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Forte hausse des infections : Sida: pas question de faire des autotests au Luxembourg
Luxembourg 9 min. 26.11.2015 Cet article est archivé

Forte hausse des infections : Sida: pas question de faire des autotests au Luxembourg

Le premier autotest de dépistage du virus du Sida est fabriqué en France.

Forte hausse des infections : Sida: pas question de faire des autotests au Luxembourg

Le premier autotest de dépistage du virus du Sida est fabriqué en France.
©autotest VIH
Luxembourg 9 min. 26.11.2015 Cet article est archivé

Forte hausse des infections : Sida: pas question de faire des autotests au Luxembourg

Le Luxembourg enregistre une hausse de 15% de nouvelles infections par le virus du sida à l'image de l'Europe. Les autotests font un carton en France mais ne seront pas vendus au Luxembourg.

Par Virginie Orlandi

Le Luxembourg enregistre une hausse de 15% de nouvelles infections par le virus du sida à l'image de l'Europe. Mis sur le marché en septembre, les autotests font un carton en France mais ne seront pas vendus au Luxembourg. On préfère encadrer les dépistages plutôt que de laisser les gens seuls face au résultat d'un autotest.

En 2014, près de 150 000 nouvelles infections ont été enregistrées en Europe et le Luxembourg est aussi concerné. En septembre dernier, plusieurs dizaines de milliers d'autotests VIH permettant de savoir si on est infecté par le virus du sida ont été vendus en France, selon des chiffres fournis mercredi par le fabricant, la société AAZ.

Au Luxembourg, 96 nouvelles infections VIH ont été détectées en 2014: une hausse de 15% par rapport à 2013 et qui inquiète grandement les autorités. Parallèlement, la vente d'autotests dans les pharmacies françaises bat son plein: au 31 octobre, près de 70.000 auto-tests VIH avaient déjà été commandés par quelque 9.000 pharmacies réparties sur l'ensemble du territoire, précise AAZ dans un communiqué. "Il est encore un peu tôt pour avoir des données précises sur les ventes", a indiqué le fabricant à l'AFP, tout en l'estimant à "plusieurs dizaines de milliers d'auto-tests vendus en l'espace d'un peu plus de deux mois".

Si le ministre de la Santé, Lydia Mutsch, a déclaré à notre confrère du Luxemburger Wort que de tels tests ne seraient pas en vente dans notre pays, il n'empêche qu'ils sont disponibles dans les pharmacies françaises situées à quelques kilomètres et peuvent également être achetés sur Internet et livrés au Grand-Duché par voie postale.

La mise en vente de ces autotests de dépistage  du sida en pharmacie a posé différentes questions au sein du monde médical: est-il justifié de commercialiser un tel test et surtout au prix de 29 euros alors que le dépistage gratuit est possible dans différentes structures au Luxembourg? Est-il indiqué d'apprendre seul sa séropositivité devant un test dont la marge d'erreur n'est pas clairement définie?

"Quand on parle de dépistage, on parle de sexualité"

Quand on parle avec les professionnels de la santé s'occupant de dépistage, on se rend compte que c'est la conduite à risque, régulière ou occasionnelle, qui amène les gens à pousser les portes des centres de dépistage. Et par conduite à risque, il faut entendre un préservatif qui se déchire, une seringue partagée ou encore un rapport sexuel non protégé:

"Quand on parle de dépistage du HIV, on parle de sexualité", souligne Henri Goedertz, psychologue depuis 28 ans dans le milieu et travaillant pour HIV Berodung, "On parle de désir et de pulsions et c'est pour cette raison qu'on aura toujours besoin d'endroits où se faire dépister: l'appel du corps est parfois plus fort que la raison. Le Luxembourg a été le premier pays en Europe a proposer le test rapide (2009, ndlr), test qui se réalise accompagné par un professionnel, qui est gratuit et anonyme".

Au Luxembourg, il existe de nombreux endroits où se faire dépister et pour le psychologue l'argument selon lequel les autotests permettraient à une certaine tranche de la population de se faire tester, n'est pas pertinent:

"En Europe, on estime que 25 à 30% des séropositifs ignorent qu'ils le sont et je doute que permettre à tout un chacun à travers les autotests de se dépister soi-même change quelque chose à ce chiffre. De plus, il reste toujours le problème des "Faux positifs", conclut le psychologue.

Des tests qui ne regardent pas tous la même chose

Test rapide, autotest, prise de sang en laboratoire médical, il faut savoir que toutes ces outils ne testent pas la même chose et surtout pas au même moment dans l'évolution du virus comme nous l'explique Vic Arendt, président du comité de surveillance du Sida et médecin au Service National des Maladies Infectieuses:

"Il existe une protéine du virus qui est détectable dans le sang avant l'apparition des anticorps", débute le médecin, "Cette protéine se nomme antigène P24, elle est détectable 6 semaines après le rapport à risque et tous les tests pratiqués au Grand-Duché l'englobent. Ainsi, la prise de sang ou le test rapide la détectent. En revanche, l'autotest, lui, perçoit uniquement les anticorps qui sont la réponse du système immunitaire à l'attaque du virus et ceux-ci sont présents dans l'organisme seulement 3 mois après le rapport à risque. Un autotest pratiqué avant ce délai ne peut donc pas fournir une réponse fiable".

