Du personnel soignant frontalier réticent à s'installer
Du personnel soignant frontalier réticent à s'installer
(DH) - Si un élan de solidarité envers les personnels soignants trouve un écho très favorable et si 2.000 chambres d'hôtel ont été mises à disposition, les frontaliers concernés semblent hésiter à franchir le pas. Preuve en est le nombre de demandes officielles parvenues à ce jour. A savoir «160 demandes fermes et d'autres avec le conditionnel, selon la suite à donner à cette crise », indique François Lafont, directeur du Luxembourg Convention Bureaux, l'organisme chargé de gérer les dossiers.
Au total, ce sont donc un peu plus de 10% des 11.600 personnels soignants résidant hors du Luxembourg qui se sont engagés à bénéficier de la prise en charge offerte par le gouvernement. A noter qu'à ce jour, les dossiers enregistrés font état de demandes très largement allemandes et françaises. L'idée semble moins convaincre les Belges.
«Je comprends la réticence de mes collègues qui ont une famille et des enfants », témoigne Benjamin, aide-soignant à la clinique Bohler qui a, lui, officiellement introduit une demande. «Pour ma part, je suis célibataire et j'habite un petit appartement dans l'est du département de la Moselle», indique-t-il en précisant que sa nouvelle adresse lui permettra «d'éviter des trajets et des passages par l'Allemagne.»
Ludivine, elle qui nous a laissé un message sur notre page Facebook, ne compte pas s'installer au Luxembourg. Même en cette période de crise sanitaire. «C'est bien trop compliqué», assure-t-elle en référence au fait de «déménager sa famille, ses animaux, etc... » Selon elle, «tout est une question de mesure, à commencer par de ne pas être bloquée des heures à la frontière.»
Pour Gaëlle et Robert, tous deux infirmiers au CHL, aux urgences et en psychiatrie, la question ne se pose pas. «En tout cas pas encore», assurent-ils. Parents de deux enfants de neuf et cinq ans, propriétaires d'une maison avec un grand jardin où vivent des poules pondeuses, le confinement imposé n'est pour l'heure pas oppressant.
«De plus, travaillant tous les deux au CHL, nous nous organisons pour garder les enfants… Et pour assurer les cours à la maison», précise Robert qui éprouve le besoin de retrouver son chez-soi pour «décompresser». Un chez-lui qu'il a d'ailleurs aménagé, avec une pièce et une douche au rez-de-chaussée, «pour prendre les mêmes précautions sanitaires qu'à l’hôpital».
«La proposition du gouvernement a été appréciée par tout le monde», ajoute-t-il encore, «mais, comme mes collègues, nous sommes d'avis qu'il nous faut une véritable coupure avec le travail.» Pourtant, en cas de force majeure, le couple se dit prêt à franchir le cap. «Si les frontières sont fermées, ce sera la seule solution. Et puis, c'est notre métier. Nous avons choisi de nous mettre au service des patients, alors nous le ferons même si nous ne savons pas quand cette crise prendra fin», assure Robert.
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