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Eau potable, cultures: "On se trouve dans une situation de sécheresse avérée"
Luxembourg 5 min. 08.06.2017 Cet article est archivé

Eau potable, cultures: "On se trouve dans une situation de sécheresse avérée"

Les agriculteurs luxembourgeois craignent le pire pour leur récolte

Eau potable, cultures: "On se trouve dans une situation de sécheresse avérée"

Les agriculteurs luxembourgeois craignent le pire pour leur récolte
illustration / Maurice Fick
Luxembourg 5 min. 08.06.2017 Cet article est archivé

Eau potable, cultures: "On se trouve dans une situation de sécheresse avérée"

Christelle BRUCKER
Christelle BRUCKER
Avec seulement 3,9 litres de pluie par mètre carré, le mois d'avril a été le plus sec jamais enregistré au Luxembourg (station du Findel) depuis le début des mesures en 1947.

(ChB) - Avec seulement 3,9 litres de pluie par mètre carré, le mois d'avril a été le plus sec jamais enregistré au Luxembourg (station du Findel) depuis le début des mesures en 1947.

Ce déficit pluviométrique d’environ 93% par rapport à la période de référence est à l'image de la météo de ce printemps: un temps chaud, ensoleillé et surtout beaucoup trop sec, ce qui menace les récoltes et inquiète le gouvernement qui a d'ores et déjà appelé la population à économiser l'eau pour éviter une pénurie cet été.

Eau potable: un déficit mais pas de menace sérieuse

En ce qui concerne le lac de la Haute-Sûre, réservoir pour la production d'eau potable, son niveau est soumis à une régulation gérée par une convention entre l'Etat et l'exploitant de la centrale hydroélectrique sur place.

La consigne prévoit qu'au début de chaque hiver hydrologique, entre octobre et fin mars, le niveau du lac est abaissé à une cote inférieure à 317 mètres sur mer afin de garantir une protection contre les inondations.

L'absence de précipitations notables fin 2016 a entraîné un abaissement jusqu'à 313 mètres, précise la ministre de l'Environnement, Carole Dieschbourg, dans une réponse parlementaire.

Les précipitations de fin janvier et début février ont suffi à relever le niveau du barrage à une cote de 316 mètres puis à 318 mètres fin mars. Mais pour sécuriser l'approvisionnement en eau potable, la cote doit être à 319,50 mètres à l'arrivée de l'été hydrologique, le 1er avril de chaque année.

Or, il y a un déficit de 1,5 mètre par rapport au niveau attendu cette année. Selon la ministre, cela n'aura "probablement pas d'influence substantielle sur les réserves pour l'approvisionnement en eau potable retenues dans le lac, qui sont suffisantes pour couvrir les besoins de l'année, sous condition d'un été avec une météorologie normale."

Cependant, si la pluie n'est pas au rendez-vous, ce déficit ne pourra pas être compensé durant l'été. Pas de panique: ce fut le cas en 2014 avec un déficit de 3,5 mètres qui n'a pas eu d'influence sur la situation d'approvisionnement en eau potable.

Le ministère confirme l'état de sécheresse 

Du côté des cours d'eau, les niveaux sont exceptionnellement bas. L'ensemble des données des stations hydrométriques montre que leur débit moyen en ce moment est largement sous la normale.

"Ceci correspond à une situation qui, jusqu'à présent, ne se présentait qu'en pleine période estivale", commentent les ministres de l'Environnement et de l'Agriculture, affirmant qu'on se trouve aujourd'hui "dans une situation de sécheresse avérée".

La situation est alarmante par endroits
La situation est alarmante par endroits
Maurice Fick

De gros dégâts sur les récoltes

Pour les agriculteurs et vignerons du Luxembourg, le coup est dur: le manque d'eau est significatif et les gelées sévères et répétées en avril et début mai n'ont pas arrangé les choses. Le ministre de l'Agriculture, Fernand Etgen, fait le point:

  • prairies permanentes: les pertes sont très importantes. La première coupe représentant 40% de la production annuelle est retardée et nettement diminuée suite à la sécheresse combinée au froid. Dans les champs d'essais de l'Administration des services techniques de l'agriculture, les pertes s'élèvent à environ 30%. 
  • céréales d'hiver: il y a des pertes à craindre à cause du stress hydrique et du froid. En plus, il peut y avoir une carence en azote induite par le manque de pluie nécessaire pour dissoudre et faire absorber l'azote apporté par les engrais. Pour les orges, des épis raccourcis sont à craindre pour l'ensemble des céréales, une réduction du nombre de talles et donc du nombre d'épis à l'hectare. Les blés sont chétifs et le tallage a été insuffisant. Le gel risque d'avoir détruit des épis ou parts d'épis. 
  • céréales de printemps: la levée est irrégulière, la situation est à suivre. L'orge de printemps a visiblement souffert du froid mais il est trop tôt pour voir des dégâts.
  • colza: le gel risque d'avoir détruit des fleurs, mais il faut suivre le développement dans les semaines à venir. La floraison prolongée a probablement permis de compenser les dégâts. Il y a cependant dans certaines parcelles des dégâts dus à la sécheresse.
  • maïs: les conditions de semis sont très bonnes, des dégâts ne sont pas encore constatés.
  • pommes de terre: les conditions de plantation sont très bonnes, le développement est freiné voire stoppé mais des dégâts ne sont pas à craindre pour l'instant.
  • fruits à noyaux: les dégâts sont très importants voire totaux (gel).
  • fruits à pépins: les dégâts dépassent probablement partout les 30%, des pertes beaucoup plus graves (-70 %) sont à craindre par endroits. Les fleurs sont gelées et les vols d'insectes pollinisateurs sont insuffisants. Il faut attendre les semaines à venir pour faire une estimation plus concrète. La sécheresse a probablement accru les dégâts de gel au niveau de l'écorce des arbres, créant des fissures et par conséquent des portes d'entrée pour des maladies fongiques (p.ex. chancre) .

Concernant l'horticulture et le maraîchage, les coûts d'arrosage sont exceptionnels suite à la sécheresse persistante depuis l'automne.

  • asperges: il y a des dégâts dus au gel et les rendements sont diminués.
  • fraises: les fleurs sont gelées et les rendements sont nettement diminués. Il faut attendre les semaines à venir car la floraison tardive pourra compenser une partie des pertes.

Enfin, concernant la viticulture, une irrigation manuelle est actuellement nécessaire pour éviter le dépérissement des jeunes vignes plantées cette année.

Les vignes en 2e et 3e années de plantation n'ont pas encore montré de symptômes graves à ce jour. Le problème s'aggraverait rapidement si la sécheresse persistait.

Des pertes de récoltes importantes en seraient la conséquence dans les jeunes vignes inférieures à 10 ans d'âge ce qui correspond à une superficie d'environ 200 ha de vignobles.


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