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Être vegan au Luxembourg : «Un monde 100% végétalien n'existera jamais»

Être vegan au Luxembourg : «Un monde 100% végétalien n'existera jamais»

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Luxembourg 8 min. 23.03.2016

Être vegan au Luxembourg : «Un monde 100% végétalien n'existera jamais»

Ils sont de plus en plus nombreux à cesser de manger viandes et autres produits issus de la production animale: on les appelle des végétaliens, ou "vegan". Mais c'est quoi être un vegan? Pourquoi en arriver là? Nous avons rencontré Thomas et Camille, deux vegans luxembourgeois depuis de nombreuses années.

Par Sophie Wiessler

Ils sont de plus en plus nombreux à cesser de manger viandes et produits issus de la production animale: on les appelle des végétaliens, ou "vegans". Mais c'est quoi être un vegan? Pourquoi en arriver là? Nous avons rencontré Thomas et Camille, deux vegans luxembourgeois depuis de nombreuses années.

«Mes parents ne comprenaient pas mon choix»

Camille a 46 ans et plus de 20 années de végétarisme derrière lui. Si cette pratique lui semble des plus naturelles aujourd'hui, cela n'a pas toujours été le cas. Au repas de famille, il pouvait passer plusieurs heures devant son assiette de viande, contraint par ses parents de finir son plat. «Ils ne comprenaient pas mon choix. Ce n'était pas bien vu à l'époque de ne pas manger de viande».

Thomas est vegan depuis 4 ans et Camille depuis 8 ans. Ils étaient tous deux végétariens avant de basculer dans le véganisme.
Thomas est vegan depuis 4 ans et Camille depuis 8 ans. Ils étaient tous deux végétariens avant de basculer dans le véganisme.
Photo: Sophie Wiessler

Car cette prise de conscience éthique lui est venue plutôt jeune. A l'âge de 14 ans, Camille décide d'arrêter de consommer de la viande et devient végétarien. «J'ai réduit petit à petit». Mais le déclic apparaît durant ses études à Liège. «On s'interroge, on se documente et toutes ces réflexions aboutissent finalement au véganisme», explique-t-il. Cela fait donc plus de 8 ans qu'il est devenu vegan.

Mais c'est quoi le «véganisme»?

«Le véganisme est une philosophie et une façon de vivre qui cherche à exclure, autant qu’il est pratiquement possible, toutes les formes d’exploitation et de cruauté envers les animaux, que ce soit pour se nourrir, s’habiller, ou pour tout autre but; et par extension, le véganisme soutient et encourage le développement et la mise en oeuvre d’alternatives sans utilisation d'animaux, pour le plus grand bien des êtres humains, des animaux et de l’environnement». C'est Donald Watson, l'inventeur de ce mot en 1944 qui donne cette définition.

Etre vegan est donc un choix éthique, et une pratique quotidienne, dans laquelle on met concrètement en action le respect de la vie, fondé sur la non-violence, la paix et la compassion envers tous les êtres sensibles, notamment les animaux.

Pour Camille et Thomas, cela se traduit donc par le fait de ne consommer aucune nourriture produite par des animaux, mais aussi par faire attention à tous les objets du quotidien. «Nous ne portons pas de cuir, ni de soie par exemple.» 

  Une bonne entente avec le monde, les animaux et notre propre santé  

Difficile de trouver des vêtements qui correspondent à leurs critères? Pas vraiment. De plus en plus de magasins et de sites internet surfent sur la vague "vegan". «Avant c'était difficile mais depuis deux ans, on voit une évolution, de plus en plus de gens s'y intéressent», souligne Camille. Il pousse même le concept encore plus loin: «Je n'ai plus de voiture, je fais tous mes déplacements à vélo», révèle-t-il. Il fait désormais partie, avec Thomas, de l'ASBL Vegan Society Luxembourg, dans laquelle il s'investit beaucoup.

«Il faut se documenter un maximum»

Devenir vegan ou végétalien du jour au lendemain, est-ce possible? Les derniers chiffres de FranceAgriMer, démontrent que les Français mangent 66 kg de viande par an et par habitant en 2012, soit une baisse de près de 7% par rapport à 1998. Il est devenu courant de voir des restaurants végétalien ouvrir leurs portes, ou les rayons de nos supermarchés se remplir de produits bio, de graines, d'alternatives à la viande, riches en protéine. Voici une carte du végétarisme en Europe, disponible sur le site sante-alimentation.fr . Glissez votre souris sur les pays pour voir les données.

Mais au Luxembourg, avec 134,84 kilos par personne, le pays occupe la tête du classement des plus gros mangeurs de viande devant les Américains et les Australiens. Difficile donc de faire une croix sur ces produits. «On mange beaucoup trop de viande au Grand-Duché», rapporte ainsi Lucienne Thommes, responsable du département information de la Fondation Cancer au Luxembourg. «C'est une tradition dans le pays de manger beaucoup de saucisses comme la Mettwurscht ou la Wiener, ou de la charcuterie: mais il faut de la modération dans tout!» 

