Changer d'édition

Etudes supérieures: "Les parents poussent les jeunes à quitter le Luxembourg"
Les jeunes ont de plus en plus de mal à s'y retrouver: l'offre est désormais mondiale

Etudes supérieures: "Les parents poussent les jeunes à quitter le Luxembourg"

Lex Kleren
Les jeunes ont de plus en plus de mal à s'y retrouver: l'offre est désormais mondiale
Luxembourg 5 5 min. 30.01.2018

Etudes supérieures: "Les parents poussent les jeunes à quitter le Luxembourg"

Christelle BRUCKER
Christelle BRUCKER
Ce mardi, la Chambre de commerce accueillait un salon dédié à la formation post-bac et à l'emploi en France et au Luxembourg. Élèves, entreprises et professionnels de l'éducation nous donnent leur point de vue.

Ça se bousculait ce mardi après-midi, dans les salles du sous-sol de la Chambre de commerce de Luxembourg, où se tenait le salon Etudes et Carrières consacré à l'orientation, les études supérieures et l'emploi.

"Une quarantaine d'exposants présentent des formations post-bac en France et des entreprises du Luxembourg participent aussi pour recruter de nouveaux talents", indique Marina Daniel, attachée de coopération à l'Institut français du Luxembourg, organisateur de l'événement. 

Près de 400 élèves en une journée

Les adolescents sont venus nombreux: certains avec leur classe, c'est le cas des terminales du lycée Vauban et de l'école européenne, d'autres ont fait le déplacement seuls ou avec leurs amis. Près de 400 élèves au total sont attendus sur la journée.

"Cette année, on a reçu beaucoup plus de jeunes de lycées luxembourgeois: Marina Daniel sort un petit papier sur lequel elle a tout noté. "Des élèves du lycée de Diekirch, de Pétange, des lycées Michel Rodange, Aline Mayrisch, de l'Athénée, du Fieldgen, du lycée de Bel-Val de Sanem ou du lycée de Garçons à Luxembourg."

Comme ces amoureux, Steve et Lara, 18 ans tous les deux, en pleine interrogation: suivre des études supérieures ou se lancer dans la vie active, ils hésitent.

"On ne sait pas du tout vers quoi se diriger en fait. On a rencontré des représentants de l'ADEM qui nous ont parlé du programme Fit4JobStart pour nous aider à mieux cerner nos attentes et nos points forts. Ou alors s'inscrire dans une fac en France? Mais en quoi?"

"J'opterai pour une grande école, c'est sûr"

Pour ces copines de l'école européenne Lisa, Louise et Alix, 16 ans toutes les trois, les idées de parcours sont plus nettes:

"Je suis très attirée par les sciences et l'économie, même si je n'ai pas encore de métier précis en tête", explique Lisa. "Mais j'opterai pour une grande école, c'est sûr. L'université a un niveau plus bas. Je connais des professeurs d'université qui m'ont eux-mêmes déconseillé d'intégrer une fac française. Ils manquent de moyens."

(de g. à dr.) Lisa, Louise et Alix, de l'école européenne
(de g. à dr.) Lisa, Louise et Alix, de l'école européenne
Lex Kleren

Pour Louise, ce sera de la géographie ou de l'écologie, et l'université ne lui fait pas peur: "La France, c'est une possibilité, oui, en fac ou en école, mais ce qui est primordial pour moi, c'est de partir étudier à l'étranger en Erasmus."

Quant à Alix, passionnée d'architecture depuis toute petite, elle rêve d'intégrer l'une des écoles nationales supérieures d'architecture de Paris.

"On leur propose le monde: ils veulent le monde!"

Au détour d'une allée, nous croisons l'ex-proviseur du lycée Vauban, Michel Hiebel, accompagné de deux conseillères d'éducation, Patricia et Isabelle. Selon eux, il est de plus en plus difficile pour un adolescent de faire un choix d'orientation:

"L'offre est pléthorique aujourd'hui. Les parents sont dépassés car cela ne correspond plus à ce qu'eux-mêmes ont connu. Nos élèves ont un excellent niveau en langues, ils ont donc des ouvertures partout, c'est dur de se décider: on leur propose le monde, alors ils veulent le monde!"

"Ce qu'ils cherchent, ce sont avant tout des expériences à l'étranger. Les Pays-Bas, l'Angleterre, l'Italie ou l'Allemagne sont des pays qui ont bien saisi les attentes de ces générations: les universités y proposent des parcours en anglais, très accessibles, qui sont de plus en plus prisés."

Il est de plus en plus difficile pour les jeunes du Luxembourg de faire un choix d'orientation car toutes les portes leur sont ouvertes
Il est de plus en plus difficile pour les jeunes du Luxembourg de faire un choix d'orientation car toutes les portes leur sont ouvertes
Lex Kleren

Les trois professionnels soulignent que, malgré le très haut niveau de l'université du Luxembourg, les jeunes sont incités à quitter le pays.

"C'est une réalité: d'un point de vue familial on les pousse à partir, à s'éloigner du cocon luxembourgeois. Le message des parents, c'est: ici, ce n'est pas la vraie vie. C'est trop petit, ils côtoient souvent les mêmes personnes de la maternelle jusqu'au bac."

"Poster une annonce ne suffit plus"

Tasse de café en main, Philippe Jourdan, fait les cent pas aux abords des salles d'expo à l'affût du moindre candidat potentiel: la société pour laquelle il travaille, implantée à Capellen, est spécialisée dans l'informatique et peine à recruter depuis plusieurs années déjà. 

"Simplement poster une annonce ne suffit plus. On doit être pro-actif pour trouver un CV. Quand on en a deux, on est content! Le profil le plus recherché, c'est celui de programmeur, un jeune diplômé d'une école d'ingénieur ou d'un master universitaire technique."

"Non seulement c'est un profil extrêmement difficile à trouver, mais en plus, là où auparavant un webmaster pouvait tout gérer, aujourd'hui on assiste à une véritable spécialisation pour chaque micro domaine d'application."

En témoignent les nombreuses écoles d'ingénieurs présentes ce mardi, ESITC, CentraleSupélec, ICAM, ESTACA, ESME, justement pour attirer de nouvelles recrues. 

"On a une vraie demande des entreprises luxembourgeoises"

Et parmi toutes ces écoles, le petit stand de l'UFR Mathématiques et Informatique de l'université de Lorraine, tente de faire connaître ses masters techniques, notamment le parcours MIAGE (Systèmes d'information appliqués au management des entreprises), qui intègre chaque année une dizaine d'étudiants luxembourgeois et assure un CDI à ses jeunes avant même l'obtention de leur diplôme.

Antoine Tabbone fait la promotion de son UFR et du parcours MIAGE qui assure un CDI à ses étudiants avant même la fin de leur formation
Antoine Tabbone fait la promotion de son UFR et du parcours MIAGE qui assure un CDI à ses étudiants avant même la fin de leur formation
Lex Kleren

"On a une vraie demande des entreprises luxembourgeoises qu'on ne parvient pas à combler", explique le directeur de l'UFR, Antoine Tabbone. "Nos étudiants sont embauchés 6 mois avant la fin de leur formation et rejoignent PwC, Deloitte, CTG, BGL BNP Paribas ou la Société générale."

A noter: une journée portes ouvertes est prévue le 17 février à l'UFR Mathématiques et Informatique de Nancy.


Sur le même sujet