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Et si le travail s'adaptait aux règles douloureuses?
Luxembourg 4 min. 19.05.2021

Et si le travail s'adaptait aux règles douloureuses?

La pétition d'Ornella Romito, en ligne depuis mardi, a déjà récolté plus de 2.400 soutiens. Soit, en moins de 24 heures, déjà la moitié des signatures nécessaires à l'ouverture d'un débat à la Chambre...

Et si le travail s'adaptait aux règles douloureuses?

La pétition d'Ornella Romito, en ligne depuis mardi, a déjà récolté plus de 2.400 soutiens. Soit, en moins de 24 heures, déjà la moitié des signatures nécessaires à l'ouverture d'un débat à la Chambre...
Photo : Gerry Huberty
Luxembourg 4 min. 19.05.2021

Et si le travail s'adaptait aux règles douloureuses?

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
Une pétition vient d'être lancée pour que le Code du travail intègre la possibilité de dispenser de présence les salariées connaissant des menstruations éprouvantes. Une souffrance passée sous silence jusqu'alors.

Ne faites pas d'Ornella Romito, une pasionaria féministe. Si la Luxembourgeoise a décidé de déposer une pétition visant à instaurer une possible dispense menstruelle (deux jours) pour les salariées souffrant de règles douloureuses, c'est avant tout «par expérience personnelle et non pas pour faire un acte militant». Après avoir discuté de la situation avec plusieurs filles de son entourage, la jeune femme a estimé qu'il était temps que la question soit mise sur la place publique. «Je me suis rendu compte que nous étions nombreuses pour qui cette période constituait un calvaire et qui prenaient sur elles pour essayer de faire bonne figure sur leur lieu de travail».


Midsection of pregnant woman with pills and water at home - Bilder
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A 28 ans, Ornella Romito estime que cette «négation de la douleur dans le milieu professionnel» n'a plus de raison d'être aujourd'hui. «Le texte ne réclame pas que chaque femme dispose de jours de congés durant ses règles, mais plutôt que celles dont l'état de santé le justifie puissent être dispensées de se rendre physiquement à leur poste.» 

Une solution qui relèverait donc plus du télétravail que du repos accordé. «Aménager cette période pour les employées d'une entreprise, ce n'est pas faire de discrimination positive», estime la salariée de 28 ans. A ses yeux, le geste reviendrait plus à «mieux se préoccuper de la santé réelle des personnels féminins».

Avant de déposer sa pétition à la Chambre, la Luxembourgeoise a pris le temps d'analyser la situation actuelle. Notant le «tabou qui entoure encore le sujet des règles» et découvrant combien aux yeux de la société patriarcale les douleurs menstruelles étaient «largement sous-estimées». Mais ses recherches ont aussi permis à cette agent administratif de constater que cette question avait déjà été traitée dans d'autres pays, avec soit des solutions ponctuelles apportées, soit des lois adoptées.

Ainsi, au Royaume-Uni, plusieurs sociétés ont validé ce principe de la dispense menstruelle. La salariée demandeuse n'a ainsi plus à justifier, chaque mois, par la présentation d'un certificat médical, l'autorisation de son employeur d'aménager son temps de travail. En 2017, le parlement italien a lui aussi commencé à travailler sur cette possibilité.

Une thématique émergente

«Mais c'est un droit qui existe en Indonésie depuis 1948», sourit la jeune femme en pointant l'avance de l'Asie sur cette problématique. En Inde ou à Taiwan aussi, la situation a ainsi déjà été prise en compte. La Corée du Sud a, elle, introduit un jour de congé non rémunéré pour les femmes estimant que leur état de santé au moment des règles était incompatible avec une journée de travail. «En contrepartie, là-bas, les femmes qui tiennent leur place sans arrêt ont une prime de présence», souligne Ornella Romito. 

Quand l'intime pèse sur le quotidien de la moitié de la population, il est normal que cela devienne un sujet de politique publique

Fatima Rougi

Au planning familial luxembourgeois, la dispense menstruelle ne fait pas partie des revendications ''traditionnelles''. Mais Fatima Rougi, membre du conseil d'administration reconnait qu'il s'agit bien d'une «thématique émergente de ces dernières années». Celle qui reste en charge de la campagne #NoTaxTampon, admet que la question des règles douloureuses concerne bien plus de femmes que ce que l'on peut imaginer. Entre contractions, fortes migraines voire évanouissement, il est clair que la revendication «ne relève pas du caprice de féministes hystériques mais bien d'une réalité mensuelle qui pénalise des milliers de femmes dans le pays, à n'importe quel poste de responsabilité, dans n'importe quel secteur d'activité.


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Et c'est à ce titre que le planning familial s'inscrit dans la ligne souhaitée par la pétitionnaire. «Reconnaître cette souffrance dans le cadre du code du travail serait effectivement une belle avancée», encourage Fatima Rougi. Comme l'a été la reconnaissance en mai 2020 des produits hygiéniques féminins comme des biens de première nécessité, avec donc une TVA passée de 17 à 3%. «Quand l'intime pèse sur le quotidien de la moitié de la population, il est normal que cela devienne un sujet de politique publique. Alors si la pétition doit ouvrir un débat à la Chambre, tant mieux!» 

A voir l’enthousiasme rencontré par le sujet sur le site petition.lu (plus de 2.400 signatures en 24 heures), il y a fort à parier que la question sera débattue à la Chambre d'ici peu. Une chambre masculine aux deux tiers, soit dit en passant.

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