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Femmes et politique: autrefois précurseur, le Luxembourg à la traîne
Incités par l'introduction de quotas, les partis ont fait l'effort de présenter plus de candidates: elles doivent maintenant se faire une place face aux hommes

Femmes et politique: autrefois précurseur, le Luxembourg à la traîne

Chris Karaba
Incités par l'introduction de quotas, les partis ont fait l'effort de présenter plus de candidates: elles doivent maintenant se faire une place face aux hommes
Luxembourg 5 min. 02.10.2018

Femmes et politique: autrefois précurseur, le Luxembourg à la traîne

Christelle BRUCKER
Christelle BRUCKER
Moins d'un tiers à la Chambre des députés, moins d'un quart dans les conseils communaux: un siècle après leur accès au droit de vote, les femmes peinent toujours à se faire une place en politique.

"Toujours pas de parité au sein des organes politiques", déplore le Conseil national des femmes du Luxembourg (CNFL) qui a lancé une grande campagne pour favoriser "l'équilibre" au début du mois. 


"Votez l'équilibre": l'appel du Conseil national des femmes pour la parité
99 ans après l'accès au droit de vote pour les femmes, l'équilibre femme-homme n'est toujours pas atteint au sein des organes politiques. Le CNFL lance une campagne "Votez l'équilibre" en vue des législatives du 14 octobre.

Autrefois, le Grand-Duché fut pourtant un précurseur en la matière, accordant le droit de vote aux femmes dès 1919, un an après l'Allemagne, alors que les Françaises devront patienter jusqu'en 1944 et les Belges jusqu'en 1948.

Ce temps est révolu: avec seulement 20% de femmes détenant un poste ministériel, le Luxembourg se classe à la 77e position sur 174 pays dans le monde, là où la France prend la 2e place avec 53% de femmes ministres.

A la Chambre des députés, moins d'un tiers des sièges sont occupés par des femmes. 

La question de la représentativité

Certes, grâce à l'introduction de quotas au niveau national, les partis politiques ont fait des efforts. La loi les oblige désormais à présenter au moins 40% de candidates s'ils veulent obtenir une dotation financière maximale de la part de l'Etat.

La part de femmes candidates au poste de députée est ainsi passée de 35% en 2013 à 46%. Une progression importante qui cache pourtant des disparités, puisque les têtes de liste sont encore en grande majorité des hommes, et qu'au niveau régional, le compte n'y est pas. Ce qui pousse le CNFL à demander l'application de quotas par circonscription. 


Débats sur la politique européenne: où sont les femmes?
Le CNFL monte au créneau face à une série de débats politiques du 18 au 28 septembre à la Maison de l'UE à Luxembourg, exclusivement avec des hommes.

Il en va de la représentativité de la population au sein même de ses instances dirigeantes. Pourtant, des voix s'élèvent encore pour mettre en doute l'utilité de ce passage en force: "Les femmes représentent la moitié de la population, elles ont des préoccupations différentes, des points de vue différents, des approches qui nourrissent le débat politique. Elles devraient participer à la prise de décisions au même titre que les hommes", rétorque Karin Manderscheid, présidente du CNFL. 

Des programmes bien loin des attentes

Le CNFL revendique des avancées concrètes sur une dizaine de thèmes à l'attention des élus qui dirigeront le Luxembourg pour les cinq années à venir.

  • Sur la réforme de l'assurance-pension, le Conseil veut une assurance continue obligatoire pour les personnes qui interrompent ou réduisent leur activité salariée avec maintien des droits dérivés, "du moins jusqu'à ce que les montants des pensions versées aux femmes soient les mêmes que pour les hommes." Cette mesure est soutenue par les Verts et la Gauche. 
  • Dans le cadre de la réforme du divorce, le CNFL souligne que seuls le CSV et l'ADR abondent dans le sens du rétablissement de la notion de faute. Ils se prononcent aussi pour le partage obligatoire des droits à la pension en cas de divorce: sur ce point, les Verts et le DP suivent cette piste.
  • En ce qui concerne la fiscalité, le CNFL plaide pour l'introduction d'un système individualisé avec abattements, défendue par les Verts, la Gauche, le DP, le LSAP et les Pirates. "En attendant, nous demandons la classe d'impôt 2 pour les familles monoparentales."
  • Du côté du logement, tous les partis politiques abordent ce thème dans leur programme, mais jamais du point de vue des femmes seules, qui se trouvent pourtant en difficulté lorsqu'il s'agit de trouver une location. Le CNFL fait référence aux femmes victimes de violence pour lesquelles il souhaite la création d'hébergements spécifiques au-delà de l'accueil d'urgence.
  • Enfin, sur la question des violences faites aux femmes et en particulier sur le viol, le CNFL réclame l'allongement du délai de prescription de 100 ans actuellement à 30 ans. En la matière, le DP va plus loin en plaidant pour la suppression pure et simple de la prescription pour ce crime.

A peine un quart d'élues dans les communes

Un an après les élections communales de 2017, le Conseil national des femmes a également présenté le bilan de la participation des femmes à ce scrutin.

Si le nombre de candidates aux élections communales de 2017 a connu une légère hausse (35% en 2017 contre 32% en 2011), au final, seules 24% de femmes ont été élues. Une évolution jugée "positive mais trop lente" par la ministre de l'Egalité de chances, Lydia Mutsch, qui promet "d'intensifier ses efforts".


Quotas: le Luxembourg, «modèle européen» pour la parité politique
Le quota luxembourgeois de représentation féminine en politique serait un «modèle pour l'ensemble de l'Europe», selon la commissaire à l'égalité des genres de la Commission Européenne, Věra Jourová.

Ne parlons pas du fauteuil de bourgmestre, occupé à 88% par un homme: il n'y a que 12 femmes bourgmestre au Luxembourg sur 105 communes.

Dans son dernier rapport, l'Observatoire de la participation des femmes aux élections politiques note qu'à chaque étape du processus électoral, le parcours des femmes est entravé.

Moins nombreuses à postuler pour un mandat politique, leur taux de réussite est aussi moins bon, elles sont donc moins nombreuses à siéger et occupent beaucoup moins les positions clés des conseils communaux par rapport aux hommes.

Il y a actuellement 8 communes luxembourgeoises dirigées uniquement par des hommes, et 22 qui ne comptent qu'une seule élue parmi les conseillers communaux.

"Privilégier les femmes" pour atteindre la parité

L'appel de Karin Manderscheid est clair: ceux qui souhaitent que les instances politiques comptent plus de femmes dans leurs rangs doivent "voter l'équilibre" comme dit la campagne, voire plus.

"Partant de l'idée de l'avantage qu'ont dès le départ les candidats hommes comme on l'a vu, il faut accorder ses voix au maximum à des candidates si on veut vraiment faire bouger les lignes." 

Le CNFL fait sa rentrée ce mercredi soir à 18h30 au centre culturel de Bonnevoie à Luxembourg (tél. 29 65 251). La ministre Lydia Mutsch sera présente.


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