Evelyne Régniez, proviseur du Lycée Vauban

Le campus de Gasperich, «c'est un cheval de course!»

Propos recueillis par Maurice Fick

Tout nouveau proviseur du Collège et Lycée Vauban, Evelyne Régniez, arrive tout juste de Bruxelles pour diriger un «vaisseau» de 1.420 élèves. Les lycéens déménageront du quartier Limpertsberg vers le Campus francophone à Gasperich début 2018. En juin, elle a été séduite par les équipements du nouveau campus. Interview.

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Dites-nous un peu qui vous êtes et quel est votre parcours au sein de l'Education nationale française...

«Je ne viens pas de très loin puisque je viens de Bruxelles. J'étais le proviseur du lycée français Jean Monnet depuis cinq ans. Avant, en revanche, je venais de beaucoup plus loin puisque j'étais proviseur du lycée français de Shanghai pendant cinq ans. Avant de l'être à l'étranger, j'étais proviseur en Bretagne. Je travaillais à Rennes mais maintenant je suis installée en sud Bretagne, à côté de Vannes, dans le golfe du Morbihan. Je suis originaire de la région parisienne mais ma terre d'adoption c'est la Bretagne.»

Avez-vous toujours travaillé en tant que proviseur?

«Non je ne suis pas née proviseur! (sourire) J'ai fait d'autres métiers liés à l'Education. J'ai commencé à travailler en 1981 et j'ai d'abord travaillé comme professeur de lettres modernes. Ensuite j'ai travaillé dans la formation continue pour adultes de l'Education nationale. Avant d'être proviseur j'étais inspecteur de l'Education nationale pour le premier degré.»

Vous êtes à la tête d'un «vaisseau» qui n'a jamais été aussi gros. Comment s'annonce cette rentrée 2017-2018 au Limpertsberg?

«Pour cette rentrée, nous avons 58 classes pour accueillir 1.420 élèves. Parmi eux, 840 sont inscrits au collège et 580 au lycée. Par rapport à 2016 nous avons pas loin de cent élèves en plus cette rentrée. Ce qui est très important. Et mon prédécesseur Michel Hiebel avait déjà noté une croissance de 80 élèves supplémentaires l'année d'avant.

La rentrée s'annonce bien. Tout est prêt. Les professeurs sont rentrés le 7 septembre, les nouveaux, ils sont plus de dix, sont déjà arrivés le 6 septembre mais ça fait trois semaines qu'il y a du monde au lycée. Et si cette rentrée se passe bien c'est grâce au travail de tout le monde. Tous les personnels seront là, lundi. Vauban c'est 180 personnes dont 135 enseignants.»

Evelyne Régniez, nouveau proviseur du Lycée Vauban: «Pour moi, le rôle d'un chef d'établissement c'est de valoriser les compétences de chacun».
Evelyne Régniez, nouveau proviseur du Lycée Vauban: «Pour moi, le rôle d'un chef d'établissement c'est de valoriser les compétences de chacun».
Photo: Pierre Matgé

2018 sera une année très spéciale. Que pouvez-vous d'ores et déjà nous dire du déménagement du lycée vers le nouveau Campus francophone Vauban?

«En ce qui concerne l'avancée des travaux, il faut encore attendre quelques semaines pour être sûr d'avoir la date. C'est un tout petit peu tôt pour se prononcer. Mais je suis sereine. En réalité toute cette installation n'est rien au vu des équipements dont nous allons bénéficier: c'est un cheval de course! D'ailleurs ça fait partie de ma décision de rejoindre le groupe. Il est vrai qu'en juin, avant de prendre la décision de venir à Luxembourg, quand j'ai visité les équipements, ça m'a donné envie. C'était même un élément déterminant.»

Quelle est selon vous, la singularité du Lycée Vauban?

