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Ecpat Luxembourg: Lutter contre la prostitution enfantine au Népal
Prévention dans une école de la vallée de Katmandou au Népal.

Ecpat Luxembourg: Lutter contre la prostitution enfantine au Népal

Photo: Ecpat Népal
Prévention dans une école de la vallée de Katmandou au Népal.
Luxembourg 5 min. 04.08.2017

Ecpat Luxembourg: Lutter contre la prostitution enfantine au Népal

Anne FOURNEY
Anne FOURNEY
L'ONG Ecpat Luxembourg lance trois nouveaux projets au Népal pour lutter contre l'exploitation sexuelle des enfants. Depuis le tremblement de terre de 2015, ce fléau s'est étendu. À cela s'ajoute un contexte politique compliqué, un système en pleine mutation.

L'ONG Ecpat Luxembourg lance trois nouveaux projets au Népal pour lutter contre l'exploitation sexuelle des enfants. Depuis le tremblement de terre de 2015, ce fléau s'est étendu. À cela s'ajoute un contexte politique compliqué, un système en pleine mutation. 

L'Ecpat (End Child Prostitution, Child Pornography And Trafficking of children for sexual purposes) est une organisation non gouvernementale (ONG) dont le bureau luxembourgeois, ouvert en 1995, fait partie du réseau Ecpat International présent dans près de 90 pays. Cette ONG, placée sous le haut patronage de la Grande-Duchesse, est agréée par le ministère des Affaires étrangères qui la finance à 80%, le reste étant constitué de fonds propres. Ecpat organise aussi des actions de sensibilisation au Luxembourg. 

Actuellement, au Népal, où Ecpat est présent depuis 2008, 1.254 enfants sont recensés comme vulnérables ou victimes d'exploitation sexuelle à des fins commerciales au Népal. 840 ont déjà été pris en charge depuis le lancement de l'un des projets d'Ecpat en août 2016.

Le 30 juillet, c'était la Journée mondiale de la dignité des victimes de la traite d’êtres humains. Nous avons attendu son retour du Népal pour avoir un entretien avec Thomas Kauffmann, directeur exécutif d'Ecpat Luxembourg, alors que le trafic lié à la prostitution enfantine grandit au Népal. 

En quelques mots, quelle est la situation au Népal?

Le Népal est l'un des pays les moins développés au monde, en ce sens sa situation est semblable à celle du Mali. Bien que le Népal soit beaucoup plus populaire et touristique, notamment grâce à l'Himalaya. Et les habitants sont très accueillants. Les gens qui y ont voyagé ont une image très positive de ce pays, destination à la mode dès les années soixante. Le tremblement de terre destructeur de 2015 a transformé, outre le paysage culturel et touristique à cause de l'effondrement de monuments historiques, le paysage social. Il faut savoir qu'avant cela, le Népal était une monarchie. Le roi a été renversé et une république était en train de se mettre en place. Le pays est constitué d'une centaine d'ethnies qui sont très différentes les unes des autres et il y existe un système de castes sociales, comme en Inde.

Les écoliers népalais sont mis en garde sur le modus operandi des trafiquants.
Les écoliers népalais sont mis en garde sur le modus operandi des trafiquants.
Photo: Ecpat Népal

Quelles sont les conséquences de ces événements politiques et climatiques?

Elles entraînent une paupérisation de la société. Les familles sont dispersées, à la recherche d'un travail, d'argent. C'est bien sûr ce qui rend de nombreuses familles vulnérables, notamment les enfants. Des trafiquants passent voir les familles, leur proposent d'emmener leur fille en ville où elle pourra travailler. Les parents ne réalisent pas le danger, ou parfois ne veulent pas le voir. Ce sont surtout des jeunes filles de 14 à 18 ans qui sont visées. 

Quels sont ces projets mis en place par l'Ecpat au Népal?

Nous en avons quatre: l'un concerne la prévention et la sensibilisation sur les risques présents sur internet et les réseaux sociaux. Le second vise particulièrement les industries dites de loisirs et de divertissement, ainsi que les salons de massage. Par lieux de loisirs et de divertissement, on entend surtout les bars où l'exploitation sexuelle se répand actuellement. Nous faisons de la prévention dans de grands groupes hôteliers, organisons des formations destinées aux autorités qui travaillent aux frontières, ou pour les familles, les enseignants. Nous expliquons les risques, la triste réalité. Notre troisième action se focalise sur le mariage précoce et forcé. Les petites filles peuvent se retrouver mariées à l'âge de 8 ou 9 ans. La loi prévoit l'âge minimum de 21 ans, mais les lois qui existent ne sont pas appliquées. Le quatrième projet concerne la traite d'être humains, les jeunes filles surtout qui sont dans des réseaux de prostitution.

Quels sont vos moyens d'agir?

Nous travaillons avec des partenaires locaux qui coordonnent les projets. Nous assurons le soutien financier et le renforcement des capacités sur place. Nous travaillons avec des associations locales et contribuons à mettre en place des centres d'accueil où les jeunes victimes sont encadrées par des travailleurs sociaux et des psychologues. Les moins de 15 ans retournent à l'école. Les plus de 15 ans suivent une formation professionnelle.

Comment mettez-vous ces projets en place?

Nous les préparons et les écrivons avec nos partenaires locaux. Tous ces projets sont contrôlés et validés par le ministère des Femmes et Enfants au Népal. 

À quelles principales difficultés devez-vous faire face? 

La corruption est un problème très présent au Népal. C'est pour cela que nos interlocuteurs sur place ont un rôle essentiel. Ils font en sorte de nouer des relations de confiance dans divers secteurs, comme avec les autorités. Il est très important de trouver la personne de confiance et de bonne volonté qui pourra aider à concrétiser ces actions. D'autre part, les formes d'exploitation sexuelle évoluent. Nous devons nous adapter rapidement. Notre intervention doit être plus large que celle que nous avions mise en place jusqu'à présent. Nous devons avoir une approche holistique. Nous avons eu le cas de jeunes filles qui avaient été extraites de réseaux de prostitution. Elles ont été placées dans un lieu d'accueil en attendant de pouvoir les identifier et retrouver leurs familles. Cette repatriation a duré longtemps, notamment en raison des lourdeurs administratives, mais aussi pour retrouver leurs papiers d'identité. Elles sont restées là huit mois, dans des conditions déplorables. C'est donc une des étapes qui font désormais partie de nos actions. 

Propos recueillis par Anne Fourney

En savoir plus sur les associations partenaires d'Ecpat au Népal

  • Sur le trafic d'être humains: Shakti Samuha
  • Sur les projets liés aux risques pour les enfants sur internet: Voice of Children
  • Sur l'exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales dans les lieux de loisirs et de divertissement: Biswas Nepal
  • Pour lutter contre le mariage forcé: Aawaaz

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