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«Encore une vingtaine d'arrivées de réfugiés chaque jour»
Luxembourg 8 min. 26.04.2022
Croix-Rouge luxembourgeoise

«Encore une vingtaine d'arrivées de réfugiés chaque jour»

Une structure de primo-accueil pour les réfugiés est disponible sur un parking de la rue Tony Rollman au Kirchberg depuis quelques jours.
Croix-Rouge luxembourgeoise

«Encore une vingtaine d'arrivées de réfugiés chaque jour»

Une structure de primo-accueil pour les réfugiés est disponible sur un parking de la rue Tony Rollman au Kirchberg depuis quelques jours.
Photo: Gerry Huberty
Luxembourg 8 min. 26.04.2022
Croix-Rouge luxembourgeoise

«Encore une vingtaine d'arrivées de réfugiés chaque jour»

Simon MARTIN
Simon MARTIN
La Croix-Rouge continue d'être sur le pied de guerre dans le cadre de la crise ukrainienne, tant au Grand-Duché que dans le Donbass, véritable épicentre de l'offensive. Le point sur la situation au niveau national

«La crise ukrainienne que nous traversons actuellement, ce n'est pas un sprint, c'est un véritable marathon», lance Nadine Conrardy, directrice du Département Aide et Santé sociales de la Croix-Rouge luxembourgeoise. Pour cette dernière, nous sommes encore loin, très loin d'en avoir fini avec la crise ukrainienne. La directrice a fait le point sur l'aide humanitaire fournie par la Croix-Rouge luxembourgeoise au niveau national.

Nadine Conrardy, selon les derniers rapports délivrés par le ministère de l'Immigration, plus de 1.600 personnes ayant fui l'Ukraine se sont déjà présentées depuis le début de la guerre à l'Office national de l'accueil (ONA). Du point de vue de la Croix-Rouge luxembourgeoise, a-t-on constaté une évolution de ces chiffres?

«Je ne peux pas tout à fait répondre avec précision parce que l'ONA ne nous envoie pas régulièrement des statistiques à ce sujet. Toutefois, au regard de ce qui se passe dans les centres où nous sommes présents, on constate qu'il y a moins de gens qui sont arrivés ces derniers jours. Avant, une centaine de personnes arrivaient chaque jour. Aujourd'hui, on est plus dans l'ordre d'une vingtaine de personnes. Et puis, il y a des réfugiés qui sont juste de passage et qui ne vont pas forcément rester. 

Est-ce que parmi ces réfugiés, il y en a qui ont déjà fait le choix de retourner en Ukraine?

«A mon avis, oui, mais je n'ai pas non plus d'informations précises à ce sujet. Cela dit, on voit qu'il y a des gens qui étaient dans nos structures et qui sont déjà repartis en Ukraine. Il y en a d'autres qui nous disent également qu'ils vont se rendre en Espagne ou encore au Portugal car ils ont des proches qui habitent là-bas.

On voit qu'il y a des gens qui étaient dans nos structures et qui sont déjà repartis en Ukraine

Nadine Conrardy, directrice du département Action et Santé sociales

Comment cela se présente actuellement sur le terrain? Devez-vous faire face à certaines difficultés? 

«Il y a eu dans un premier temps la difficulté du manque de structures. L'État a dû ouvrir très, très rapidement beaucoup de structures provisoires. Les réfugiés ont parfois dû déménager à plusieurs reprises. C'est un peu normal dans un contexte d'urgence, mais idéalement, on essaye de stabiliser la situation au maximum. Il fallait mettre en place rapidement une  prise en charge psychologique. On a mis quelque chose en place via nos psychologues internes qui, généralement, s'occupent davantage des enfants et des familles. 

Parmi les autres difficultés, on se rappelle également que le centre d'hébergement de Contern, qui devait accueillir pas moins de 1.000 réfugiés, n'a finalement pas pu être exploité dans l'immédiat pour des raisons de sécurité. Aujourd'hui, le nombre de structures existantes est-il suffisant ? 

«Ce n'est en tout cas plus la même urgence qu'il y a quelques semaines. Il faut désormais s'atteler à voir quelles sont les structures existantes qui pourront durer et celles qui ne sont que provisoires comme ces logements sous tentes. Je pense que nous ne sommes pas encore tout à fait arrivés au bout du chemin, mais on se rapproche déjà vers plus de stabilité qu'il y a quelques semaines. 

Comment se traduit l'aide sur le terrain au Luxembourg en termes d'effectifs?

«On a engagé plus que 20 personnes juste pour la crise ukrainienne et nous sommes encore en train de recruter. Au début, on a pris les anciennes équipes afin de disposer de personnes expérimentées. On a ensuite complété ces équipes avec d'autres personnes comme par exemple celles qui étaient chez nous en CDD, dont on a prolongé leur contrat. A l'heure actuelle, on est toujours en train de renforcer nos équipes. Rien que ce vendredi matin, on a accueilli sept nouveaux collaborateurs au service «Réfugiés». On espère en tout cas avoir des perspectives concernant le devenir des structures. Ces réfugiés ont pu obtenir pour bon nombre d'entre eux un statut de protection temporaire pour un an, jusqu'au 4 mars prochain donc. Il s'agit donc de pouvoir s'équiper suffisamment en termes d'équipes mais également de structures. 

