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Eugène Berger: «Il faut avoir un mental de sportif pour faire de la politique»
Luxembourg 5 min. 29.01.2018 Cet article est archivé

Eugène Berger: «Il faut avoir un mental de sportif pour faire de la politique»

Eugène Berger: «Il faut avoir un mental de sportif pour faire de la politique»

©Christophe Olinger
Luxembourg 5 min. 29.01.2018 Cet article est archivé

Eugène Berger: «Il faut avoir un mental de sportif pour faire de la politique»

Sophie WIESSLER
Sophie WIESSLER
Le français est une langue pivot dans le travail au Luxembourg mais aussi une langue en perte de vitesse parmi les Luxembourgeois. Avant les élections législatives d’octobre prochain, nous avons décidé d’interroger les députés sur leur rapport à la langue de Molière, à travers une série d’interviews que nous publierons régulièrement jusqu’à l’été.

Et le prochain député à se prêter au jeu n'est autre qu'Eugène Berger, grand sportif et chef de fraction du DP. Il revient avec nous sur son engagement politique après son ascension du mont Everest et son rapport à la francophonie et aux étrangers présents au Luxembourg.

  • Comment devient-on homme politique après avoir été élu "sportif de l'année"?

J'étais plutôt connu à l'époque du fait de cette ascension et donc tous les partis sont venus vers moi pour m'inciter à m'engager en politique avec eux. Mais j'ai toujours été quelqu'un d'ouvert et le parti qui me ressemblait le plus était le DP.

C'était un nouveau défi pour moi parce que vous savez, une fois en haut du mont Everest et bien, on ne peut pas aller plus haut en fait! J'ai toujours été engagé, même plus jeune, même en tant qu'enseignant,  j'ai toujours eu ce goût pour la politique, depuis mon adolescence. 

Pouvoir changer les choses, c'est ça qui me plaît dans la politique, même si ce n'est pas toujours aussi facile. J'aime les défis, et devenir député en était clairement un.

Et puis, il faut avoir un mental de sportif pour faire de la politique. Ce n'est pas un travail monotone, c'est physique et il faut savoir gérer les victoires, les échecs. Voir toujours les choses positivement pour aller plus loin.

"J'ai réalisé un selfie en 1992, sans même savoir ce que c'était encore!»
"J'ai réalisé un selfie en 1992, sans même savoir ce que c'était encore!»
Eugène Berger
  • Quel est votre rapport à la francophonie?

J'ai été marié à une Franco-Belge pendant plus de vingt ans. Lorsque j'étais plus jeune, je faisais également de l'escalade avec des amis en Belgique. J'ai passé beaucoup de temps à Chamonix aussi, où j'ai d'ailleurs passé mon diplôme de guide de montagne, et c'est comme ça que j'ai appris et aimé le français.

Mes enfants sont bilingues, ils parlent parfaitement le français et nous l'employions quotidiennement lorsqu'ils étaient plus jeunes. Ils parlaient en français avec leur mère et en luxembourgeois avec moi. C'est venu naturellement! 

Le français est une belle langue, qu'il faut sentir je pense, comme l'italien. J'étais, comme beaucoup de Luxembourgeois, très réticent au départ mais c'est une langue moins rationnelle, plus fine, qui permet de faire des jeux de mots. Et on l'utilise beaucoup en politique.

  • Quels sont le dernier livre et le dernier film que vous ayez lu/vu en français?

Le dernier livre en français que j'ai lu était "La gloire de mon père" de Marcel Pagnol. C'est un livre que j'ai étudié à l'école, et que j'avais envie de relire en partant en vacances l'an dernier. Je lis du français toute la journée avec les dossiers du Parlement, ça compte aussi?

Je lis du français toute la journée au bureau..ça compte non?

Pour le film, je ne me souviens pas. J'ai regardé un documentaire Ushuaia samedi soir dernier, qui était en français.

Je pense qu'il faut l'accepter et en tirer les conséquences. En soi, le droit de vote des étrangers n'était pas une mesure révolutionnaire. C'est déjà le cas pour les élections communales. Mais ça aurait été le signe d'une ouverture et de démocratie... 

Je pense qu'il faudra encore un peu de temps pour faire passer ce genre de propositions. Nos enfants verront cela d'une manière différente. On a voulu aller trop vite, sans donner trop d'explications. Il faut désormais se donner du temps.

  • Quand le Luxembourg comptera près d’1 million d’habitants vers 2060, il comptera aussi environ 350.000 travailleurs frontaliers, selon les projections du Statec et de la Fondation Idea. Est-ce pour vous plutôt une richesse ou un défi pour le pays?

Les frontaliers sont une richesse pour le pays. Ils apportent d'autres cultures, d'autres enrichissements au Luxembourg qui, rappelons-le, est le carrefour des pays qui l'entourent! Ça a toujours été un élément de notre histoire. On ne peut pas s'en passer. L'économie ne tournerait pas sans eux et ce, dans tous les secteurs. Maintenant c'est d'une croissance dont on a besoin.

Il faut revoir les problèmes liés à la mobilité, rattraper des années de retard. Tout ceci aurait dû être fait plus tôt, en adéquation avec la Grande Région. On court toujours un peu derrière maintenant.

  • Pour quels dossiers vous êtes-vous le plus investi?

En tant que président de fraction, je connais tous les dossiers. Personnellement, je me suis toujours beaucoup investi dans l'éducation, l'environnement, j'ai découvert la finance aussi. Elle est d'ailleurs beaucoup moins "sèche" qu'on le pense: j'ai apprécié cette expérience. Je travaille aussi beaucoup sur la digitalisation. Je pense qu'il est important d'apprendre à nos enfants comment gérer l'information sur internet. Et puis l'arrivée du digital donne des multitudes de possibilités pour le citoyen en général.

J'ai apporté ma pierre à l'édifice

J'ai eu la chance d'être dans des rôles différents durant ma carrière. A chaque fois, j'avais d'autres missions. J'ai vraiment eu l'impression d'avoir influencé des décisions durant cette coalition. D'avoir apporté ma pierre à l'édifice. Nous avons fait beaucoup de choses et c'est bien une chose que l'on ne peut pas nous reprocher!

  • Vous vous représentez pour les élections législatives de 2018?

C'est un travail qui me fait plaisir, que j'ai envie de continuer. Je suis motivé, j'ai encore des dossiers en cours alors si mon parti veut bien de moi, oui, je me représenterai ! J'ai envie d'avoir des responsabilités et d'être dans la majorité: c'est mieux, pour travailler.

  • La montagne ne vous manque pas trop?

Je n'ai jamais arrêté! Au moins une fois par an, je vais tenter un sommet. L'année dernière, j'étais en Equateur par exemple. J'ai besoin de ça, être dehors, penser à autre chose, dire stop à la politique le temps d'une semaine.

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