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Entre les lignes du changement de cap sanitaire

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Entre les lignes du changement de cap sanitaire

Entre les lignes du changement de cap sanitaire

Entre les lignes du changement de cap sanitaire


par Patrick JACQUEMOT/ 25.10.2020

Photo : Chris Karaba

Inquiétudes pour les seniors, fragilité des effectifs hospitaliers et présence massive du virus dans les eaux usées: voilà certains des indicateurs qui ont poussé le gouvernement à changer son fusil d'épaule dans la traque au covid.

Le Luxembourg aborde l'automne quelque peu sonné. Groggy par les annonces subites de vendredi. Etourdi surtout de voir les records de contamination tomber jour après jour (862 nouveaux cas samedi). Après avoir surpris son monde en décidant  à deux reprises de ne pas réagir à la poussée du nombre de cas de covid au pays, le gouvernement aurait encore pu signifier que la patience pouvait s'avérer le remède. Il n'en a rien été. En cette fin octobre, le Grand-Duché entame donc un épisode comme il n'en a pas vécu depuis le début de la crise. Avec couvre-feu de 23h à 6h, pas plus de quatre invités à domicile ou en réunion, invitation à limiter au maximum les interactions, arrêt des rencontres sportives amateur et, surtout, la peur au ventre...

Oui, Xavier Bettel a raison de le rappeler «nous évitons le reconfinement qui était une autre alternative». Mais le Premier ministre sait combien la mesure pourrait faire basculer le pays dans une situation plus délicate encore. Économiquement d'abord, mais psychologiquement aussi

Vendredi, comme elle avait justifié ce qui avait pu apparaître comme de l'attentisme ces derniers jours, la ministre de la Santé a détaillé les raisons motivant le choix d'un nouveau cap sanitaire. Un choix annoncé à la veille du weekend, à quelques jours des congés de Toussaint, à quelques semaines de fêtes de Noël dont on sent déjà qu'elles ne tiennent plus qu'à un fil. Voici les raisons qui ont poussé à des décisions plus fermes.

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Les seniors en première ligne
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Incontestablement, le virus (re)fait des dégâts. 144 victimes au dernier bilan. Une mortalité qui frappe particulièrement les personnes âgées. «Ces derniers jours, le nombre de plus de 65 ans avec test positif a triplé», a informé  Paulette Lenert. Situation préoccupante car, après l'infection pour cette catégorie d'âge, les complications sur la santé ne tardent pas avec un risque de décès bien plus élevé que parmi le reste de la population.

Ainsi, mi-octobre, sur les 133 Luxembourgeois décédés du covid, plus de la moitié étaient des retraités. Longtemps d'ailleurs, au début de la crise, la direction de la Santé estimait l'âge moyen des cas fatals autour des 80 ans.

«Ces derniers jours, la proportion de seniors dans les nouveaux cas positifs a terriblement augmenté. Et cela alors que cet indicateur, jusque-là, était plutôt stable et donc réconfortant», note Paulette Lenert. Et le nombre d'admissions de pensionnés atteints par l'infection pulmonaire a immédiatement suivi, remettant la pression sur les services hospitaliers.

Aussi déjà, le gouvernement invite les aînés mais aussi leurs proches à limiter les contacts. Cela se traduira-t-il dans les semaines à venir par des restrictions de visite dans les homes ou maisons de soins hébergeant des personnes âgées? «Nous allons y réfléchir ce weekend avec la ministre Corinne Cahen car ce sont des sites sensibles. Mais je ne voudrais pas revivre la même situation qu'en juin dernier.» L'éloignement d'avec leur famille commençant à peser lourd sur les résidents de nombreux établissements.

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Les eaux usées ne mentent pas
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Depuis avril, les chercheurs du LIST traquent le coronavirus dans les eaux sales du pays. Quotidiennement, des mesures sont ainsi faites dans les bassins de l'ensemble des stations d'épuration du pays. Ces derniers jours, alors que les chiffres de contamination s'emballaient comme jamais, la concentration en covid-19 dans les liquides rejetés par les ménages explosait plus encore. Au point de devenir «préoccupant», selon la ministre de la Santé.

Les analyses démontrent, en effet, que le virus serait plus largement propagé que ne le laissent supposer les résultats des testings. Autrement dit : si le dépistage a déjà permis de cibler 15.131 sujets positifs, l'infection serait bien plus vaste encore et sur l'ensemble du territoire. De la nécessité donc de limiter les contacts entre individus pour éviter que la circulation du covid ne s'accélère jusqu'à en devenir incontrôlable. Le pire scénario.

D'où l'insistance, vendredi, de Xavier Bettel à l'intention de ses concitoyens : «Aucun endroit, aucune personne n'est plus contaminé qu'un autre. Tout le monde est touché».

