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Et ainsi naquit le folklore luxembourgeois
Luxembourg 5 1 7 min. 22.06.2022
Traditions

Et ainsi naquit le folklore luxembourgeois

Les premières traces d'un intérêt pour les danses, les chants, les us et coutumes de l'ancien Grand-Duché de Luxembourg ont été constatées au milieu du 19e siècle.
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Et ainsi naquit le folklore luxembourgeois

Les premières traces d'un intérêt pour les danses, les chants, les us et coutumes de l'ancien Grand-Duché de Luxembourg ont été constatées au milieu du 19e siècle.
Photo: Uucht-La Veillée
Luxembourg 5 1 7 min. 22.06.2022
Traditions

Et ainsi naquit le folklore luxembourgeois

Laura BANNIER
Laura BANNIER
Il dansera devant le Grand-Duc ce mercredi 22 juin, à l'occasion de la Fête nationale. Nous avons rencontré Ferdinand et Tilly Steinborn, sa femme, ayant tous deux contribué à la naissance du groupe folklorique Uucht-La Veillée.

Ils avaient tous deux aux alentours d'une vingtaine d'années. Si les souvenirs sont lointains, ils n'en demeurent pas moins vifs. Notre histoire - ou plutôt leur histoire - commence le 17 mars 1955, date à laquelle le groupe folklorique Uucht-La Veillée est né. Mais pour mieux comprendre le contexte de sa création, Ferdinand et Tilly Steinborn nous proposent de remonter encore quelques années en arrière.


Nationalfeierdag Fakelzuch, Luxembourg, le 22 Juin 2017. Photo: Chris Karaba
La Fête nationale n'a pas toujours été un 23 juin
Si elles sont aujourd'hui organisées le 23 juin, les festivités n'ont lieu à cette date que depuis 61 ans. Depuis son établissement en 1816, la Fête nationale a en effet été célébrée à plusieurs dates différentes. Explications.

Les premières traces d'un intérêt pour les danses, les chants, les us et coutumes de l'ancien Grand-Duché de Luxembourg ont été constatées au milieu du 19e siècle. «Mais avec la Première Guerre mondiale, nos danses et chants folkloriques ont été complètement oubliés», raconte Ferdinand. Entre les deux guerres, la tradition s'est perdue avant de renaître de ses cendres grâce aux danseurs du groupe «Renert», puis, en 1951, avec les «Amis du folklore luxembourgeois». 

Dans ses rangs, la formation comptait des historiens, mais aussi des musicologues désireux de sauvegarder ces traditions oubliées. Plein d'idées et de projets, ces membres ont notamment porté fièrement les couleurs du Luxembourg dans des auberges de jeunesse, où se transmettaient les pas de danse. Les danseurs ont par ailleurs représenté le pays à l'étranger, dès 1953, suite à une demande exprimée par Pierre Frieden, ministre de la Culture et de l'Education de l'époque. Le rendez-vous était donné à Ruurlo, aux Pays-Bas. L'année suivante, le groupe a pris la direction de Strasbourg, à l'occasion d'une seconde apparition officielle.

Les «Amis du folklore luxembourgeois» lors de leur première représentation officielle, à Ruurlo.
Les «Amis du folklore luxembourgeois» lors de leur première représentation officielle, à Ruurlo.
Photo d'archives: Uucht-La Veillée

«Les ''Amis du folklore luxembourgeois'' se positionnaient en réalité plus dans la pratique que dans la théorie. Ils ont finalement cessé leurs activités lorsque Uucht-La Veillée a vu le jour», poursuit Ferdinand. Mais si ce second groupe ne s'est constitué formellement qu'en 1955, la confection des costumes des danseurs a débuté dès l'année précédente. «À l'époque, le folklore, c'était tout à fait nouveau. Nous étions évidemment très enchantés de participer à cette renaissance», se remémore Tilly.

Une reproduction d'après des écrits

Une entreprise qui n'a pas été simple, aucun costume d'époque n'ayant été conservé pour être reproduit. «Il faut savoir qu'il n'existe pas de costume traditionnel typiquement luxembourgeois. La mode citadine était inspirée de la mode parisienne, tandis que les habits de la campagne étaient des vêtements de travail. En revanche, on se vêtait particulièrement bien le dimanche, avec des tissus imprimés, en couleur, beaucoup plus sophistiqués que ceux des jours de la semaine», souligne le danseur.

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«Le Luxembourg est un petit pays, et il était influencé par la mode des pays voisins», poursuit Ferdinand. Le bonnet illustre parfaitement cette idée. «Il s'agit d'un vêtement qui était porté dans toute la Grande Région.» Mais alors, à quoi correspondent les tenues portées par les danseurs du groupe folklorique? Il s'agit de costumes ayant été reproduits d'après des écrits descriptifs d'auteurs datant de la fin du 18e et début du 19e siècle, mais également à partir de gravures et d'images consultées au Musée national d'Histoire et d'Art. 

