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"Être violent n'a rien à voir avec le contexte social ou professionnel"
Luxembourg 6 min. 24.11.2018

"Être violent n'a rien à voir avec le contexte social ou professionnel"

"Être violent n'a rien à voir avec le contexte social ou professionnel"

Photo: DPA
Luxembourg 6 min. 24.11.2018

"Être violent n'a rien à voir avec le contexte social ou professionnel"

Non, la violence conjugale n'est pas en déclin au Luxembourg. Et cela n'a rien à voir avec la classe sociale. Il est urgent d'éduquer les jeunes, selon la directrice de l'association Femmes en détresse, Andrée Birnbaum, qui nous a accordé un entretien à l'occasion de la Journée mondiale contre les violences faites aux femmes.

La violence envers les femmes est encore aujourd'hui un triste sujet d'actualité. En 2017 au Luxembourg, 217 expulsions du foyer familial ont été recensées afin de protéger le partenaire victime de violences. Dans 203 cas, l'auteur des violences était un homme. 193 femmes et 24 hommes ont été victimes de violences conjugales l'an dernier. L'association Femmes en détresse propose 14 services: centre d'accueil pour femmes victimes de violence domestique, foyer pour jeunes filles et prise en charge des crises psycho-sociales, garde d'enfants, conseil familial et formation professionnelle, Maison Communautaire d'Urgence (MACOU), ateliers d'information et de sensibilisation, logement assisté, soins des enfants malades et soins psychologiques. Ces services traitent aussi les enfants et jeunes victimes de violences.

A l'occasion de la Journée mondiale contre les violences faites aux femmes, ce dimanche 25 novembre, nous avons rencontré Andrée Birnbaum, directrice de l'association Femmes en détresse (FED). 

Andrée Birnbaum, Femmes en détresse a ouvert en 1980 son premier foyer pour femmes. Vous espériez alors qu'un jour ce ne serait plus nécessaire?

Oui, bien sûr. Nous tous qui travaillons dans le secteur social espérons un jour que la société n'aura plus besoin de nous. Mais il y a toujours plus d'agressions, avant tout envers les femmes. Et les agressions sont de plus en plus violentes. Tous nos services doivent faire face à des situations de plus en plus graves, des cas de plus en plus graves, face auxquels ils sont parfois submergés. Il y a de moins en moins de barrières - cela va jusqu'aux menaces de mort et il y a eu ces derniers mois deux cas mortels.

Comment l'expliquer?

Le problème doit être pris à la racine. Nous ne pouvons pas commencer suffisamment tôt, à éduquer les jeunes enfants en leur expliquant que l'on doit avoir du respect envers les autres, que l'on ne doit pas les agresser ou leur crier dessus et qu'il faut aussi se défendre et intervenir si l'on voit qu'une personne en traite mal une autre. Cette question devrait être abordée dès le plus jeune âge à l'école. On entend toujours plus parler de harcèlement, de violence à l'école. J'ai moi-même été récemment témoin d'une scène à la gare, où trois jeunes avaient attrapé une jeune fille et la tenaient au-dessus du vide, cela devait faire 20 mètres de haut, comme s'ils allaient la laisser tomber. La jeune fille criait, tremblait de tout son être et était terrifiée, jusqu'à ce qu'un agent de la gare arrive. Ce n'est pas un jeu et ce n'est pas drôle. Ce sont des comportements qui ne devraient pas exister. Nous entendons encore et toujours les agresseurs se justifier en disant qu'ils avaient subi la même chose, enfants. 

Les écoles sont-elles davantage concernées? 

Je pense que le personnel enseignant est dépassé par ce problème. Ce ne sont pas des spécialistes. Il serait souhaitable que nous puissions intervenir aux côtés de tous les professionnels du secteur. Nous proposons aussi des formations aux enseignants à l'Institut de formation de l'Education nationale (IFEN) et une sensibilisation thématique de 20 heures pour aborder le thème de la violence au lycée. Cela n'est pas suffisant et ces formations sont de plus en plus sollicitées. Il reste encore beaucoup à faire, même si cela devrait être quelque chose de normal et évident dans la vie quotidienne à l'école et à la maison, dès le plus jeune âge, de ne pas tolérer la violence.

Qu'en est-il de la violence sexuelle?

Notre service, qui s'occupe des victimes de violences dans le cadre d'une expulsion du foyer, constate que l'agression sexuelle reste, encore et toujours, un tabou. Les gens ne s'autorisent pas à en parler. Dans les entretiens, il s'agit beaucoup de violence physique et psychique, mais la violence sexuelle n'est abordée qu'après plusieurs entretiens, bien qu'elle soit presque toujours présente. L'idée reçue selon laquelle les filles et les femmes victimes de harcèlement sexuel ou de viol l'ont bien cherché est toujours fermement ancrée. Pourtant, même si quelqu'un se balade nu dans la rue, cela ne donne le doit à personne de l'agresser ou de le toucher; et non, c'est non. Nous en parlons aussi avec les jeunes et faisons face à des réactions effrayantes. Ils disent, par exemple, en voyant l'image d'une fille vêtue d'une jupe en jean moulante et d'un décolleté profond, qu'elle devrait s'habiller différemment, qu'elle est laide ou ressemble à une prostituée. Et quand nous demandons à partir du moment vous n'êtes plus en accord avec le comportement de votre amie, vous réalisez que les filles acceptent aujourd'hui beaucoup plus que ce que nous faisions il y a 30 ans: elles acceptent que leur ami contrôle leur téléphone portable, qu'il ait tous les mots de passe, qu'il leur indique quels vêtements elles peuvent porter. Lire une lettre qui ne nous était pas destinée était pour nous une atteinte grave, mais lire les SMS de l'autre ne l'est plus aujourd'hui.

A quoi est dû ce retour en arrière?

Les jeunes filles nous répondent qu'il s'agit pour elles d'une preuve d'amour, lorsque leur copain se préoccupe de savoir comment elles sont habillées. Et lorsque quelqu'un les laisse libres de faire ce qu'elles veulent, elles pensent qu'il ne les aime pas. Ce sont des images complètement fausses. Mais nous en revenons toujours à la même chose: il faut intervenir le plus tôt possible à l'école, pour influencer ces attitudes autrement.

Les chiffres de la violence domestique sont tombés à 217 en 2017, 256 en 2016 et 357 en 2012. N'est-ce pas un bon signe?

Cette année nous restons au même niveau qu'en 2017. Le problème est que les interventions de la police pour des situations de violences conjugales n'ont pas diminué, elles restent stables, autour de 800. Cela dépend simplement du policier qui était sur place et de la manière dont il a décrit la situation et la décision du procureur. Certains ordonnent une expulsion, d'autres jamais. Nous sommes d'avis qu'il devrait y avoir davantage d'expulsions, mais nous n'avons aucun moyen de pression, si ce n'est d'en parler au sein du "Comité de violence". Ce serait bien si les actes de violence venaient à diminuer. Mais ce n'est pas le cas. Quand nous parlons de la vie quotidienne, personne ne nous croit lorsque nous disons combien la violence et la traite des êtres humains peuvent être rencontrées dans notre beau pays! Et dans quels cercles, puisque cela va de l'ouvrier au directeur de banque - être violent n'a rien à voir avec la situation sociale ou professionnelle.

Propos recueillis par Annette Welsch (traduction et adaptation: Anne Fourney)


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