeoise depuis plus de 200 ans. J'ai appris le français à l'école et je ne l'ai pas vraiment parlé avant l'âge de 20 ans. Je n'ai pas fait d'études supérieures et suis issu de l'artisanat de la métallurgie où j'ai été ajusteur pendant plusieurs années.

  • Comment êtes-vous arrivé dans le monde de la politique?

Je me suis toujours intéressé à la politique. Quand j'avais 12 ans, j'allais écouter le conseil communal de ma commune, Frisange. Et à 17 ans, je suis allé pour la première fois à la Chambre des députés pour les grands débats. A 18 ans, je suis devenu syndicaliste dans le syndicat des artisans, à l'époque cela s'appelait le NHV. Je suis devenu très vite actif dans le syndicat: j'étais secrétaire et j'ai gravi les échelons jusqu'à devenir président. J'ai été actif dans le monde du syndicalisme jusqu'en 1979, date à laquelle je suis devenu député.

  • Quand le Luxembourg comptera près d'un million d’habitants vers 2060, il comptera aussi environ 350.000 travailleurs frontaliers, selon les projections du Statec et de la Fondation Idea. Est-ce pour vous plutôt une richesse ou un défi pour le pays ?

La croissance économique est pour mon parti la chose dont il faut s'occuper en priorité. Il y a trois ans, lors d'un congrès national, on était déjà de cet avis. Maintenant, tous les partis sont d'accord pour discuter de ce sujet. A l'ADR, nous ne voulons pas une évolution des effectifs de la population. Tous nos problèmes au Luxembourg sont liés à cette croissance démesurée.

En ce qui concerne les travailleurs frontaliers, le seul chiffre précis est celui du nombre de frontaliers à la charge du Luxembourg dans 40 ans lorsqu'ils seront retraités. Et il me semble clair que le Luxembourg ne pourra pas suivre...  il faut trouver autre chose. Nous ne voulons pas d'un million d'actifs, tout au plus 800.000. Surtout, que nous ne voulons pas changer l'âge d'arrivée à la retraite, ni diminuer les prestations.

En cinq ans, le gouvernement a créé 60.000 emplois et le chômage a diminué de 2.500 personnes. Pour moi, le gouvernement devrait se demander pourquoi il n'a pas réussi à faire diminuer davantage le chômage? Si on continue comme ça, pour éradiquer le chômage, il faudrait créer encore 400.000 places? Ce n'est pas réalisable!

"La croissance économique est pour mon parti la chose dont il faut s'occuper en priorité".
"La croissance économique est pour mon parti la chose dont il faut s'occuper en priorité".
Steve Eastwood
  • Comment faire changer les choses alors?

Il faut revoir notre système éducatif: nous n'avons pas assez de personnes dans les métiers de l'artisanat et trop de personnes vont à l'université. L'orientation devrait se faire de manière plus consciente des besoins de notre pays. Nous formons des gens qui vont soit partir, soit devenir fonctionnaire. Du coup, nous sommes obligés d'aller chercher la main-d'oeuvre de l'autre côté de la frontière ce qui augmente le nombre de frontaliers.

Pour le logement, c'est la même chose. Les Luxembourgeois ne peuvent plus se loger dans le pays et vont habiter de l'autre côté de la frontière. Un frontalier sur sept est un Luxembourgeois qui ne peut pas se loger dans son propre pays. Avec une croissance entre 3 et 4%, cela fait 13.000 nouveaux résidents chaque année dans le pays et entre 7.000 et 8.000 frontaliers. Ce qui correspond à 20.000 personnes qui bougent au Luxembourg, chaque année... Pour les nouveaux résidents, il faut près de 6.000 nouvelles habitations par an et on peut en construire tout au plus 4.000.

Le problème devient toujours plus grand et les Luxembourgeois doivent aller se loger ailleurs que dans leur pays.

  • D'après vous, les Luxembourgeois sont inquiets pour leur avenir?

Oui, et pas seulement les Luxembourgeois mais aussi tous les résidents qui doivent aussi se loger dans le pays. Cette croissance démesurée concerne tout le monde et pour moi, la principale question qui se pose est celle de l'implantation de nouvelles entreprises sur le sol luxembourgeois. Il faudrait tout d'abord faire une étude d'impact: terrain, infrastructures, personnel, énergie, combien ça coûte aux communes, à l'Etat, combien d'emplois vont être créés... Et après, on les accepte ou pas. Et si le Luxembourg n'a pas la main-d'oeuvre et que des frontaliers devront être embauchés alors, il ne faut pas les accepter et leur dire d'aller s'installer directement de l'autre côté de la frontière.

On sait bien que ces entreprises viennent chez nous pour raisons fiscales mais il ne faut pas oublier de dire que depuis 2003, le budget de l'Etat est déficitaire. Comment avec une telle croissance économique, on peut avoir un déficit?

  • Lors de la prochaine législature, on estime que le nombre de résidents étrangers devrait dépasser le nombre de Luxembourgeois. Comment penser la cohésion sociale dans ce cadre?

Pour moi, la langue luxembourgeoise est très importante pour l'intégration et il faut investir dans l'éducation. Je ne suis pas d'accord avec l'introduction du français dans les crèches car il faut avant tout privilégier la langue luxembourgeoise dès la petite enfance.

Si on parle la langue, la nationalité n'est plus si importante par la suite.

Je pense qu'on n'investit pas suffisamment dans la langue luxembourgeoise, la preuve: les cours de luxembourgeois sont saturés et les professeurs ne sont pas assez nombreux. En ce qui concerne le secteur de la santé, il faudrait que les cours de luxembourgeois soient prestés durant les heures de travail car il est difficile pour les salariés d'apprendre une langue étrangère après avoir travaillé huit heures d'affilée.

  • Le référendum a-t-il changé la perception des résidents étrangers dans le pays? 

Je pense que le Luxembourg a montré ces trente dernières années qu'il n'y a pas de problèmes entre les Luxembourgeois et les résidents étrangers. On est presque à 50/50 en ce qui concerne les effectifs de la population et en minorité, la journée quand les 200.000 frontaliers entrent dans le pays pour y travailler.

Nous ne subissons pas de racisme et aucun parti politique de notre pays n'est populiste. Pourquoi? Car nous parlons plusieurs langues et que notre économie se porte bien même si le budget de l'Etat est déficitaire.

  • Quels sont vos objectifs pour les élections nationales?

Pour nous, le principal point de notre programme électoral est la question de la croissance économique et notre objectif est d'avoir au moins cinq députés à la Chambre des députés au terme des élections.


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