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En cas de catastrophe, «l'information est une aide à part entière»
Les bénévoles de la plateforme emergency.lu ont monté leurs tentes et installé leur matériel sur la place d'Armes.

En cas de catastrophe, «l'information est une aide à part entière»

Photo: Jean Vayssières
Les bénévoles de la plateforme emergency.lu ont monté leurs tentes et installé leur matériel sur la place d'Armes.
Luxembourg 5 min. 17.05.2018

En cas de catastrophe, «l'information est une aide à part entière»

Le projet emergency.lu a pour objectif de venir en aide aux populations sinistrées lors de catastrophes naturelles en rétablissant les télécommunications. La plateforme a déployé son matériel jeudi sur la place d'Armes, afin de se faire connaître des citoyens du Luxembourg.

Par Jean Vayssières

Sur la place d'Armes de Luxembourg-Ville, ce jeudi 17 mai, des tentes rouges attirent l'œil des badauds. En leur sein est exhibé le matériel utilisé par la plateforme emergency.lu afin d'assister les populations sinistrées à travers le monde lors, notamment, de catastrophes naturelles. 

La plateforme s'inscrit au sein d'un projet plus grand: l'Emergency Telecommunications Cluster (ETC), un réseau d'organisations dont le but est de rétablir les télécommunications lors des situations de crise.

Un ballon pour rétablir les communications en moins d'une heure

Brice Tavernier, pompier volontaire depuis 25 ans, travaille pour la plateforme emergency.lu. Bénévole, il donne de son temps et de son énergie en se rendant partout dans le monde afin d'aider à la mise en place de dispositifs de télécommunication. 

«J'ai entendu parler du projet en octobre 2011, lorsqu'il n'était pas encore concret. Je me suis porté volontaire dès sa création en janvier 2012. J'aime le contact humain ; pour moi, l'essentiel, c'est d'aider les gens.»

Les champs d'application de cette cellule humanitaire luxembourgeoise sont larges et vont au-delà des cas de crise ou de catastrophes naturelles. «On peut parfois nous appeler pour nous demander d'assurer les télécommunications au sein d'un camp de réfugiés qui vient de se former, par exemple». 

Sur les pavés ensoleillés de la place, un immense ballon trône à côté d'une flopée de caisses noires. «On appelle ça un wrap-it kit», précise Quentin Baudouin, lui aussi volontaire bénévole pour emergency.lu. Installé lors des premiers jours des humanitaires sur place ou encore lors de courtes missions, il permet une fois déployé d'établir une communication satellite, afin de relier la zone à internet et de permettre les communications vocales. 

Le ballon du «wrap-it kit» permet d'établir une communication satellite dès les premières heures de présence des groupes humanitaires.
Le ballon du «wrap-it kit» permet d'établir une communication satellite dès les premières heures de présence des groupes humanitaires.
Photo: Jean Vayssières

Son intérêt principal réside en sa mise en place extrêmement rapide, puisque «dans le meilleur des cas, avec de bonnes conditions, il peut être opérationnel en trente minutes», selon Quentin Baudouin. «Le kit se range facilement dans sept petites boîtes, facilement transportables en avion. Il permet d'intervenir très rapidement et d'établir une première communication», précise-t-il. 

«Si l'on pense rester quelques jours, on déploie le ballon. Mais si la mission s'étale sur plusieurs mois, voire plusieurs années, alors on utilise une antenne fixe» explique Omar Namaoui, du World Food Programme (WFP). Cette dernière, plus pérenne que le ballon, nécessite également moins de maintenance, mais demande une plus longue période d'installation. 

