Changer d'édition

Fernand Etgen veut une Chambre plus «proche des gens»
Luxembourg 6 min. 24.12.2019 Cet article est archivé

Fernand Etgen veut une Chambre plus «proche des gens»

Le patron du Parlement a traversé une année politique pleine d'affaires et de scandales.

Fernand Etgen veut une Chambre plus «proche des gens»

Le patron du Parlement a traversé une année politique pleine d'affaires et de scandales.
Photo: Anouk Antony
Luxembourg 6 min. 24.12.2019 Cet article est archivé

Fernand Etgen veut une Chambre plus «proche des gens»

Le président de la Chambre tire un bilan positif après sa première année en tant que premier citoyen du pays et rejette l'étiquette de «chambre d'enregistrement» qui colle au Parlement.

Interview : Marc Hoscheid et Michael Merten

Fernand Etgen (DP) est président du Parlement depuis un peu plus d'un an et ainsi le premier citoyen du Grand-Duché. Dans l'interview de Noël, il parle de l'année parlementaire parfois mouvementée, de l'image de la politique dans la société.

Vous êtes actif dans divers mandats depuis 40 ans. Comment la politique a-t-elle évolué pendant cette période ?

Fernand Etgen : J'ai appris à connaître la politique luxembourgeoise dans des domaines très différents : la politique locale, les syndicats intercommunaux, comme député, au gouvernement et maintenant comme président de la Chambre. Je crois que la politique n'a pas beaucoup changé au fil des ans. Ça a toujours été une question de résultats et le respect entre les acteurs politiques n'a jamais disparu.»

Le Luxembourg a derrière lui des décennies de prospérité. Ne pensez-vous pas ce développement en danger ?


DCIM\100MEDIA\DJI_0039.JPG
La croissance du Luxembourg ralentira en 2020
Il ne faut pas s'attendre à une grosse secousse mais à un coup de frein. Après avoir fait preuve d'une certaine résistance cette année, la croissance luxembourgeoise devrait passer à 2,4 % l'an prochain estime le Statec. L'emploi montre déjà des signes de ralentissement.

Je me souviens des années 1970, avec la crise du pétrole, quand on disait : la prochaine génération aura plus de difficultés. Mais cela a tout de même continué dans les années 1980 puis 1990. Il est donc toujours difficile de donner une réponse à cette question. En revanche, une question comme celle du climat ne peut être comparée à aucun autre défi. Pour cela, nous avons besoin de penser globalement et d'agir localement. La préservation de la nature est coûteuse, mais ne rien faire le sera davantage. Nous devons en être conscients.»

Vous êtes président de la Chambre depuis environ un an, vous sentez-vous à l'aise dans ce rôle ?

C'est une fonction que j'aime beaucoup, je ne pensais pas qu'elle serait aussi enrichissante. Être le premier citoyen du pays est très spécial. J'aime particulièrement le domaine de la diplomatie parlementaire, qui devient de plus en plus important.»

Fernard Etgen se sent à son aise à la tête de la Chambre des députés.
Fernard Etgen se sent à son aise à la tête de la Chambre des députés.
Photo: Lex Kleren

Vous étiez auparavant membre du gouvernement en tant que ministre de l'Agriculture, comment ce changement est-il intervenu ? 

J'ai dit une fois dans une interview à la radio que j'ai toujours voulu gagner le Tour de France mais que ça n'a rien donné malgré mes efforts (rires). Mais je n'ai jamais rêvé de devenir président de la Chambre. Pour autant, quand mon nom a circulé, j'ai tout de suite pensé que ce serait une expérience formidable.» 

Quelles sont les différences ou les similitudes entre un poste ministériel et votre poste actuel ?

C'est une question difficile. Dans ces deux domaines, l'engagement est le plus important. Je me suis identifié très fortement à la fonction de ministre de l'Agriculture parce que je viens de ce milieu. Pour ce qui est du Parlement, j'ai toujours eu beaucoup de respect à son égard, surtout depuis que je suis devenu député, en 2007.»

Cette année, les choses ont parfois été un peu plus intenses au Parlement. L'opposition a par exemple quitté la plénière avant un débat sur le développement durable. Que pensez-vous de ces méthodes ?


Les chantiers se multiplient dans le pays, mais les prix à l'achat et à la location poursuivent leur envolée.
Les députés calent face à la crise de l'immobilier
Confrontés jeudi aux chiffres des chercheurs du LISER, les députés peinent à trouver des alternatives pour enrayer l'envolée des prix de l'immobilier.

Il faut tout d'abord rappeler que le travail législatif se déroule bien et que les interactions sont respectueuses. Je ne veux pas commenter le fait que l'opposition ait quitté la Chambre. Mon travail en tant que président est de faire respecter le règlement. Je ne représente ni les intérêts d'un côté ni ceux de l'autre.» 

