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Faute de drogues, la substitution gagne du terrain
Luxembourg 4 min. 07.04.2020 Cet article est archivé

Faute de drogues, la substitution gagne du terrain

En temps normal, une centaine de personnes se retrouvent en même temps à l'Abrigado. Aujourd'hui, l'accès est limité à maximum 5 ou 6.

Faute de drogues, la substitution gagne du terrain

En temps normal, une centaine de personnes se retrouvent en même temps à l'Abrigado. Aujourd'hui, l'accès est limité à maximum 5 ou 6.
Photo: Chris Karaba
Luxembourg 4 min. 07.04.2020 Cet article est archivé

Faute de drogues, la substitution gagne du terrain

Olivier TASCH
Olivier TASCH
Fermetures de frontières et contrôles douaniers renforcés freinent l'entrée de stupéfiants au Grand-Duché. Pour les toxicomanes, l'état de manque risque de se faire plus fortement ressentir. Afin d'y répondre, de nouvelles pistes sont explorées auprès de certains toxicomanes.

Avec le tour de vis aux frontières, les drogues illicites entrent plus difficilement sur le territoire. Pour les toxicomanes, les conséquences de cette mesure se font déjà ressentir. Selon Alain Origer, coordinateur national drogues au ministère de la Santé, c'est clair : «Les usagers peinent à couvrir leurs besoins quotidiens». 

Au-delà de la baisse de quantité de drogues arrivant de l'étranger, «les volumes encore disponibles risquent d’être coupés encore davantage qu'en temps normal», note Alain Origer. Une fois coupé, «le produit adultéré aura en premier lieu moins d'effets et les usagers seront en manque plus rapidement». En d'autres termes, le cercle vicieux de la dépendance risque de devenir plus infernal encore.  


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D'autant plus que la seconde conséquence de la crise sanitaire a trait à la logique du marché. Moins de disponibilité rime avec hausse des prix. Mais avec le confinement, pour les moins bien lotis, les potentielles sources de revenus issus de la prostitution ou de la mendicité sont réduites à peau de chagrin. 

Dans la capitale, le point de rencontre de la «scène» se concentre autour de l'Abrigado, la structure de Bonnevoie connue du grand public pour sa salle de consommation. La Ville et le ministère de la Santé ont décidé de concert avec le Comité national de défense sociale (CNDS) qui gère la structure de maintenir les portes ouvertes. «Des mesures spéciales ont néanmoins été mises en place», assure le directeur du CNDS, Raoul Schaaf. 

Réduire les risques et augmenter la prévention

En moyenne, entre 180 et 200 personnes visitent l'Abrigado chaque jour. Il peut même y avoir une centaine de personnes en même temps à l'intérieur des locaux. Il a donc fallu s'adapter. Les entrées sont filtrées et les équipes d'encadrement ont été réorganisées. Du coup, pas plus de 5 ou 6 personnes ne se retrouvent ensemble à l'intérieur. 

L'activité du «contact café», elle, est suspendue. Fin temporaire pour le lieu de rencontre et d'échange, où d'habitude des conseils sur une consommation responsable ou sur les MST sont prodigués. L'échange de seringues qui s'y fait normalement reste en revanche actif. Seulement, l'opération se fait à travers une fenêtre vers l'extérieur. «Ce programme est essentiel, rappelle Raoul Schaaf. Car cela permet de réduire les risques et d'augmenter la prévention.» 


Drugs Drogen Fixerstuff
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La salle de consommation qui normalement dispose de huit emplacements pour les injections intraveineuses et six pour l'inhalation a été réduite à respectivement deux et trois places. L'infirmerie ne fonctionne quant à elle plus que sur demande. 

Pour parer au plus pressé, des toilettes temporaires ont également été installées à l'extérieur. «Notre objectif est de désamorcer une situation potentiellement explosive», note Raoul Schaaf. «Mais il n'y a pas d'alternative, on ne peut pas les envoyer ailleurs», rappelle le responsable de l'Abrigado. 

Si l'offre de drogues est en baisse, pour les usagers, le manque n'en est pas moins présent. Aussi les autorités envisagent d'ouvrir plus largement le programme de substitution à la méthadone. Aujourd'hui, 134 médecins disposent d'un agrément les autorisant à prescrire des traitements de la toxicomanie et quelque 1.100 personnes suivent un traitement de substitution au niveau national. La Fondation Jugend- an Drogenhëllef, avec ses trois antennes régionales, dispose de l'agrément en question. 

La substitution peut représenter un premier pas avant la mise en place d'un projet de vie structuré

Raoul Schaaf, directeur du Comité national de défense sociale

Mais ce programme s'inscrit dans un plan global qui, outre le volet médical, intègre une composante thérapeutique et sociale. «Parmi les toxicomanes, il y a des gens qui ont des revenus, sont bénéficiaires du Revis ou ont un boulot», explique Raoul Schaaf. «Ils ont une vie plus ou moins structurée et pour eux, le programme de substitution est envisageable. Mais les gens qui fréquentent l'Abrigado sont passés à côté de tout cela et en sortir est loin d'être simple.»


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 En ces temps de crise sanitaire, il y a lieu de faire place à l'innovation. Raoul Schaaf estime que «la substitution peut représenter un premier pas avant la mise en place d'un projet de vie structuré». Ainsi, l'Abrigado pourrait obtenir un agrément spécial qui est en cours d'élaboration et prendrait la forme d'un projet pilote. 

Un premier volet de cette expérience est déjà lancé. Depuis le 3 avril, des médecins habilités à prescrire de la méthadone organisent des consultations, trois fois par semaine, dans les locaux de l'Abrigado.

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