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«Embrassez vos bébés sur les pieds plutôt que sur le visage!»
Luxembourg 6 min. 18.11.2022
Santé

«Embrassez vos bébés sur les pieds plutôt que sur le visage!»

Le RSV est une des principales causes de mortalité des tout-petits dans le monde, même si aucun décès n’a été à déplorer au Luxembourg depuis des années d'après le Dr de la Fuente (à droite).
Santé

«Embrassez vos bébés sur les pieds plutôt que sur le visage!»

Le RSV est une des principales causes de mortalité des tout-petits dans le monde, même si aucun décès n’a été à déplorer au Luxembourg depuis des années d'après le Dr de la Fuente (à droite).
Photo: Chris Karaba
Luxembourg 6 min. 18.11.2022
Santé

«Embrassez vos bébés sur les pieds plutôt que sur le visage!»

Megane KAMBALA
Megane KAMBALA
Au vu de la récente hausse des cas de bronchiolites observée depuis quelques jours, la société luxembourgeoise de pédiatrie a tenu à s’exprimer sur le sujet, pour tenter d'endiguer l’épidémie le plus rapidement possible.

Fin octobre, début novembre, la multiplication précoce des bronchiolites n'avait cependant rien d'alarmant. Ce vendredi pourtant, les mines sont graves et l'heure est aux rappels et à la prévention face à la bronchiolite, qui à bien des égards présente «des similitudes avec le covid-19». Et c'est un effort collectif similaire à celui fourni lors de la pandémie qui pourrait permettre de stopper l'épidémie qui sévit au Grand-Duché.


«Environ 200 enfants sont hospitalisés chaque année»
Si les voyants du Grand-Duché ne sont pas au rouge en matière d’épidémie de bronchiolite, l’apparition des premiers cas n’en est pas moins précoce. Point de situation avec le docteur Isabel de la Fuente de la Kannerklinik.

Pour rappel, il s’agit d’une infection virale des voies respiratoires inférieures causée par l’inflammation des bronchioles (les voies respiratoires plus fines dans les poumons) ayant pour conséquence des difficultés respiratoires. Le virus RSV (virus respiratoire syncitial) est l’agent infectieux principal responsable des bronchiolites chez les nourrissons, conduisant à l’hospitalisation d’environ 3% des enfants infectés.

Nous vous l’avions annoncé mardi, une cellule de crise a été mise en place en raison d’une envolée des cas. Elle repose donc sur la synergie formée par la Kannerklinik, les hôpitaux Robert Schuman et le CHEM. La docteure Isabel De la Fuente explique «que cela a permis une augmentation de la capacité d’accueil des petits malades», soulignant d’ailleurs que cela a été possible «grâce à la coopération de l’hôpital avec le ministère de la Santé».

Le Luxembourg connait ce pic avec un certain décalage, tout comme la Belgique qui entre de son côté dans l’épidémie.

Dr Isabel de la Fuente

Malgré cela, le personnel pédiatrique travaille «sous une tension extrême pour garantir la bonne prise en charge de tous les enfants». Il a d’ailleurs fallu déprogrammer bon nombre d’interventions jugées moins urgentes. Et pour cause, la crise est telle qu’il y a deux jours, «deux enfants en soins intensifs ont dû être transféré à l’étranger». De cette situation exceptionnelle, le plus urgent reste l’impérieuse nécessité de protéger les plus petits de l’infection. Pour ce faire, le personnel soignant appelle les parents «à éviter de solliciter l’hôpital pour des soins qui ne nécessitent pas de prise en charge hospitalière».

La fin du pic impossible à prévoir

Actuellement, 58 enfants dont 8 en soins intensifs sont hospitalisés à la Kannerklinik. Parmi eux, 37 le sont pour cause de bronchiolites. Des chambres supplémentaires avaient déjà préalablement été créées, «précisément en vue de ces épidémies qui sont un challenge». Un investissement bien utile au vu de la situation par rapport à ce pic «qui non seulement est en avance et surtout qui est plus élevé qu’habituellement». 

