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Fränk Arndt: «J'ai toujours travaillé avec des frontaliers»
Luxembourg 6 min. 26.02.2018 Cet article est archivé

Fränk Arndt: «J'ai toujours travaillé avec des frontaliers»

Fränk Arndt: «J'ai toujours travaillé avec des frontaliers»

Pierre Matgé
Luxembourg 6 min. 26.02.2018 Cet article est archivé

Fränk Arndt: «J'ai toujours travaillé avec des frontaliers»

Christelle BRUCKER
Christelle BRUCKER
Au milieu des avocats, professeurs et médecins de la Chambre des députés, Fränk Arndt, serrurier de formation et ouvrier pendant 20 ans, fait figure d'exception. Une ascension sociale dont il est très fier.

Le français: langue pivot dans le travail au Luxembourg mais aussi langue en perte de vitesse parmi les Luxembourgeois. Avant les élections législatives d’octobre prochain, nous avons décidé d’interroger les députés sur leur rapport à la langue de Molière, à travers une série d’interviews que nous publierons régulièrement jusqu’à l’été.   

Après Léon Gloden (CSV) et Diane Ademh (CSV) la semaine dernière, c'est le socialiste Fränk Arndt qui s'est prêté au jeu. 

Conseiller communal de Wiltz en 2000 puis échevin en 2005, il s’assoit dans le fauteuil du bourgmestre de la commune qui l'a vu grandir en 2009 et rafle un mandat de député aux législatives de 2013.

"Je suis entré en politique par la porte du syndicalisme. J'ai tout appris des textes légaux en tant que président de la délégation du personnel de mon entreprise Circuit Foil à Wiltz, puis au poste de secrétaire général de l'OGBL pour la région Nord que j'ai occupé pendant 12 ans."

  • Vous qui avez toujours vécu à Wiltz, parlez-nous de la place de la langue française dans cette partie du Luxembourg...

Nous sommes à 10 km de la frontière avec la Belgique donc nous avons toujours côtoyé beaucoup de frontaliers belges. Dès les années 1970, mais surtout dans les années 1980, à l'usine, 75% de nos collègues étaient belges! Pour que le travail avance, il fallait bien que les Luxembourgeois parlent français car nos voisins parlaient rarement le luxembourgeois. C'était beaucoup plus simple pour tout le monde de parler en français. 

  • Du coup, j'imagine que vos liens avec la francophonie sont orientés plutôt vers le plat pays?

Oui, c'est vrai, la proximité avec la Belgique y est pour beaucoup: on est à seulement 1h20 de Bruxelles. Parfois, il me faut plus de temps que ça pour aller à Dudelange! Alors, aller à Metz ou Nancy, n'en parlons pas...

Comme je suis un grand fan de football et en particulier du Standard de Liège, j'assiste souvent à des matchs là-bas. J'ai la carte de membre du club. Le foot fait partie de ma vie: j'ai joué à Wiltz et à Clervaux, avant d'être entraîneur chez les jeunes. Mes liens avec la France, c'est plutôt les vacances: les pistes de ski de Val d'Isère en hiver, depuis 30 ans déjà, et les plages de Montpellier en été. 

Pour Frank Arndt, la multiculturalité est "une chance, pas un défi"
Pour Frank Arndt, la multiculturalité est "une chance, pas un défi"
Pierre Matgé
  • A Wiltz, plus de la moitié des résidents sont issus de l'immigration: la barrière de la langue est-elle un problème au quotidien?

Oui, l'intégration est beaucoup plus difficile. Les Portugais, qui constituent la communauté la plus importante, maîtrisent le français, mais on a aussi beaucoup de citoyens issus de pays d'ex-Yougoslavie, qui parlaient plutôt l'allemand en arrivant ici et qui ont eu de grandes facilités à apprendre le luxembourgeois. 

Au niveau communal, on agit à travers des projets bien ciblés. On mise beaucoup sur les enfants, sur les jeunes: on a actuellement trois projets-pilotes en cours qui sont soutenus par le ministère de l'Education, car les langues constituent pour nous la clé de l'intégration.

On lance de nombreuses initiatives pour rapprocher les communautés, mais ce n'est pas facile, je ne vais pas le cacher!

Quant aux anciennes générations qui ont été privées de la langue française à cause de la guerre, l'obstacle est toujours là, au quotidien. Les personnes âgées ne sont pas du tout à l'aise en français, ce qui leur cause des soucis au niveau des soins de santé notamment, secteur où le français est très présent.

Tous les autres se débrouillent pour trouver une langue en commun pour discuter!

Au niveau de la commission d'intégration aussi, c'est un problème: on a besoin de maîtriser vraiment une langue pour en saisir tout le sens et participer aux débats. Or, parfois, c'est dur de trouver une langue que tout le monde parle autour de la table.

  • Finalement, en tant que bourgmestre, vous faites face à des problématiques que vous retrouvez au niveau national en tant que député.

Oui, c'est sûr et certain. Et pas seulement sur les langues, sur les problèmes transfrontaliers aussi: en tant que syndicaliste, j'ai été confronté pendant des années sur le terrain aux soucis de fiscalité, de prestations sociales ou encore d'assurance maladie, rencontrés régulièrement par les frontaliers belges.

La multiculturalité n'est pas un défi pour moi,
c'est une chance

Maintenant, je fais partie de l'assemblée parlementaire du Benelux et je me revois dans les années 1970, avec les mêmes thèmes qui reviennent.

  • La composante du travail frontalier, propre au Luxembourg, occupe-t-elle toujours un coin de votre tête dans votre travail de député?

Qu'est-ce que le Grand-Duché ferait sans ses frontaliers? Pardonnez-moi de prendre encore l'exemple de ma commune mais les immigrés et les frontaliers occupent les métiers les moins valorisés. Ce sont eux qui font ces travaux-là pour nous. 

La multiculturalité n'est pas un défi pour moi, c'est une chance. Rien que dans ma rue, une dizaine de nationalités sont représentées!  

Je suis très vigilant sur les inégalités 

Dans mon travail, j'ai toujours collaboré avec des frontaliers. Les dossiers que je connais sur le bout des doigts et dans lesquels je peux m'investir sont ceux liés au droit du travail, à la sécurité sociale, donc forcément des thématiques qui touchent les frontaliers aussi.

Je suis toujours très vigilant en tant que député sur les inégalités qui peuvent être engendrées par telle ou telle décision et je suis à même de proposer des solutions. Je me sens légitime sur toutes ces questions. 

  • Vous êtes entré à la Chambre des députés pour faire bouger les lignes au-delà de votre commune. Y êtes-vous parvenu?

Oui, on peut faire bouger les choses, mais je dois dire que les deux casquettes sont difficilement tenables sur le long terme. Avec les trajets fréquents entre Wiltz et la capitale, on doit être entouré de gens de confiance à la commune et mettre de côté pas mal de choses au niveau personnel.

Je ne rempilerai pas pour les deux fonctions
que j'occupe aujourd'hui

A 59 ans, je suis grand-père maintenant, j'arrive à un moment de ma vie où il va falloir faire un choix. Je sais que je ne rempilerai pas pour les deux fonctions que j'occupe aujourd'hui. Quant à savoir pour lequel de mes deux mandats je laisserai ma place, je me laisse encore le temps de la réflexion.


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