Et les réfugiés, comment vivent-ils aujourd'hui la situation? 

«Comme expliqué précédemment, nous avons une équipe psychologique qui réalise des permanences à raison de trois fois par semaine. D'un autre côté, il faut également continuer à gérer les autres demandeurs de protection internationale. Nos équipes sont particulièrement sensibilisées dans le cadre du dépistage des vulnérabilités des personnes victimes d'un traumatisme. Dans le cadre d'une situation psychologiquement difficile, on fait notre possible pour que la personne puisse penser à autre chose. 

On a souvent tendance à oublier les adolescents réfugiés alors qu'ils sont dans une phase de leur vie particulièrement difficile.

Nadine Conrardy, directrice du département Action et Santé sociales

C'est là que nous pouvons compter sur plusieurs partenaires comme la Ville de  Luxembourg qui nous aide à mettre en place des ateliers pour les enfants et leur maman par exemple. C'est important car il reste des enfants ukrainiens qui ne sont pas encore scolarisés. Enfin, on a souvent tendance à oublier les adolescents réfugiés alors qu'ils sont dans une phase de leur vie particulièrement difficile. Ils ont dû quitter leur père qui est resté au pays pour la plupart d'entre eux. Ils sont parfois logés dans une tente, sans intimité. Ils ont perdu leurs repères, leurs amis. Il est donc très important pour nous d'apporter une attention toute particulière aux ados. 

La Croix-Rouge fait le lien entre les nombreuses familles d'accueil qui accueillent des réfugiés. Dernièrement, des familles se sont plaintes du fait qu'elles n'étaient pas soutenues financièrement par rapport à cette prise en charge. Savez-vous si des discussions ont été initiées dans ce sens? 

«Pour les familles d'accueil, il faut différencier celles qui l'ont fait sur une initiative privée et celles qui l'ont fait via le programme que nous avons mis en place avec le ministère et l'ONA. Dans le cadre de ce programme, les réfugiés peuvent être accueillis dans une famille d'accueil une fois le statut de protection temporaire obtenu. Si on veut aller dans des familles d'accueil, il faut avoir le statut de protection temporaire. Une fois ce statut accordé, chaque réfugié bénéficie d'une aide de l'ordre de 200€ par personne et par mois pour l'achat de nourriture. Il y a également une autre petite somme, avoisinant les 27€ par adulte, qui sert d'«argent de poche». Encore une fois, cette somme n'est versée que s'ils bénéficient du statut de protection temporaire. On nous a effectivement rapporté plusieurs cas de familles ayant accueilli des réfugiés à titre privé qui se considèrent un peu lésées. Certains sont donc logés, nourris, mais ils ont zéro euro dans leur poche. Il y a des gens qui sont dans cette situation depuis deux mois. Nous tentons toutefois de les dépanner autant que faire se peut. 

Est-ce que parmi les réfugiés, beaucoup ont manifesté le souhait de retourner au plus vite en Ukraine? 

«Il y a beaucoup de gens qui pensent pouvoir retourner rapidement. Il faut cependant vraiment voir comment la situation va évoluer en Ukraine, si c'est réaliste ou non. D'autres veulent commencer à travailler tout de suite, de manière temporaire toutefois.

Au Luxembourg, d'une manière concrète, comment la population peut-elle encore aider?

«Nous sommes surtout à la recherche de dons financiers pour le moment. C'est ce qui nous donne le plus de flexibilité pour les utiliser là où on en a besoin car la situation peut évoluer très rapidement. Par exemple, il y a deux mois, je vous aurais dit que nous avions besoin de davantage de structures. Il y a un mois, je vous aurais dit qu'on manquait de personnel. Je vous aurais dit on a besoin de plus de personnel pour nous aider ou des bénévoles. Bref, grâce aux dons financiers, on peut vraiment s'adapter aux besoins concrets et actuels. Quoi qu'il en soit, il faut vraiment souligner l'énorme générosité des Luxembourgeois durant la crise.

La crise ukrainienne n'est pas pire que la crise syrienne, elle est différente

Nadine Conrardy, directrice du département Action et Santé sociales

La crise ukrainienne est-elle, selon vous, pire que la crise syrienne d'il y a quelques années?

«Je dirais qu'elle est différente. Au niveau du nombre d'arrivées, il y a effectivement plus de personnes qui sont arrivées dans les six premières semaines que durant toute l'année 2016, durant la crise syrienne. Cependant, on a appris beaucoup de ce qu'il s'était passé il y a quelques années. Nous sommes aujourd'hui bien mieux préparés qu'à l'époque mais il est clair que nous n'étions pas prêts à une situation de cette envergure. Au niveau de la solidarité, je dirais que la situation est similaire, à la seule différence que dans le cadre de la crise ukrainienne, la population a été bien plus nombreuse à proposer des logements privés.»


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