En mémoire de Daniel Marinelli
En mémoire de Daniel Marinelli
(A.F.) - Il est aux alentours de 14h30 et une poignée d'hommes sont assis sur le muret du parking, là où Daniel Marinelli avait établi son squat, son petit campement, bref, ses affaires… Ils sont tchèque, polonais, allemand d'origine russe. Dans un anglais très approximatif, Marek explique qu'il a de la peine, que c'était un homme bien. « No comment (pas de commentaire) », dit-il enfin. Il explique que dans son pays, quand quelqu'un meurt, on boit et on mange et qu'il suit juste la tradition. Pour l'heure, Marek et ses amis achèvent ensemble une bouteille de vodka.
Une voiture s'arrête à notre hauteur, la conductrice ouvre sa fenêtre. « Excusez-moi ! J'ai lu dans la presse qu'un monsieur, un SDF était mort. J'en voyais souvent un par ici, mes enfants l'aimaient bien. Il était toujours gentil avec eux. Je ne connais pas son nom. » Yvette apprend la mort du pauvre homme. « Mes enfants vont être tristes », dit-elle simplement avant de redémarrer quelques instants plus tard. Un peu plus loin, sous l'abri-bus en direction de l'église de Bonnevoie, d'autres sans-abri, plus âgés et luxembourgeois, s'abritent de la pluie.
L'un d'eux titube et a du mal à parler distinctement. Il pleure par intermittence, dès qu'on évoque son ami Daniel. Arrive George Edward Nixon, une personnalité à part dans ce monde qui nous semble si étranger. « Mich, ça suffit maintenant, arrête, allez, c'est bon ! » George est canadien, sans abri depuis de nombreuses années, bénévole à la Stëmm vun der Stross et figurant occasionnel dans des films tournés au Luxembourg.
« C'est Mich, il est luxembourgeois. Il pleure parce qu'il a peur de mourir de la même façon », lâche George. « L'hommage à Daniel ? Oui, on a fait ça toute la journée. Il ne voulait pas aller à la Wanteraktioun parce qu'il ne supportait pas d'aller là-bas. Il y a 70 lits, il ne supportait pas les gens là-bas, leur langage parce qu'il y a beaucoup d'étrangers et qu'il ne comprenait rien, il était français. Il ne supportait ni leur odeur, ni leur attitude, leurs crachats ou leur violence. »
Il boit une gorgée de bière et poursuit. « Daniel avait à manger tous les jours, il avait du thé ou du café chaud, les gens l'aimaient bien et il était sympa, et jamais, jamais agressif. Je le voyais deux ou trois fois par semaine. On parlait de tout et de rien. Ou pas du tout. Je m'asseyais juste à côté de lui avec un bouquin. Avant il allait deux fois par semaine au foyer Ulysse prendre une douche et changer de vêtements. Mais là il ne se changeait même plus. Il n'était pas déprimé, c'était comme ça, c'est tout. C'était Daniel. Bon voilà, il est mort. Vous en parlez maintenant, mais oui, il y a aussi des gens qui meurent dans la rue au Luxembourg. Et ailleurs. Dès que la température descend à 3°C et qu'il pleut, on peut mourir de froid. »
Les amis apportent des roses à l'emplacement où Daniel a été retrouvé inanimé. Là où d'autres ont déjà déposé quelques bougies et bouquets.