«C'est d'abord d'être un lycée français homologué par le ministère de l'Education nationale français, donc apportant la cohérence et la structure de l'enseignement à la française. C'est un projet désormais cohérent de la maternelle à la terminale. Sachant que dans le système français la maternelle tient un rôle majeur qu'on ne retrouve pas dans la plupart des systèmes scolaires européens. Le système scolaire français se caractérise par une rigueur dans la construction des enseignements, le développement de l'argumentation, le raisonnement, une culture générale ouverte. C'est-à-dire qu'on forme des jeunes qui ont l'ensemble des disciplines sur lesquelles on attend des capacités de réflexion, de production et des connaissances importantes, plus que dans d'autres systèmes scolaires. Donc une forme d'académisme.

Le ministre de l'Education nationale français a fait la prérentrée au Lycée de Sèvres et il a valorisé la carte des formations de ce lycée en invoquant que c'était ce à quoi devait arriver le système scolaire français. Dans ce lycée il y a des sections internationales, des sections européennes, c'est-à-dire ce que nous avons nous ici. D'une certaine manière le ministre a fait le portrait de l'excellence qu'il souhaite et aussi du Lycée Vauban. On a la même carte de formations.»

Avec quel cap comptez-vous diriger le navire?

«L'idée est que les professeurs et les éducateurs puissent vraiment aller au bout de leur travail, leur professionnalisme, leurs apports. Pour moi, c'est ça le rôle d'un chef d'établissement: valoriser les compétences de chacun et les renforcer s'il le faut. Je crois beaucoup en la créativité. Quand les gens sont bien dans un endroit et qu'ils sont dans des conditions sereines pour travailler, il peuvent exprimer le meilleur d'eux-mêmes. C'est ce qui fait la richesse de l'enseignement.»

Evelyne Régniez: «Dans notre établissement 78% des élèves sont français, entre 6 et 7% sont luxembourgeois et 16% sont d'autres nationalités. Il y en a 32 en tout.»
Evelyne Régniez: «Dans notre établissement 78% des élèves sont français, entre 6 et 7% sont luxembourgeois et 16% sont d'autres nationalités. Il y en a 32 en tout.»
Photo: Pierre Matgé

Le lycée accueille nécessairement des élèves francophones mais il n'est pas réservé aux Français. Qui peut s'y inscrire?

«Le choix n'est pas fait à partir des nationalités, il est fait à partir du besoin de scolarisation. L'établissement accueille les enfants français ou francophones dont les parents sont installés au Luxembourg. Une priorité est donnée à la poursuite de scolarité des élèves qui viennent d'un établissement français à l'étranger. C'est la force du système français à l'étranger: il a des établissements partout dans le monde. Ce que tous les pays nous envient.

Souvent on voit les établissements français comme des établissements franco-français mais c'est faux. Dans notre établissement 78% des élèves sont français, entre 6 et 7% sont luxembourgeois et 16% sont d'autres nationalités. Il y en a 32 en tout.»

Quelle est la place accordée aux langues étrangères dans l'établissement?

«A partir de la 6e tous les enfants apprennent, en plus du français, deux autres langues vivantes: l'anglais et l'allemand. A partir de la 4e ils peuvent choisir anglais et allemand ou anglais et espagnol. Ils peuvent aussi prendre une troisième langue en plus dont le latin. En seconde, l'offre linguistique s'élargit encore avec l'italien, le chinois et le luxembourgeois.»

On enseigne aussi le luxembourgeois au Lycée Vauban?

«Cette année scolaire 300 élèves du collège suivront un enseignement d'initiation à la langue luxembourgeoise. Proposé à tous les élèves du collège cet enseignement est surtout suivi en 6e et 5e, la concurrence des autres langues d'enseignement intervenant plus fortement à partir de la 4e.

Au lycée, 17 élèves suivront l'enseignement optionnel de LV3 Luxembourgeois (dans le cadre de l'option « Langues régionales des Pays mosellans ») et le présentent au bac en tant qu'option facultative.»