L'antenne fixe est installée lors de longues missions. Elle nécessite moins de maintenance que le ballon, mais également une plus longue période d'installation.
L'antenne fixe est installée lors de longues missions. Elle nécessite moins de maintenance que le ballon, mais également une plus longue période d'installation.
Photo: Jean Vayssières

Au milieu des tentes rouges, une télévision diffuse un message en anglais qui questionne les passants. «Une catastrophe survient chez vous. Quel est votre premier réflexe ? Contacter vos proches et vous assurer qu'ils vont bien». Car le rétablissement des télécommunications au sein des zones sinistrées, s'il est essentiel pour les bénévoles des organisations humanitaires, est également vital pour les populations. 

«Le but principal de la mise en place d'une liaison satellite, c'est d'organiser la coordination des groupes humanitaires, afin qu'ils puissent mener leur mission à bien», explique Quentin Baudouin. «Il s'agit également de permettre aux gens de savoir ce qu'il se passe, de communiquer avec leurs proches et de demander des informations, comme la localisation de médicaments, d'eau potable ou d'aide médicale», poursuit Omar Namaoui. «L'information est une aide à part entière». 

«Si on n'a pas le choix, on siphonne les voitures»

Mais qui dit équipement électronique dit électricité, denrée qui peut rapidement se révéler très rare au sein d'une zone sinistrée. Afin de produire leur propre énergie électrique, les volontaires d'emergency.lu emportent avec eux des groupes électrogènes. Malheureusement, ces derniers voyagent dans des lignes aériennes publiques, et sont donc soumis aux mêmes restrictions que chacun en ce qui concerne les matières jugées dangereuses. 

«On arrive sur place avec nos générateurs, mais on ne peut emporter ni essence, ni huile», narre Brice Tavernier. «La plupart du temps, les autorités locales nous fournissent ce dont on a besoin. Mais si on n'a pas le choix, on siphonne les voitures». 

La plateforme compte cinq sites différents, disséminés à travers le monde à proximité des zones à risque ; le plus important se situe à Dubaï. Cette disposition permet une intervention rapide dans le monde entier, à tout moment. Par le passé, ses dispositifs ont été déployés au Népal, au Yémen, en Afrique de l'ouest lors de l'explosion du virus Ebola, ou encore au Bangladesh.

«On peut faire beaucoup tout en étant un petit pays»

Cependant, en dépit d'une organisation mondiale, la plateforme emergency.lu ne peut intervenir à tous les endroits du globe. Certaines zones de guerre, comme la Syrie ou l'Irak, lui sont inaccessibles, faute d'autorisation. «Dans ces cas-là, ce sont nos partenaires de l'ETC qui installent notre équipement à notre place», détaille Brice Tavernier. 

C'est lors du terrifiant séisme de Haïti, qui a fait plusieurs centaines de milliers de morts en 2010, que le gouvernement luxembourgeois a décidé de mettre en place une cellule humanitaire. «On a alors essayé de trouver des partenaires publics et privés», raconte Romain Schneider, ministre de la Coopération et de l'Action Humanitaire. 

Le ministre de la Coopération et de l'Action Humanitaire, Romain Schneider, s'est rendu place d'Armes pour visiter les bénévoles de la plateforme emergency.lu.
Le ministre de la Coopération et de l'Action Humanitaire, Romain Schneider, s'est rendu place d'Armes pour visiter les bénévoles de la plateforme emergency.lu.
Photo: Jean Vayssières

«Notre objectif était de trouver comment intervenir avec nos propres moyens, et le Luxembourg a une grande expertise dans le domaine satellitaire. Cela montre également à nos citoyens, qui sont très sensibles aux sujets humanitaires, que l'on peut faire beaucoup tout en étant un petit pays». 

La plateforme emergency.lu a ainsi vu le jour en 2012, partenariat entre le gouvernement luxembourgeois et trois sociétés privées luxembourgeoises: le Luxembourg Air Rescue (LAR), SES Techcom et Hitec Luxembourg. 

Les financements du projet proviennent donc de ces quatre partenaires ; le gouvernement, pour sa part, verse à la plateforme 4 millions d'euros par an, selon le ministre Romain Schneider. 

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