Forum sur les troubles d’apprentissage

Sir Stewart et le Prince Louis lèvent les tabous

Le Prince Louis de Luxembourg, 30 ans: «J'ai enfin accepté ma dyslexie».
Le Prince Louis de Luxembourg, 30 ans: «J'ai enfin accepté ma dyslexie».
Photo: Lex Kleren

Par Maurice Fick

«Redonner espoir» aux parents d'enfants confrontés aux dys. C'est le but que se sont fixés la Grande-Duchesse et tous les acteurs du premier Forum international sur les troubles d'apprentissage organisé au Kirchberg ce samedi 30 janvier 2016. Alors, «levons les tabous!» a lancé Maria Teresa. Pour la première fois, son fils, le Prince Louis, a parlé ouvertement de sa dyslexie après le témoignage poignant d'un autre dyslexique, mondialement connu pour avoir été triple champion du monde automobile, Sir Jackie Stewart.

Autres Galeries

On estime qu'entre 5 et 10% de la population est atteinte d'une «dys». C'est-à-dire d'une dyslexie, d'une dyscalculie, d'une dysphasie, d'une dyspraxie, etc. Et l'intérêt pour le sujet, qui touche autant d'enfants scolarisés dans les écoles luxembourgeoises, a été si important qu'«en trois semaines, ce premier Forum international sur les troubles d'apprentissage était déjà complet».

De sorte que «nous avons doublé les capacités d'accueil», a expliqué la Grande-Duchesse Maria Teresa, initiatrice de cette première rencontre du genre pour permettre -durant toute une journée- aux parents, enseignants et professionnels concernés d'échanger sur ces dys. Le but de cette plateforme de discussion étant de «redonner espoir» mais aussi de booster les volontés -y compris politiques- car au Luxembourg «les choses avancent mais trop lentement», pose Maria Teresa.

Maria Teresa: «Agissons maintenant!»

«On ne guérit pas d'un trouble d'apprentissage», sait bien cette mère de cinq enfants dont le troisième fils, le Prince Louis, s'est vu diagnostiquer une dyslexie à l'âge de 10 ans. Mais «on peut développer des méthodes» pour travailler dans l'intérêt de ces enfants à commencer par une indispensable coopération entre les scientifiques praticiens et les parents, selon la Grande-Duchesse, «très fière du courage de son fils, Louis».

Et pour «donner à nos enfants les outils de la réussite agissons maintenant!» a-t-elle lancé au public du European Convention Center où l'on distinguait naturellement le Grand-Duc mais aussi plusieurs de ses enfants, tout comme la Princesse Margaretha de Liechtenstein, la Princesse Sumaya bint El Hassan de Jordanie, le président de la Chambre des députés, la ministre de la Famille... et Sir Jackie Stewart.

Sir Jackie Stewart, dislexique, estime que «les autorité éducatives et le ministre de l'Education nationale peuvent changer tout un pays.»
Sir Jackie Stewart, dislexique, estime que «les autorité éducatives et le ministre de l'Education nationale peuvent changer tout un pays.»
Photo: Lex Kleren

Le premier à agir et à mettre le pied sur l'accélérateur a été l'ancien triple champion du monde automobile en témoignant à la tribune pour briser les tabous: «Je n'arrive pas à réciter l'alphabet parce que je ne le connais pas. Ni à fredonner l'air de l'hymne national. Je ne connais pas les mots du Notre Père. Je n'y arrive toujours pas», a-t-il expliqué devant une salle silencieuse. Après vingt-cinq ans de mariage «mon épouse ignorait que je ne savais ni lire, ni écrire. On est tellement gêné par notre propre incapacité qu'on la cache».

«Pratiquement en larmes quand je devais lire»

Jackie Stewart se rappelle bien avoir porté sa dyslexie comme un fardeau à l'école: «On m'a dit que j'étais vraiment lent à la détente, stupide... et j'étais pratiquement en larmes quand je devais lire devant toute la classe: les mots étaient une jungle devant moi», raconte l'ancien mécano, devenu multi-champion de tir aux pigeons dans son pays, puis le pilote le plus rapide du monde.

Car «quand on est dyslexique, on n'a pas les mêmes canaux de pensée». Dans le sport, il a appris à «mettre une dose d'émotion» et à conduire sa machine avec des gants de velours. Et à «être en maîtrise» lorsque le pigeon sortait à 140 km/h de la catapulte.

Enfant, le Prince Louis voyait bien «la différence entre lui et son entourage» mais «je ne comprenais pas moi-même ce qui se passait», raconte-t-il lors de la Table ronde organisée sur la tribune. Son vécu d'enfant dyslexique il le résume ainsi: «Constamment j'étais forcé d'essayer d'atteindre le même niveau que les autres. Ça prend beaucoup de temps et crée de la frustration car on n'y arrive pas», nous explique-t-il en parlant en anglais.

«Trouver sa force dans les difficultés»

«Si l'estime de soi du jeune est blessée de manière trop importante, il aura des difficultés à évoluer. Ce sont des personnes extrêmement intelligentes» témoigne pour sa part, Jean-François Delsarte, un ancien instituteur devenu directeur d'école spécialisée puis conseiller au ministère de l'Enseignement en Belgique. Alors que sur les bancs de l'école, il «voyait les lettres danser au tableau» et qu'à la fin de la 2e année au primaire «je ne savais toujours pas lire».  Sa dyslexie à lui, diagnostiquée à l'âge de 6 ans, «l'a rendu plus fort».

Pour le Prince Louis, le dyslexique doit «se débarrasser de la frustration» accumulée. Et pour cela, «le mieux c'est de faire du sport» et il cite le rugby en exemple. A force de ténacité, le dyslexique «trouve sa force dans les difficultés.» Du haut de ses 30 ans, le Prince Louis dit aujourd'hui «avoir accepté enfin sa dyslexie. J'ai tout simplement accepté mon trouble et j'avance quand même.» Mais pour cela «il fallait surtout comprendre la dyslexie», explique celui qui prépare en ce moment un Master en psychologie sociale à Londres.

L'assistance a appris lors de ce forum que nombre de personnages célèbres étaient en réalité dyslexiques. Comme Mozart, Picasso, Albert Einstein, Winston Churchill mais aussi Steve Jobs, Steven Spielberg, Walt Disney, Muhammad Ali ou George Lucas, le créateur de Star Wars.