«Avant de vouloir devenir vegan, il faut se documenter au maximum», expliquent Camille et Thomas. «Il faut être conscient de ce que l'on mange, et trouver de bonnes alternatives». Remplacer la viande par des céréales, ne manger que des produits frais, de manière saisonnière et locale etc. Pour eux, il faut prendre conscience que ce qui se trouve dans notre assiette avait auparavant une sensibilité, une conscience. «J'ai des amis chasseurs, qui me taquinent souvent sur mon veganisme en me disant, mais tu es un mec bien Camille, alors pourquoi tu fais ça? Et moi je leur réponds que c'est justement parce que je suis un mec bien que je fais ça», raconte en souriant Camille.

  C'est très difficile d'arrêter le fromage  

Mais la transition ne se fait pas sans accroc. «C'est très difficile d'arrêter le fromage notamment. Mais il faut trouver des alternatives. Forcément, ça n'a pas le même goût mais la consistance est là», explique Camille. Devenir vegan demande donc une grande réflexion et des recherches préalables. Il ne suffit pas d'arrêter du jour au lendemain sans savoir quoi faire ensuite. «La règle d'or, c'est savoir doser correctement les céréales avec les légumes».

«On peut commencer par devenir flexitarien par exemple», souligne Camille. Ce terme désigne les personnes qui réduisent leur consommation de viande, en n'en mangeant qu'une ou deux fois par semaine. «On voit de plus en plus de gens en pleine transformation., qui réduisent leur consommation, notamment en voyant des images chocs à la télévision. Mais on n'arrivera jamais à un monde 100% végétalien c'est sûr. Voir de plus en plus de monde s'intéresser à notre mode de vie, c'est très positif pour nous. On ne vient plus de Mars comme il y a 4-5 ans !» ironise Thomas.

«On ne se limite pas»

Le cliché du vegan mangeur de steak de soja et buvant uniquement du lait de soja? Très peu pour eux. «Être vegan, c'est aussi manger à sa faim, et de manière équilibrée. J'ai mon propre potager, et je cuisine énormément», détaille Camille. C'est un fait: le vegan cuisine beaucoup. Cela coûte-t-il plus cher? Pas vraiment selon Thomas et Camille. "Nous faisons des petites expériences, nous avons des pages facebook en commun où nous échangeons des recettes, c'est très intéressant !», glisse Thomas en souriant. Merguez ou saucisses veganes, pâté de campagne, lasagnes, il y en a pour tous les goûts et des tas d'alternatives sont possibles. 

«Si nous sommes invités à un barbecue l'été, pas de problème, je ramène mon propre steak et j'en profite pour faire découvrir ma cuisine aux autres !», explique Camille, amusé. «Nous tenons à rester sociables malgré nos convictions. On ne veut pas rejeter les autres, c'est très important.» C'est d'ailleurs le cas au sein même de la famille de Camille. Son frère jumeau est un grand mangeur de viande, mais qui, paradoxalement, adore la cuisine vegan de Camille. 

Je ramène mon propre steak au barbecue

Beaucoup de personnes parlent de carence lorsque la question vegane ou végétalienne est abordée. C'est notamment le cas de Laura Infante, nutritionniste au Luxembourg, qui n'apprécie pas vraiment le régime vegan. Pourtant, beaucoup d'entre eux sont en parfaite santé. «On ne manque de rien, on fait du sport, des prises de sang régulières qui montrent que tout va bien. On ne souffre d'aucune carence, peut-être juste en vitamine D mais ça c'est le cas de tout le monde dans nos régions!», souligne Camille. Le seul complément alimentaire nécessaire pour les vegans serait le B12, vitamine uniquement présente dans la viande mais disponible sous forme de gélules ou sachets à prendre en complément de son alimentation. «Si des personnes perdent beaucoup de poids ou ont des problèmes de santé en devenant vegan, c'est qu'elles se sont mal informées. Nous avons la chance d'être très bien informés de nos jours et c'est fortement nécessaire pour devenir vegan», souligne Camille.

«Mes enfants feront leur propre choix»

Mais qu'en est-il des proches de Camille et Thomas? Ce mode de vie est-il imposé à leurs enfants, leurs femmes? «J'ai trois enfants, de trois, six et douze ans. Ils n'ont aucune obligation à suivre mon mode de vie. Bien sûr, à la maison, on cuisine vegan et rien d'autre, mais à l'école ou avec leurs amis, ils font ce qu'ils veulent. Ils feront leur propre choix en temps voulu», explique Camille. 

Inutile de montrer des images chocs comme on en voit beaucoup sur Internet ou à la télévision, Camille cherche à raisonner ses enfants d'une toute autre manière. «Je leur explique les conséquences d'une autre alimentation, je leur fais comprendre de quoi il retourne». Quant à sa compagne, elle est devenue végétarienne à son contact. 

«Les vegans sont mieux acceptés dans nos sociétés qu'il y a 4 ans. Mais il y a encore trop d'abus vis-à-vis des animaux, y compris au Luxembourg, même si c'est sans doute moins violent qu'ailleurs. Nous mangeons toujours trop de viande et buvons trop de lait par exemple. Il faut que cela change», concluent avec gravité les deux hommes.

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