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«Fière d'être une femme de ménage»
Luxembourg 3 min. 19.10.2020

«Fière d'être une femme de ménage»

Entre la date de son arrivée à l'hôpital Kirchberg, voici plus de douze ans, et aujourd'hui, Manuela Pestana a vu le nombre d'employés affectés au nettoyage fondre de moitié.

«Fière d'être une femme de ménage»

Entre la date de son arrivée à l'hôpital Kirchberg, voici plus de douze ans, et aujourd'hui, Manuela Pestana a vu le nombre d'employés affectés au nettoyage fondre de moitié.
Photo: Gerry Huberty
Luxembourg 3 min. 19.10.2020

«Fière d'être une femme de ménage»

Le personnel affecté au nettoyage n'a jamais cessé de travailler depuis le début de la crise sanitaire. Pourtant, ses conditions de travail demeurent loin d'être idylliques. Manuela Pestana témoigne et s'engage pour davantage de reconnaissance.

(DH avec Nadio Di Pillo) - «A mon âge, cela devient physiquement de plus en plus difficile. Quand je rentre chez moi l'après-midi, je suis vraiment épuisée.» Manuela Pestana (50 ans) s'enfonce dans son canapé après une nouvelle dure journée de labeur. Femme de ménage dans la société Innoclean, elle est affectée à l'hôpital Kirchberg, dans le service psychiatrie. En première ligne sur le front anti-covid, ses conditions de travail se sont encore dégradées depuis le début de la pandémie. 

«Malgré la crise sanitaire, le personnel de notre service n'a pas augmenté (10 personnes)», souligne-t-elle alors que ses missions ont gagné en volume. «En plus des chambres normales, nous devons désormais désinfecter les chambres d'admission des patients positifs ou suspectés d'infection.» A raison de deux heures par pièce, «le travail n'est pas toujours gérable». Et ce d'autant plus qu'entre la date de son arrivée à l'hôpital, voici plus de douze ans, et aujourd'hui, le nombre d'employés a fondu de moitié. «Pourtant, la zone de nettoyage est restée la même...»

Manuela Pestana fait partie des quelque 12.000 agents de nettoyage qui travaillent sur le marché luxembourgeois. Ce chiffre n'inclut pas les prestations pour des privés qui, souvent, ne sont pas déclarées. Et ce sont principalement des femmes qui travaillent dans ce secteur d'activité (83%), de nationalité portugaise pour moitié (53%), ou française (23%) pour seulement 5% d'employés luxembourgeois. D'autre part, 38% sont frontaliers et 26% ont plus de 50 ans. 


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«Le nettoyage n'est pas exactement le travail le plus respecté», indique celle qui, il y a 19 ans, a quitté son Portugal, avec deux enfants sous le bras, pour la Lorraine. D'abord «un peu choquée» d'évoluer dans ce milieu, elle se dit «maintenant fière d'être une femme de ménage». «Un hôpital doit être propre, sinon, personne ne peut guérir», dit-elle. «C'est notre importante contribution à la société.» 

Mais pas question pour elle de se considérer comme une héroïne, ni même d'attendre des remerciements. «Nous voulons juste que le personnel de nettoyage ait les mêmes droits que les autres groupes professionnels, notamment un salaire horaire raisonnable».

«Nous n'avons aucune perspective de carrière. Sans indexation des salaires, pas d'augmentation. Je travaille pour la même entreprise depuis presque 13 ans et je n'ai reçu qu'un pour cent de salaire en plus. Cela fait peut-être 20 euros», avoue-t-elle. Alors Manuela, comme ses collègues, attend beaucoup des négociations autour d'une convention collective-cadre que l'OGBL et le LCGB négocient actuellement avec la Fédération des entreprises de nettoyage.

Reconnaissance

«Les professionnels du nettoyage sont toujours considérés comme des travailleurs non qualifiés», ajoute-t-elle. «Beaucoup pensent qu'ils sont facilement interchangeables. Mais ce n'est pas le cas, car ce métier peut aussi être très technique.» Technique mais précaire aussi, dans un secteur très concurrentiel. Notamment, pour les plus jeunes qui doivent «prester des heures supplémentaires pour gagner davantage» que les 20 h inscrites sur leur contrat de base. «Cela rend les choses beaucoup plus difficiles», dit-elle. «Dans ces conditions, comment, par exemple, obtenir un prêt immobilier auprès d'une banque?»

Aujourd'hui déléguée du personnel, Manuela entend continuer à se battre. Pour un salaire plus digne, pour davantage de reconnaissance et pour de meilleures conditions de travail. Son mot d'ordre: «Si je veux que les choses changent, je dois le faire moi-même».

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