Une réunion de la commission de l'environnement a également fait les gros titres. Lors de cette rencontre, les députés de la majorité ont décidé qu'aucune autre question ne devait être posée à la ministre de l'Environnement, Carole Dieschbourg (Déi Gréng) concernant le cabanon de l'ancien maire de Differdange, Roberto Traversini (Déi Gréng). 

Je n'ai pas dit un mot au cours de cette session. Le président de la Chambre est un membre du Parlement comme les autres. J'ai voté en ma qualité de député de la majorité et non en tant que président. J'ai remplacé un collègue qui ne pouvait pas être là et n'ai rien fait d'illégal. Lorsque j'ai pris mes fonctions, j'ai décidé de ne pas participer aux réunions des commissions, contrairement à mon prédécesseur Mars Di Bartolomeo (LSAP). Toutefois, le Bureau de la Chambre et la Conférence des présidents ont décidé à l'unanimité que le Président peut remplacer un autre suppléant. Cela signifie que les représentants des partis d'opposition étaient également d'accord.»

L'opposition a formulé de nombreuses critiques. Le président du CSV, Frank Engel, vous a accusé d'avoir accepté l'incapacité du Parlement. Que répondez-vous?

J'ai agi comme un membre normal de la majorité. Le Parlement a, d'une certaine manière, joué à l'interrogatoire avec Carole Dieschbourg. On s'est ensuite demandé si c'était le rôle du Parlement, d'autant plus que le pouvoir judiciaire avait déjà été chargé de cette affaire.»

Il est souvent reproché au Parlement de n'être qu'une chambre d'enregistrement et le bras armé du gouvernement.


La création de l'Ona doit fluidifier l'accueil des demandeurs de protection internationale au Grand-Duché.
L'ONA passe l'épreuve de la Chambre
Le projet de loi donnant naissance à l'Office national d'accueil a été définitivement adopté par la Chambre, après un débat tendu. Le nouvel organisme, successeur de l'Office luxembourgeois pour l'accueil et l'intégration (Olai), hérite de la mission d'hébergement des demandeurs d'asile.

La Chambre n'est pas une chambre d'enregistrement. La plupart des lois votées ont été fortement modifiées par la Chambre. Le travail y est bien fait, mais nous devons améliorer notre travail. Il faut profiter d'expertises internes et externes et mener une évaluation de la politique. Nous devons nous impliquer plus tôt dans le processus européen.»

Ce fut une année de scandales et de petits scandales. Des bases de données «secrètes» à l'affaire Traversini, qui s'est transformée en affaire Dieschbourg, en passant par le mail de la ministre de la Famille Corinne Cahen (DP) à l'association des commerçants de la ville ou la location de son appartement sur Airbnb. Tout cela ne favorise pas la confiance en la politique. 

Ce sont des sujets avec lesquels l'Assemblée n'a rien à voir, et je ne veux donc pas porter de jugement sur ces personnes. Concernant l'image publique des élus, nous voulons un niveau élevé d'acceptation de la politique. C'est pourquoi nous avons ouvert le Parlement ces dernières années, avec plus de visiteurs que jamais. Nous avons aussi créé le Parlement des jeunes.


Les pétitions publiques toujours aussi populaires
Pour la session parlementaire 2018-2019, 189 demandes de pétition ont déjà été validées à la Chambre. Comme depuis le lancement de cette action en 2014, le top 3 des thèmes abordés concerne la mobilité, les conditions de travail et la santé.

Nous sommes également actifs via les médias sociaux et notre site internet doit être plus convivial encore. Je veux être proche des gens. Vous ne devenez plus crédible que si vous prenez au sérieux les préoccupations des citoyens, mais aussi leurs idées. Dans ce contexte, les pétitions peuvent être décrites comme une véritable réussite. L'an dernier, sept pétitions ont ainsi passé l'obstacle des 4.500 signatures et ont été discutées en plénière.» 


Sur le même sujet

Un déménagement temporaire, 60 séances plénières, un nombre record de questions parlementaires: à la veille de l'épilogue de la session parlementaire 2019/2020, le président de l'Assemblée Fernand Etgen a dressé le bilan d'une année extraordinaire à plus d'un titre.
Politik, Ankündigungen von Bettel bezüglich Corona, Covid-19, Chambre, Cercle cité, Foto: Lex Kleren/ Luxemburger Wort
Il ne faut pas s'attendre à une grosse secousse mais à un coup de frein. Après avoir fait preuve d'une certaine résistance cette année, la croissance luxembourgeoise devrait passer à 2,4 % l'an prochain estime le Statec. L'emploi montre déjà des signes de ralentissement.
DCIM\100MEDIA\DJI_0039.JPG
Claude Frieseisen quitte ses fonctions après 17 années passées à veiller sur l'institution, ses personnels et ses députés. Homme influent et discret, il restera en poste tant que les 60 députés n'auront pas élu celui ou celle qui assurera sa succession.
Une chose est sûre: Claude Frieseisen n'entend pas participer aux sélections pour retenir qui lui succédera.