Les costumes en soie, difficile à conserver, ne sont désormais plus utilisés par les danseurs.
Les costumes en soie, difficile à conserver, ne sont désormais plus utilisés par les danseurs.
Photo d'archives: Uucht-La Veillée

«Nous avons été conseillés par le conservateur de l'époque», se souvient Tilly, qui a activement participé à la création de ces vêtements. Initialement, deux sortes de costumes avaient été confectionnés. «Il s'agit de deux costumes du dimanche, l'un étant en soie, et l'autre correspondant au costume campagnard», poursuit-elle. Du premier, trop difficile à entretenir, il ne reste que peu d'exemplaires. 

Pour les femmes, le costume paysan du dimanche est constitué d'un bonnet, d'une jupe, d'une chemise, d'un corsage, d'un tablier blanc, d'une cape, de bas blancs et de chaussures. 

Les hommes, eux, lorsqu'ils portent le vêtement folklorique du dimanche, sont vêtus d'une culotte couvrant les genoux en laine, une chemise blanche avec un ruban noir noué au cou, un gilet en laine, éventuellement brodé, ainsi que des bas tricotés de couleur blanche. En guise de couvre-chef, les hommes portent une casquette en satin noir, ou un chapeau haut de forme en tissu épais de couleur brune, le «Quetschendéif». 

Au total, nous comptons près de 280 anciens membres.

Ferdinand Steinborn, danseur au sein d'Uucht-La Veillée

Le groupe se produit toujours en costumes campagnards, réalisés avec des tissus correspondant à ceux de l'époque, fournis par Tilly, qui avait conservé un stock de tissu d'ameublement. «On dispose de plusieurs costumes d'avance, mais il nous arrive d'en refaire lorsqu'un nouveau membre rejoint le groupe», indique Ferdinand.

Et ils ont été nombreux à danser au sein d'Uucht-La Veillée. «Au total, nous comptons près de 280 anciens membres. Désormais, nous sommes une quinzaine de danseurs actifs», révèle le retraité. Mais les rangs ont bien failli être encore moins serrés. Depuis 2008, le groupe historiquement implanté sur la capitale, a joint ses forces à La Ronde de Bettembourg, un second groupe folklorique né en 1978. À noter qu'il en existe un troisième, installé à Mersch, La Vallée des sept châteaux, qui a momentanément rejoint les deux premiers, entre 2011 et 2018.

Sans cette union, Ferdinand et Tilly doutent qu'une survie du groupe folklorique eut été possible. Il y a pourtant eu un regain d'intérêt lié au demi-siècle du groupe, célébré en 2005. Pour l'occasion, le couple s'est affairé à confectionner un livre sur le folklore luxembourgeois, rassemblant des dessins réalisés par Tilly, des photos des costumes et des danses, des partitions de musiques folkloriques, mais également des articles d'archives. «Ce livre a nécessité deux ans de travail et il a été remis au Grand-Duc à l'occasion de l'Éimaischen», précise fièrement Ferdinand, qui a repris la danse pour l'occasion, après avoir arrêté pendant des années.

Un recrutement ardu

Mais contrairement aux premières heures d'Uucht-La Veillée, le recrutement de nouveau membres se révèle désormais plus compliqué. «C'est difficile de trouver des danseurs, en particulier des jeunes danseurs. Les membres ont, pour la plupart, plus de 50 ans, et doivent continuer à danser s'ils veulent que la tradition perdure», révèle Ferdinand, qui répète une à deux fois chaque semaine. 


La fête nationale de retour en mode majeur
Le programme des festivités du 23 juin revient sous sa forme d'avant la pandémie de covid-19, avec notamment le très attendu feu d'artifice tiré depuis le pont Adolphe le soir du 22 juin.

Il relève tout de même une exception. «Les expatriés sont particulièrement intéressés par le folklore, car lorsqu'ils voient les danses luxembourgeoises, ils pensent aux danses de chez eux et s'y intéressent.» Ainsi, deux jeunes enfants de 5 et 7 ans, et leur maman d'origine espagnole, sont venus grossir les rangs de la formation en apprenant la vingtaine de danses que compte le répertoire du groupe. «Il existait une trentaine de danses à l'origine, qui étaient pratiquées dans toute la Grande Région, mais on en a perdu en chemin», glisse Ferdinand.

Comme chaque année, Uucht-La Veillée participera à la Fête nationale. Une représentation est programmée ce mercredi 22 juin, à 19h sur la place d'Armes, en présence du Grand-Duc. Une soirée lors de laquelle le groupe prendra également part au cortège aux flambeaux pour danser devant la tribune Grand-Ducale. Une fierté pour Ferdinand et Tilly Steinborn, qui soulignent que «la Cour a toujours manifesté de l'intérêt pour le folklore».

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