Il n’est en revanche pas possible de dire quand le pic sera passé, mais les pédiatres observent les pays voisins, dont la France qui commence à arriver à une certaine stabilité, avec une légère amélioration constatée. «Le Luxembourg connait ce pic avec un certain décalage, tout comme la Belgique qui entre de son côté dans l’épidémie.»

Ce qu’on peut toutefois prendre pour acquis, c’est que par rapport au covid dont on ne comprend pas encore tous les aspects, «les épidémies sont fréquentes avec le RSV. Cela peut donc durer plusieurs semaines ou quelques mois mais l’activité devrait diminuer dans les semaines à venir ou dans deux ou trois mois.»

«C'est un virus que l'on connait très bien»  

D'ailleurs, le Dr Serge Allard, président de la société luxembourgeoise de pédiatrie, ajoute que «classiquement, il y a un pic plus fort tous les quatre ans», même s’il le concède, «nous ne sommes plus dans le classique depuis quelque temps!». Initialement le Dr de la Fuente précise qu'«un virus comme le RSV est moins bien surveillé que ne l’est le covid», et que la crise actuelle est l’occasion «de mettre en place des systèmes de surveillance pour avoir une meilleure vision globale».

Le tableau semble plus sévère puisqu’énormément d’enfants sont sous assistance respiratoire.

Dr Isabel de la Fuente

Toutefois elle se veut rassurante, «jusqu’ici le virus se comporte comme d’habitude», même si elle reconnait que «le tableau semble plus sévère puisqu’énormément d’enfants sont sous assistance respiratoire», ce qui laisse finalement penser que cette épidémie est plus sévère et contagieuse. Seul réconfort, «c’est un virus que l’on connait très bien et que nous avons l’habitude de traiter».

Quant à la durée de traitement et d’hospitalisation, «elle est très variable d’un enfant à un autre». «Il y a des enfants qui sont là sous surveillance monitorée», car les bébés de quatre à huit semaines sévèrement touchés «peuvent décompenser très rapidement». La surveillance «ne dure parfois que 48h mais d’autres passent par les soins intensifs ou nécessitent du soutien respiratoire». Il y a donc déjà eu des séjours de longue durée pendant cette épidémie, «allant parfois jusqu’à 3 semaines d’hospitalisation, même si pour la plupart, ce ne sera que quelques jours».

Pas d’augmentation permanente des lits en vue

Enfin, si l'augmentation temporaire des lits interroge sur la capacité d'accueil actuelle, le Dr Julien Darmian, représentant le ministère de la Santé, informe que «la capacité des lits est déterminée par la loi». Aussi, tout changement à venir «doit être discuté» en conséquence. 

«A cela s'ajoute aussi le problème des ressources humaines, qui doivent suivre. Pour l’instant la stratégie est d’être flexible et de mobiliser du personnel supplémentaire en cas de crise». Pour lui, ce n’est pas un problème structurel, «mais un problème lié à une épidémie qui doit être absorbée». Sans compter que la question du personnel, «c’est le problème général de la santé. En pédiatrie, cela requiert des formations particulières pour le personnel soignant, et il faut aussi des pédiatres».

L'occasion pour le Dr Serge Allard de souligner que le manque de médecins «se remarque cruellement pendant cette épidémie». «La population nationale s’agrandit continuellement. Rien que pour la Ville de Luxembourg, c’est 3.000 têtes de plus chaque année. Ce sont des jeunes avec enfants et il n’y a pas plus de médecins qui arrivent… Au contraire, ce sont de vieux médecins qui partent en retraite...»

Une situation inquiétante que confirme le Dr de la Fuente, informant qu'«au départ, il n’y avait pas assez de soignants pour faire face à cette crise d’envergure... Mais nous avons pu compter sur une énorme mobilisation de la réserve sanitaire qui a permis d’augmenter la capacité d’accueil».

Une crise qui se juxtapose donc à d'autres plus latentes...

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