Changer d'édition

Ces logements vacants qui favorisent la spéculation
Luxembourg 3 min. 14.06.2021
Flambée de l'immobilier

Ces logements vacants qui favorisent la spéculation

Selon les estimations du gouvernement, 6% des logements au Luxembourg seraient inoccupés. Soit quelque 14.600 unités.
Flambée de l'immobilier

Ces logements vacants qui favorisent la spéculation

Selon les estimations du gouvernement, 6% des logements au Luxembourg seraient inoccupés. Soit quelque 14.600 unités.
Photo: Lex Kleren/archives
Luxembourg 3 min. 14.06.2021
Flambée de l'immobilier

Ces logements vacants qui favorisent la spéculation

Si la pression autour des propriétaires de biens délibérément vides devait s'accentuer avec la future réforme fiscale, son report à 2023 amène à maintenir une situation où la demande reste bien supérieure à l'offre. Et donc au maintien des prix élevés.

(Jmh avec Yannick Lambert) - Parmi les multiples équations à résoudre pour répondre aux besoins de logement au Luxembourg, celle des logements vacants apparaît comme particulièrement épineuse. Notamment car elle relève de choix purement politiques. Preuve en est l'existence d'une taxe communale sur ce type de bien dans moins de 10% des communes, seules huit d'entre elles ayant franchi le pays à ce jour.


Protest in Esch wegen WGs  - Foto : Pierre Matgé/Luxemburger Wort
La pression monte autour du logement
Le programme du gouvernement voué à multiplier les habitations abordables ne fait pas l'unanimité. De nombreuses associations estiment que la situation empire au fil des mois et comptent le rappeler aux autorités samedi prochain lors d'une manifestation organisée à Luxembourg.

Si le gouvernement avait assuré qu'il souhaitait accélérer la traque à ces espaces inexploités, il avait lié cette idée avec «la réforme de l'impôt foncier», initialement prévue pour 2021. Or, cette dernière a été repoussée à 2023 en raison des effets de la pandémie, synonyme de statu quo sur cette question pendant encore deux ans, cette dernière risquant de devenir un enjeu électoral aussi bien au niveau communal que national dans le cadre des campagnes électorales à venir.

Pourtant, nombreux sont ceux à tirer le signal d'alarme sur ce point, à l'image de la Chambre des salariés qui indiquait, dans son avis sur le budget 2021, qu'«il existe un risque que les prix n'évoluent plus en fonction de la demande réelle des personnes à la recherche d'un logement, mais plutôt en raison d'une demande plus élevée en tant que cible d'investissement... En particulier par les investisseurs fortunés et les fonds d'investissement.»


La traque aux logements vides va s'intensifier
La taxe communale sur les logements inoccupés vit ses derniers mois. La prochaine réforme de l'impôt foncier dotera le pays de nouveaux moyens pour inciter les propriétaires à mettre leurs appartements inoccupés à disposition de locataires.

Autre lacune du dispositif actuel, l'absence de données précises sur le nombre de logements vacants, la faute à l'absence de législation obligeant l'enregistrement de ces informations. Résultat, l'Etat estime à 6% la part des logements laissés vides sur l'ensemble du territoire, ce qui représenterait un total de 15.000 biens. Une moyenne globale qui cache des disparités, puisque deux études réalisées dans les deux plus grandes villes du pays faisaient état d'un taux plus élevé.

De 7,7% à Luxembourg-Ville en 2010 et de 7,1% à Esch-sur-Alzette en 2012, selon les données recueillies par l'Observatoire de l'habitat. «Même très anciens, ces chiffres fournissent un ordre de grandeur de ce que peut être la vacance immobilière au Luxembourg», assure Julien Licheron, chercheur au sein de l'Observatoire de l'habitat, auprès de nos confrères du Luxembourg Times. Seule certitude, le Luxembourg compte à ce jour, quelque 244.200 logements privés au sein du parc immobilier, selon les données du Statec et du Liser, publiées en 2021. Dont 14.600 seraient vides, en y appliquant une vacance moyenne de 6%.

Autre phénomène impactant, la présence au Luxembourg d'un faible impôt foncier, l'un des plus bas au sein de l'UE, qui ne rapporte chaque année que 0,1% du PIB. Bien loin de 1,2% enregistré en Belgique ou du 1,8% signalé en France. Idem en ce qui concerne le taux de logements abordables, plafonné pour l'heure à 1,6% du parc immobilier, un chiffre sans commune mesure avec les 34,1% présents aux Pays-Bas. Pour tenter de changer la donne, l'Etat assure vouloir reprendre la main mais se retrouve limité dans son action par une surface limitée à sa disposition, 80% des terrains constructibles étant la propriété de personnes privées. De quelque 16.000 personnes, selon les conclusions d'une étude du Liser qui précise que sur ce chiffre global «moins de 1.000» possèdent plus de 30% des espaces à bâtir.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Comme l'ensemble des acteurs de la construction au Luxembourg, la SNHBM et le Fonds du logement se voient contraints de s'adapter à la pénurie et à la hausse de prix des matériaux de construction. Avec pour conséquence directe une hausse potentielle des prix de vente et des délais de livraison.
Fonds du Logement. Sozialer Wohnungsbau. Logement. Wohnen. Résidence Differdange,  Grand Rue. Photo: Guy Wolff
Instaurée en 2009, la gestion locative sociale est censée pallier le manque de locations abordables au Luxembourg. Mais selon les chiffres publiés ce mercredi, le parc immobilier social représente moins d'un pourcent des maisons et appartements du pays.
Sozialalmanach, Wohnungsbau, Wohnung, Gasperich, Wohnungsmarkt, Mieten, Residenz, Foto: Lex Kleren/Luxemburger Wort
Le programme du gouvernement voué à multiplier les habitations abordables ne fait pas l'unanimité. De nombreuses associations estiment que la situation empire au fil des mois et comptent le rappeler aux autorités samedi prochain lors d'une manifestation organisée à Luxembourg.
Protest in Esch wegen WGs  - Foto : Pierre Matgé/Luxemburger Wort
Chercheur en géographie sociale au Liser, Antoine Paccoud a été le premier à démontrer que seules 16.000 personnes possèdent 65% des terrains constructibles au Grand-Duché. En amont d'un nouvel échange à la Chambre sur l'immobilier, il évoque les possibilités pour faire évoluer la donne.
online.fr, Gespräch mit Antoine Paccoud, neues Gebäude Luxemburger Wort  Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
Les prix de la pierre sont-ils trop élevés au Luxembourg? Pourquoi et comment investir dans l'immobilier résidentiel au Grand-Duché? Quel rendement espérer? Jean-Nicolas Montrieux, partner et chief operating officer d'INOWAI Residential, apporte quelques éléments de réponse.
L'immobilier est un des placements les moins risqués pour autant que l'on travaille sur du long terme.