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Espionnée pendant des années par les agents secrets, Danny témoigne
Luxembourg 3 min. 02.07.2013 Cet article est archivé

Espionnée pendant des années par les agents secrets, Danny témoigne

"Très active" au sein du Comité luxembourgeois pour la paix, au début des années 1980, Danny Gaasch se doutait bien qu'elle était espionnée: "Il nous arrivait même de faire une blague au téléphone en glissant: Au revoir Monsieur l'agent!"

Espionnée pendant des années par les agents secrets, Danny témoigne

"Très active" au sein du Comité luxembourgeois pour la paix, au début des années 1980, Danny Gaasch se doutait bien qu'elle était espionnée: "Il nous arrivait même de faire une blague au téléphone en glissant: Au revoir Monsieur l'agent!"
Photo: Marc Wilwert
Luxembourg 3 min. 02.07.2013 Cet article est archivé

Espionnée pendant des années par les agents secrets, Danny témoigne

Danny Gaasch, 62 ans, tient aujourd'hui entre ses mains son "dossier historique", preuve qu'elle a été espionnée pendant des années par les agents du SREL. Pas moins de 4.168 fichiers concernent des citoyens de nationalité luxembourgeoise. En tant que sympathisante des mouvements de gauche, elle s'en doutait. Mais qu'y-a-t-il dans son dossier?

"La première inscription dans mon dossier est datée du 20 juillet 1981. Il est écrit "...Danny est militante du MLF (Mouvement de libération des femmes, ndlr) et une des cofondatrice du Département des femmes à l'OGBL..." Je trouve ça scandaleux! Il y a des milliers de membres à l'OGBL: pourquoi cela intéresse le Service secret?"

Près de trente-deux ans ont passé et le scandale des dysfonctionnements au sein du SREL mis en lumière depuis fin 2012 par la Commission d'enquête parlementaire sur le Service de renseignement de l'Etat (SREL) a permis à Danny Gaasch d'accéder à son "dossier historique" et non son dossier personnel.

Il lui aura fallu quatre courriers et un peu plus de trois mois d'attente pour finalement obtenir "quatre pages photocopiées, d'une écriture presqu'illisible, avec des photos de moi et une première page où il s'agit uniquement de mon ex-mari. C'est scandaleux! D'autant que nous ne sommes plus ensemble". Elle l'en a aussitôt averti.

"Des fiches de ce que je faisais"

Au fil des lignes du dossier n°31/1291 , "Danny" -c'est ainsi que la décrivent les agents du SREL- découvre qu'elle "n'a eu que des extraits de son dossier. Il n'y a pas de phrases complètes. Mais les agents secrets ont systématiquement fait des fiches de ce que je faisais".

Entre 1981 et 1983, Danny était "très active" au sein du Comité luxembourgeois pour la paix, à l'initiative de nombreuses manifestations au Luxembourg. A l'époque, le comité militait "contre l'installation d'armes américaines sur le sol de l'Europe de l'Ouest. Nous exigions que l'OTAN n'installe pas de Pershing II, ni de missiles de croisière". 

Aujourd'hui, Danny est "sûre que le SREL collaborait avec les services secrets étrangers car ça concernait l'OTAN". A l'époque déjà, elle "avait l'impression d'être observée. Et même d'être sur écoute, alors qu'on ne faisait rien de défendu! Je me souviens que lorsqu'on se téléphonait, on avait cette impression. Il nous arrivait même de faire une blague en glissant: "Au revoir Monsieur l'agent!" dans le combiné".

"Le SREL décide si les documents sortent ou pas!"

Nulle part ne figure la raison de son espionnage systématique par le Service secret. Mais Danny le sait bien: "Parce que j'étais quelqu'un qui était dans les mouvements de gauche".

Elle estime à présent "avoir le droit d'accéder à son dossier complet". L'ennui, c'est que "c'est le SREL qui décide si les documents sortent ou pas! Alors que se sont ses agents qui ont fait des écoutes et des espionnages chez des personnes privées, sans en avoir le droit!"

En 2013, Danny "voudrait l'abolition du Service secret. Parce que  je crois en un monde meilleur. C'est pour cela que j'ai milité toute ma vie! Et un Service secret, tout comme une guerre, ne peuvent pas faire partie d'un monde meilleur comme je me l'imagine".

Maurice Fick


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