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Fini le congé collectif d'été pour les salariés du bâtiment?
Luxembourg 4 min. 27.02.2019 Cet article est archivé

Fini le congé collectif d'été pour les salariés du bâtiment?

En sept jours, la pétition pour abolir le congé collectif de 15 jours en été dans le secteur du bâtiment a déjà recueilli 325 signatures.

Fini le congé collectif d'été pour les salariés du bâtiment?

En sept jours, la pétition pour abolir le congé collectif de 15 jours en été dans le secteur du bâtiment a déjà recueilli 325 signatures.
Photo: Maurice Fick
Luxembourg 4 min. 27.02.2019 Cet article est archivé

Fini le congé collectif d'été pour les salariés du bâtiment?

Maurice FICK
Maurice FICK
Un grand patron vient de déposer une pétition publique pour mettre fin au congé collectif d'été dans le secteur du bâtiment. Ses arguments: c'est la meilleure période pour travailler sur les chantiers et le Luxembourg est face à un boom de la construction. L'OGBL s'insurge contre la pétition et le ministre Bausch.

«Il est grand temps qu'on en finisse avec cette aberration!», lance Robert Dennewald en parlant du congé collectif de 15 jours qui profite à la très grande majorité des salariés du secteur de la construction durant l'été au Luxembourg. Président du conseil d'administration de Contern - Lëtzebuerger Beton (anciennement Société anonyme des Chaux de Contern) et président honoraire de la FEDIL, Robert Dennewald a déposé au parlement une pétition publique pour abolir ce congé collectif d'été.

Non seulement ce congé collectif imposé «interdit aux entreprises de travailler pendant trois semaines en plein été pendant lesquelles les conditions climatiques sont optimales» mais il a pour effet de «diminuer la capacité de production de façon importante». Alors même que le volume des chantiers est «en augmentation constante» au Luxembourg, argumente l'industriel.

Au Luxembourg, le secteur de la construction emploie près de 45.000 personnes.Toutes peuvent prétendre au congé collectif d'été prévu dans leur convention collective de travail.
Au Luxembourg, le secteur de la construction emploie près de 45.000 personnes.Toutes peuvent prétendre au congé collectif d'été prévu dans leur convention collective de travail.
Photo: Maurice Fick

«Ce qui veut dire que les salariés du bâtiment devraient prendre leur congé en hiver quand il fait mauvais!», s'insurge Jean-Luc De Matteis, secrétaire central du Syndicat Bâtiment, Artisanat du bâtiment et Constructions métalliques de l'OGBL, syndicat majoritaire de la branche.

Il trouve particulièrement «grave que des personnes fassent des pétitions contre des conventions collectives de travail». Car contrairement à ce qui est stipulé dans l'intitulé de la pétition, «ce n'est pas une loi» mais bien «une disposition de la convention collective de travail du secteur du bâtiment et du génie civil négocié entre syndicats et patronat». La démarche est d'autant plus «étrange» aux yeux du syndicaliste que ce sujet n'est jamais venu sur le tapis des récentes négociations qui ont abouti à la signature de la nouvelle convention collective de travail du secteur du bâtiment et du génie civil en décembre.

La disposition qu'il remet aujourd'hui en cause impacte pas moins de 44.875 salariés. Les chiffres les plus récents du Statec montrent que le secteur de la construction n'a jamais employé autant d'ouvriers sur des chantiers au Luxembourg.

Globalement, le secteur faisait travailler deux fois plus de salariés à la fin 2018 que vingt-trois ans auparavant. Secteur qui représente tout de même plus de 10% de tous les emplois créés au Luxembourg:

«En 1975, le gouvernement voulait à travers cette réglementation, faire une fleur aux ressortissants portugais. Il ne faut pas oublier qu'à l'époque c'était la crise», rappelle Robert Dennewald. Avant de souligner: «Aujourd'hui les temps ont changé. Les ressortissants portugais sont demandeurs pour partir en congé quand ils le veulent et non plus être contraints de prendre leurs congés quand les tarifs sont les plus chers dans les hôtels», avance M. Dennewald.

Conscient du pavé qu'il a lancé dans la marre, Robert Dennewald se voit conforter dans sa démarche par «les nombreux messages de félicitation qu'il reçoit» depuis que la pétition est en ligne. Il se dit même «étonné» de constater que «parmi tous ceux qui font apparaître leur nom, la grande majorité sont des Portugais».

«Une perte sèche pour les entreprises»


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«Le sol est gelé, l'eau aussi. Et à -5°C on ne coule pas de béton», explique le directeur TP chez Tralux. «En dessous de -5°C on arrête tout parce que c'est aussi une limite pour l'homme. Dehors ils sont congelés», sait bien le directeur général de BAM lux. Pour «la première fois cette année» le froid contraint des entreprises de construction à geler leurs chantiers «une semaine complète».

Les Portugais sont de loin les plus représentés dans le secteur du bâtiment. «N'ont-ils pas le droit de prendre congé avec leurs enfants?, interroge Jean-Luc De Matteis. Le congé collectif qui intervient toujours le dernier vendredi du mois de juillet, est «la meilleure façon de garantir aux salariés du secteur du bâtiment d'avoir des congés en été. Sans cela, ces salariés n'auraient jamais de congés durant les mois où il fait beau. Vous savez, dans ce secteur, le choix n'existe pas!»

L'ennui pour le grand patron à l'initiative de la pétition c'est qu'en cumulant les 15 jours ouvrables de congé pendant l'été, les 10 jours en hiver, «plus une vingtaine de jours d'intempérie, il reste environ 220 jours ouvrables sur une année. Ce qui réduit de presque 10% la capacité de production. C'est absolument énorme». Le congé collectif de l'été est clairement «une perte sèche pour les entreprises», sait Robert Dennewald. La sienne, qui vend des produits en béton aux constructeurs est directement pénalisée. «Je suis condamné à fermer parce que mes clients ferment. Parfois pendant trois semaines. Et si j'ai l'un ou l'autre chantier à l'étranger, je ferme deux semaines».

«Bausch prend des libertés qui ne sont pas les siennes!»

Robert Dennewald insiste sur l'urgence d'«agir vite» car «dans les cinq ans qui viennent une véritable manne va tomber du ciel: l'Etat va investir massivement, il faudra construire des lignes de chemin de fer, des logements,... à un niveau que nous n'avons jamais connu au Luxembourg jusqu'à présent. Et j'ai bien peur que l'industrie de la construction ne pourra y faire face».

L'OGBL est surtout remonté contre le ministre des Travaux Publics, car «François Bausch prend des libertés qui ne sont pas les siennes en s'immiscant dans les négociations de convention collective», s'énerve Jean-Luc De Matteis.

Lors de la Fête des entrepreneurs et lors de diverses prises de position publique, François Bausch a remis en question les dispositions du congé collectif dans le secteur de la construction.

Ouverte à signature depuis le 21 février, la pétition n° 1208 a recueilli 325 signatures en sept jours. Elle restera accessible jusqu'au 3 avril 2019.


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