Lok , Coronavirus , Sars-CoV-2 , Covid-19, Xavier Bettel und Paulette Lenert besuchen Hopital Kirchberg , Hopitaux Robert Schuman , Wartesaal Urgence , Distanz , Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort
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SOS Hôpitaux
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Lok , Coronavirus , Sars-CoV-2 , Covid-19, Xavier Bettel und Paulette Lenert besuchen Hopital Kirchberg , Hopitaux Robert Schuman , Wartesaal Urgence , Distanz , Foto:Guy Jallay/Luxemburger Wort

En attendant l'accalmie, en attendant l'hypothétique vaccin, il faut qu'ils tiennent le choc. Ils, ce sont les quatre centres hospitaliers. Et alors que Paulette reconnaît que «l'on doit s'attendre à plus d'infections encore», les services commencent à donner des signes de fragilité. Au CHL à Luxembourg, sur le site Robert-Schuman du Kirchberg et maintenant au CHEM : chaque établissement a déclaré tel ou tel service comme devenu cluster, foyer d'infection. De quoi peser sur la santé des patients accueillis autant que sur celle des personnels en place. Et déjà les infirmiers malades ou contact doivent se retirer, et les effectifs de soignants se tendent dangereusement.

Certes, ces derniers temps, les hôpitaux ont recruté. Près de 70 nouveaux agents, assure la ministre. Mais cela peut s'avérer insuffisant si la pandémie progressait toujours au rythme pris depuis quelques jours, et que le nombre d'admissions en soins intensifs ou soins normaux de malades covid croissait à même allure. 

Déjà, la phase 3 du plan d'urgence sanitaire trotte dans les esprits. Pas d'annonce officielle, mais sur le terrain chacun des centres hospitaliers prend les devants. Séparant les flux d'arrivées (covid d'un côté, reste de l'autre), limitant les visites, déprogrammant certaines opérations, recherchant quelles chambres récupérer pour les futurs entrants souffrant d'infection respiratoire, montant des équipements d'accueil en extérieur... Un schéma qui a déjà montré son efficacité au printemps.


A researcher from the University of Liege analyses virological saliva samples for Covid-19 detection at the University of Liege, on October 14, 2020. - These tests, developed by the students of Liege university, have been used sucessfully by the University hospital. The purpose of this test, for which the patient collects their own sample, aims at decongesting testing centres. (Photo by Kenzo TRIBOUILLARD / AFP)
Le covid à l'origine de 74 cas de maladies professionnelles
Et logiquement, ce sont les personnels de santé qui payent le plus lourd tribut à l'infection virale au covid-19 dans l'exercice de leur activité.

Mais les mois ont passé, la situation a changé. Les personnels soignants sont fatigués par sept mois d'alerte; la réserve sanitaire n'est plus aussi consistante (on avait pu compter sur les étudiants en médecine en congés, ce n'est plus le cas). Moins d'infirmiers ou de docteurs d'un côté, plus de malades qui arrivent de l'autre : «C'est mathématique, tranche Xavier Bettel. Quelque part, il va y avoir un problème si l'on n'agit pas».

Sans compter que le pic des contaminations a eu pour conséquence d'engorger la cellule chargée de tracer les cas contacts. Plus assez de moyens humains pour mettre en garde et conseiller toutes les personnes entrées en relation avec des individus testés positifs. D'où l'appel, en cas de symptômes ou doutes, à s'auto-isoler sans même attendre le coup de fil des autorités.

Illustration, Test Covid-Station Park&Ride, Bouillon Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
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Tester, tester, tester
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Illustration, Test Covid-Station Park&Ride, Bouillon Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort

Depuis février, le Luxembourg a déjà pratiqué de l'ordre d'un million de tests PCR. Les semaines passées, le rythme s'est accéléré avec près de 40.000 dépistages hebdomadaires pratiqués. De quoi donner un bon indicateur aux autorités de l'état de santé des résidents comme des frontaliers. Et Paulette Lenert insiste pour que «chacun réponde bien à l'invitation envoyée pour bénéficier du test». Si le bilan de cet examen a donné quelques frayeurs ces dernières heures, il reste l'indicateur le plus scruté (et notamment le taux de positivité au test). 

Certes les stations de dépistage Large scale testing paraissent chargées, mais le dispositif est maintenu. Il sera peut-être même renforcé d'ici peu par la mise en service d'un drive-in à Junglinster. De quoi recevoir plus de public encore, soit invité par la direction de la Santé, soit sur ordonnance d'un médecin.

Déjà, l'ouverture de l'ancienne Bibliothèque nationale du Kirchberg comme centre de consultation a montré que la population était en attente de lieux où se faire tester par écouvillon. Alors, même si les laboratoires d'analyse sont soumis à rude épreuve au vu du nombre de tests à analyser, le gouvernement ne change pas de stratégie sur ce plan: test, test, test. Et d' observer ensuite les chiffres qui montent, qui montent... et qui finiront bien par redescendre. 

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