Frontaliers en train

Les «Râleurs» invités chez les syndicalistes

Les voyageurs du TER Lorraine, «en mode sardines» comme ils le disent souvent sur Twitter.
Les voyageurs du TER Lorraine, «en mode sardines» comme ils le disent souvent sur Twitter.
Archives LW / Serge Waldbillig

Par Anne Fourney

Troisième rendez-vous mystère pour le groupe Twitter qui se rassemble sous le nom autoproclamé de «Râleurs du TER». Après une visite au ministère des Infrastructures et du Développement durable à l'invitation du ministre François Bausch, le rendez-vous est donné jeudi à l'heure du déjeuner à l'angle de l'avenue de la Liberté et de la rue de Strasbourg. C'est dans les locaux du syndicat de cheminots Syprolux qu'ils ont été invités. Avec un invité surprise: Didier Wallerich, directeur des affaires publiques et de la communication externe à la SNCF Grand Est. Les «Râleurs» sont une vingtaine. On reconnaît parmi eux des visages familiers des rendez-vous précédents.

Ces frontaliers qui viennent quotidiennement travailler en train depuis la France vers le Luxembourg ont été accueillis par Mylène Bianchy, présidente du Syprolux. Il a tout de suite été question de l'accident et de la mort du conducteur de train, le 14 février.

Elle a rappelé le choc émotionnel des cheminots luxembourgeois lorsqu'ils ont appris la nouvelle de l'accident du 14 février, survenu dix ans après celui de Zoufftgen. «Ça pouvait se passer partout sur la ligne mais pas là, quasiment au même endroit que l'accident de Zoufftgen il y a dix ans», même si les raisons sont différentes.

Pas de contact avec les syndicalistes français

Le choc a été immense. Puis, Mylène Bianchy poursuit en évoquant les syndicats français, CFDT et CGT, qui ont refusé de poursuivre l'acheminement des voyageurs frontaliers au Luxembourg, craignant pour leur sécurité: «On a vécu leur attitude comme un acte de désolidarisation complète.» Ça a été dur à encaisser pour les cheminots luxembourgeois qui étaient déjà sous le choc de l'accident, précise-t-elle. «Jusqu'à présent, aucun des syndicats français n'a pris contact avec nous».

Si les frontaliers qui voyagent chaque jour en TER se plaignent des retards récurrents des trains, ils ont été mis à rude épreuve par les conséquences de l'accident mortel survenu le 14 février sur la ligne 90 à proximité de la gare de triage de Bettembourg. Ils communiquent via Twitter pour se tenir informés mutuellement sur la circulation des trains.

Mécontents de la communication du Parquet

Pour Didier Wallerich comme pour Syprolux, le communiqué de presse du Parquet a été prématuré. «Il y a des choses qui me choquent dans ce communiqué et après il faudra assumer, pour le Parquet luxembourgeois». Selon eux, c'était prématuré de publier un tel communiqué, même si tout le monde attendait avec impatience des éléments de réponse sur les causes de cet accident.

«On n'était pas contents que le Parquet ait communiqué à ce moment. En tant que syndicalistes et cheminots, nous ne voyons que des bribes d'information qui suscitent finalement plus de questions que de réponses», résume Mylène Bianchy qui avoue que les cheminots luxembourgeois ont, de plus, appréhendé un nouveau droit de retrait chez les cheminots français.

Pourquoi seulement des trains à une ou deux voitures?

Les commentaires et informations  des usagers de la ligne Nancy-Metz-Luxembourg sont partagés sur Twitter essentiellement par AVTERML (association des Voyageurs en TER Metz Luxembourg), Usagers TER Metz-Lux. Côté SNCF, c'est Didier Wallerich qui s'y colle, informe, répond. Les frontaliers maîtrisent le jargon du cheminot: on tweete chaque jour en parlant d'US et d'UM: unité simple, unité multiple (une rame ou plusieurs rames).

«Parfois les gens imaginent que lorsque nous manquons de place dans les trains il suffit d'ouvrir un garage et de sortir une voiture de plus! Mais ce n'est pas si simple», a lancé Mylène Bianchy en riant. Il faut faire selon les disponibilités et les compatibilités. 

Toutes les rames ne sont pas compatibles entre elles. Il en existe deux sortes qui ne sont pas équipées du même logiciel. L'une d'elles circule avec l'ETCS, l'autre non.

«Les CFL doivent fournir quatre rames par jour, pour assurer leurs trains entre Luxembourg et Nancy. C'est ce que prévoit le contrat de partenariat. Il prévoit que toutes les rames en ETCS doivent être en unité simple», a expliqué Didier Wallerich, avant de mettre en garde par rapport aux rumeurs en faisant référence à un document «écrit par des cheminots et pour des cheminots» publié entre autres sur le site d'AVTERML. «On a un langage à nous, il y a des choses qui sont dans la culture cheminote et quand on parle entre nous on se comprend très bien, mais cela n'est pas compréhensible par quelqu'un d'extérieur aux chemins de fer», a-t-il déploré.

Davantage de communication

La communication: voilà l'attente des voyageurs du TER! Mais pour Didier Wallerich, il serait contre-productif de communiquer à tout bout de champ sur le pourquoi du comment des retards des trains. «Il faudrait faire des communiqués toutes les deux minutes! Il faut arrêter de faire des interprétations. Les systèmes ferroviaires sont extrêmement complexes. Ils ont été pensés à un moment donné pour une situation donnée, et ensuite les retours d'expériences du monde entier ont fait que ces systèmes ont été complétés par d'autres.»

Le Memor II + n'est qu'une aide à la conduite, pas un système de sécurité, ont-ils rappelé, «contrairement à ce qui a été dit dans les médias». Il a succédé à l'époque où les trains avaient deux conducteurs. La question se pose donc du développement de ces systèmes de sécurité: n'incitent-ils pas l'homme à se déresponsabiliser de ses tâches, en se disant que de toute façon il existe un ou plusieurs systèmes de sécurité?

Les trajets « en mode sardines »

Les «Râleurs» ont obtenu certaines réponses à leurs questions concernant les trajets en «mode sardines» à propos desquels ils tweetent, souvent avec un certain humour:

L’événement du vendredi 3 mars, lorsque des agents des CFL, aidés de la police, bloquaient l'accès aux quais, a été abordé et clarifié: «Les rames prises d'assaut constituaient un problème de sécurité», explique Mylène Bianchy. «Nous sachant peu nombreux, la police est venue nous aider.»

Ce qui nous pose problème dans notre travail aux CFL, c'est la circulation de l'information. «On n'arrive pas à maîtriser les flux d'informations. Aux guichets par exemple, on n'a pas accès aux informations qui indiquent si un train a été supprimé ou est en retard.»

Les retards, oui, parlons-en. C'est ce qui fait le plus souvent râler les «Râleurs du TER» ou d'ailleurs sur Twitter. «Ça devient difficile de justifier des retards à répétition auprès de son patron!» «Quand on est patron aussi, c'est difficile d'insister auprès de ses employés qu'il faut être à l'heure si l'on est soi-même souvent en retard!»

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