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Femmes "réduites au silence", "politique paternaliste": la colère de la CCDH
Luxembourg 3 min. 27.11.2018

Femmes "réduites au silence", "politique paternaliste": la colère de la CCDH

Femmes "réduites au silence", "politique paternaliste": la colère de la CCDH

Luxembourg 3 min. 27.11.2018

Femmes "réduites au silence", "politique paternaliste": la colère de la CCDH

Christelle BRUCKER
Christelle BRUCKER
La commission consultative des droits de l'Homme (CCDH) monte au créneau pour dénoncer le peu d'élues au sein du Parlement luxembourgeois.

Ce mardi, la commission consultative des droits de l'Homme du Luxembourg a adressé un communiqué pour le moins virulent à toutes les rédactions du pays.

Son objet: la faible représentation des femmes à la Chambre des députés composée, depuis les dernières élections législatives, à 80% d'hommes, alors même que, pour la première fois, une part de 40% de candidates avait été imposée aux partis politiques sous peine de sanctions financières.

Les négociations de coalition
Les négociations de coalition
Pierre Matgé

La commission souligne ainsi qu'"il est évident que l’instauration de quotas et une campagne de motivation à l’égard des femmes – largement basée sur des stéréotypes féminins dépassés – ne sont qu'un cache-misère et n’ont pas porté leurs fruits." 

Il faut selon elle "une réelle volonté d'appui de la part de la société en général et des partis politiques, des médias et du gouvernement en particulier." 

"La sous-représentation flagrante des femmes à la Chambre (...) résulte essentiellement de l’absence d’une politique cohérente et générale en matière d’égalité telle que pratiquée depuis des décennies dans d’autres pays."

"Comme si les hommes étaient immunisés contre l'incompétence"

Puis, la CCDH enfonce le clou: "Au lieu de mettre en cause une politique d’activisme ponctuel et souvent paternaliste, on tente d’expliquer – comble de l’ironie – le faible score des femmes aux élections par la notion de «compétence» comme si les hommes politiques élus étaient immunisés contre la médiocrité et l’incompétence."   

Dans leur communiqué, les membres de la commission précisent qu'il est "d’ailleurs difficile de juger de la compétence des femmes, si elles sont privées de forum et réduites au silence. Le fait que la composition des groupes de travail mis en place en vue de la formation du nouveau gouvernement est à majorité d’hommes n’est qu’un exemple parmi d’autres, qui illustre parfaitement l’absence de volonté de la part des partis politiques et du gouvernement à réellement impliquer les femmes et à leur reconnaître leurs compétences."

"Je trouve dommage d'être dirigés par des hommes"

Ainsi, ce qui n'aurait ému personne il y a encore quelques années ne passe plus dans l'ère post #MeToo et c'est tant mieux.

Cependant, la CCDH nous a habitués à plus de sobriété dans ces prises de position. Nous avons donc contacté son président, Gilbert Pregno.

Gilbert Pregno
Gilbert Pregno
Anouk Antony

"Et encore", nous lance-t-il d'emblée, "nous avons modéré nos propos par rapport à ce que nous avions écrit dans une première version!"

"On est vraiment en colère par rapport aux résultats des élections. On s'est dit, c'est pas possible! Les quotas ne servent à rien, il est clair qu'une politique égalitaire doit être menée sur le long terme. Pour nous, ce parlement majoritairement masculin, c'est un problème."

"On s'est réuni en assemblée plénière et on a décidé de s'exprimer. Toutes les autorités du Luxembourg doivent être composées de femmes et d'hommes de manière équilibrée. Je trouve dommage d'être dirigés par des hommes. Cela ne représente pas nos valeurs."

Un fiasco "prévisible"

Pour Gilbert Pregno, ce fiasco électoral était prévisible: "Pendant la campagne, on a vu beaucoup de débats et de tables-rondes exclusivement entre hommes. Et ça continue avec les groupes de travail pour former le futur gouvernement. Très peu de femmes y participent. Comment comprendre cela?"

"Les hommes prennent toute la place. On n'autorise pas les femmes à se positionner."

En conclusion, la CCDH rappelle les engagements européens et internationaux du pays pour garantir "l'égalité d'accès des femmes à la représentation dans les processus de prise de décisions politiques et économiques."


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