Pourtant, le médecin n'est pas contre les autotests pour différentes raisons: "Ils sont un outil supplémentaire à la palette de choix existant déjà mais il faut être conscient de leur limite: le risque d'un résultat erroné existe si l'on ne le fait pas dans de bonnes conditions. De plus, il peut être utile pour certaines populations qui rechignent à venir dans les centres, je pense notamment à la population homosexuelle qui n'est pas forcément la plus dépistée au Luxembourg".

En 2014, seulement 13,3% des consultations pour dépistage concernaient les homosexuels contre 80,2% chez les hétérosexuels.

Cependant, pour Vic Arendt, l'information la plus importante à communiquer aux gens ne concerne pas les tests de dépistage mais la trithérapie d'urgence.

48 à 72 heures après le rapport à risque

La PEP, autrement dit la Prophylaxie Post-Exposition, est un traitement d'urgence qui permet de stopper la progression du virus du Sida dans l'organisme grâce à une trithérapie d'urgence.

"Comme tous les rétrovirus, le virus du Sida s'intègre dans l'ADN des cellules et les modifie. Cependant, si la trithérapie d'urgence est donnée entre les 48 à 72 heures qui suivent la prise de risque, on peut empêcher que le virus s'installe et que l'organisme ne soit infecté", précise Vic Arendt, "Il me semble important que les gens sachent que cette option existe plutôt qu'ils utilisent mal un autotest de dépistage: savoir réagir vite quand on a un doute peut vous sauver".

Une ligne d'urgence est disponible au Luxembourg 24h sur 24 et 7 jours sur 7 en appelant le Service National des Maladies Infectieuses au 4411-3091. Des infirmières du service sont toujours à l'écoute des personnes et peuvent vous recevoir immédiatement en cas de besoin.

Apprendre qu'on est séropositif

L'autre question qui se pose autour de l'autotest de dépistage du Sida est celle de l'annonce du résultat. Dans un premier temps, il est recommandé de regarder les différentes vidéos mises en ligne sur sida-info-service afin de savoir réaliser le test dans les règles de l'art puisqu'un test mal réalisé peut être porteur d'un résultat erroné.

"Il faut comprendre que la volonté de s'isoler pour faire le point sur son état de santé est déjà positif", explique Laurence Mortier, psychologue et coordinatrice de prévention à HIV Berodung, "Cela signifie que la personne se préoccupe de son état de santé, qu'elle a une démarche responsable. Au Centre de dépistage, nous nous rendons compte qu'un dépistage est souvent l'occasion d'une prise de conscience: les gens qui n'ont pas de doute sur leur état de santé ne nous sollicitent pas. En revanche, c'est souvent le questionnaire et la discussion qui accompagnent le test qui nous permettent de bien cerner la personne et de la préparer à accepter, éventuellement, un test positif. Le seul bémol que je vois à l'utilisation des autotests, c'est le manque d'accompagnement au moment fatidique".

Au 31 août, HIV Berodung avait effectué 509 dépistages dont 34 se sont avérés positifs et ce sont les hétéros qui sont les plus représentés.

Et chez les jeunes?

Du côté du Planning Familial, on a pratiqué en 2014, 691 tests sur les trois centres luxembourgeois dont 3 se sont avérés positifs: "Le dépistage est une de nos premières missions avec la contraception", explique Catherine Chéry, directrice du Planning, "Cependant, nous ne testons pas uniquement le HIV mais d'autres maladies sexuellement transmissibles (MST) et les cancers féminins".

Syphilis, Chlamydia, Hépatite B et C, l'information autour des MST ne se limite pas au virus du Sida mais englobe une large palette de maladies: 19% des consultations du Planning sont dédiées au dépistage.

Parler et dépister le virus du Sida est primordial mais il faut savoir que les infections gonococciques ne cessent d'augmenter depuis 10 ans au Luxembourg et que leurs complications peuvent être très graves et aller jusqu'à la stérilité, explique le docteur Brigitte Marchand, directrice médicale du Planning.

L'infection à chlamydiae est l'IST la plus fréquente entre 16 et 24 ans, une infection qui passe le plus souvent inaperçue car il y a très peu de symptômes, le dépistage reste donc très important surtout lorsque l'on sait que le Planning accueille en majorité des patientes ayant moins de 25 ans: 52,6% des visites se font dans cette tranche d'âge.

En 2014, le Planning a procédé à 599 dépistages de chlamydia, à 82 vaccinations du cancer du col de l'utérus et à 691 tests du HIV.

"Même si de nombreuses mesures sont prises pour sensibiliser et informer les jeunes au sujet du Sida", poursuit le docteur Marchand, "nous voyons de plus en plus de jeunes qui ne se soucient plus de cette maladie. On vient nous demander la pilule du lendemain sans se préoccuper d'un quelconque dépistage. Les jeunes pensent qu'on ne meurt plus du Sida de nos jours et ils ont raison mais on peut toujours l'attraper!"










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