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Di Bartolomeo, le virus et la Chambre des députés
Luxembourg 9 min. 16.08.2021
Interview

Di Bartolomeo, le virus et la Chambre des députés

En plus d'un an et demi, Mars di Bartolomeo a déjà été retenu comme rapporteur des lois covid à plus de 20 reprises.
Interview

Di Bartolomeo, le virus et la Chambre des députés

En plus d'un an et demi, Mars di Bartolomeo a déjà été retenu comme rapporteur des lois covid à plus de 20 reprises.
Photo: Steve Eastwood
Luxembourg 9 min. 16.08.2021
Interview

Di Bartolomeo, le virus et la Chambre des députés

En tant que rapporteur sur les lois covid, Mars Di Bartolomeo (LSAP) a été un des acteurs politiques de cette longue séquence de crise. En tant qu'ancien ministre de la Santé, voilà son auto-diagnostic sur les actions qu'il a pu mener.

(pj avec Dany Schumacher) Rapporteur des différents projets de loi covid, le président de la commission de la santé Mars Di Bartolomeo (LSAP) continue d'être sur le devant de la scène ou dans l'ombre des discussions sur la meilleure façon d'agir. A sa place mais discret. Le temps de la pause estivale, il rompt le silence.

Vous avez été rapporteur de 21 projets de loi Covid depuis le début de la pandémie... Ce rôle n'est-il pas devenu lassant?

Mars Di Bartolomeo : «Non, mais c'est du virus dont j'ai marre! Je suis très satisfait d'avoir pu agir, d'avoir apporté une contribution à la lutte contre cette épidémie. Mes années d'expérience comme ancien ministre de la Santé (ndlr : de 2004 à 2013) et mes bons contacts avec mes collègues députés m'ont beaucoup aidé. Je reconnais que cela a été l'un des plus grands défis de ma longue carrière politique.

Parleriez-vous de ce travail comme d'un fardeau?

«La charge de travail a été certainement lourde. Mais j'ai été bien plus gêné par le fait que les libertés des citoyens ont été parfois sévèrement restreintes par nos décisions. Surtout au début de l'épidémie, lorsque le Parlement a prolongé l'état d'urgence, mes genoux tremblaient. C'était la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale que devions le faire. 


10.08.2021, Thüringen, Jena: Medizinstudentin Ivanna Jeziorowsky zieht eine Spritze mit dem Covid-19-Impfstoff von Johnson und Johnson auf. Bei der Impfung in den Räumen der Tafel Jena können Bürger ohne Termin geimpft werden. Foto: Bodo Schackow/dpa-Zentralbild/dpa +++ dpa-Bildfunk +++
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En fait, tout au long de ces mois, il faut reconnaître que nous n'avons jamais eu LA bonne réponse qui aurait pu résoudre chacun des problèmes. Seulement, il n'y en avait tout simplement pas, jamais. Chaque loi était une tentative de faire du mieux possible au moment du vote.

Les textes ont parfois été adoptés dans des délais très serrés. Un bon travail parlementaire correct était-il possible dans ces conditions ?

«Pas un seul texte n'a quitté le Parlement tel que le gouvernement l'avait présenté. Et cela même s'il n'y avait que quelques jours entre la présentation et le vote. Malgré la pression de l'horloge qui tournait, les députés ont pris le temps nécessaire pour analyser et modifier les lois en détail. A tout moment, le Parlement a rempli sa mission de contrôle des lois.


Simplification administrative Dossier Akten Bureau Büro SHUTTERSTOCK
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Dans mon travail de rapporteur, j'ai pu compter sur le soutien d'une équipe très motivée, sans quoi rien n'aurait été gérable. Cela vaut pour le personnel de la Chambre, de la fraction mais aussi pour les fonctionnaires des ministères et les ministres eux-mêmes. Le Conseil d'État a su également se montrer très flexible et prêt à réagir en permanence. Les différentes commissions ont également soumis leurs rapports avec rapidité. 

Les lois covid n'ont pu entrer en vigueur à temps que parce que tous les rouages ont bien fonctionné.

Si cette fois il a été possible d'adopter des changements -parfois fondamentaux- en quelques jours, pourquoi certains autres votes de texte prennent-ils des lustres?

"Là, il s'agissait d'une situation exceptionnelle et les lois covid ont eu la priorité absolue. Toutes les personnes impliquées sont allées jusqu'aux limites de leur endurance. Nous ne pourrions pas travailler sur plusieurs projets d'ampleur en même temps dans un laps de temps aussi réduit. 

Les premières décisions, en particulier, n'étaient pas tout à fait mûres sur le plan juridique. Néanmoins, vous les avez défendues en tant que rapporteur. Avec le recul, quelle est votre conclusion? 

«Les textes ont dû être rédigés dans l'urgence et il y a pu y avoir des inexactitudes. C'était inévitable. Dans ces circonstances, une loi parfaite était impossible. Nous avons gommé les erreurs ou les fautes au fur et à mesure. Nous avons toujours pris les reproches au sérieux. Certes parfois, en raison des contraintes de temps, les critiques n'ont pas été immédiatement prises en compte dans les premières versions, mais seulement incorporées dans le texte suivant. 


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 Ceux qui prétendent qu'ils auraient fait beaucoup mieux, que ce soit juridiquement ou sanitairement, ne sont pas honnêtes. Et ceux qui prétendent avoir la solution parfaite sont les bienvenus pour reprendre mon mandat. Allez-y, faites le job!

L'opposition n'a parfois pas ménagé ses critiques. Pouvez-vous comprendre cette attitude?

«Dans des situations d'urgence comme la crise covid, il serait souhaitable que les députés laissent leur carte de parti à l'entrée de la Chambre. Dans ces cas, il faut se serrer les coudes. Le virus est l'ennemi, pas l'autre parti. Mais il est encore possible de se rapprocher les uns des autres. Il y a des sujets qui se prêtent à des batailles politiques dures, des controverses, mais la lutte contre ce virus n'en fait définitivement pas partie. Il n'y a ni noir ni blanc ici, il n'y a que des nuances de gris.

Du coup, durant ces vacances, vous ne ressentez pas un grand vide dans votre vie? 

«Ouf, non, vraiment pas (rires). Je me suis accordé un peu de temps libre ces derniers jours. J'apprécie le fait de pouvoir -enfin- refaire d'autres choses (comme aller nager à nouveau). Mais l'ensemble de la population a bien mérité de souffler un peu cet été; nous avons beaucoup exigé d'eux ces derniers mois. Mais déjà la rentrée parlementaire approche puisque l'actuelle loi covid prend fin le 14 septembre. Les députés de la commission Santé reprendront leurs réunions en tout début de mois. 

Une certitude : je suis heureux de constater que le nombre de nouvelles infections a bien diminué, et que nous n'ayons pas eu l'obligation d'adopter d'autres mesures strictes dans l'urgence. Cependant, il ne faut pas devenir laxiste et continuer à suivre les règles. Sans oublier d'essayer de convaincre le plus grand nombre de personnes à se faire vacciner. Car à long terme, seule la vaccination nous permettra de maîtriser cette pandémie. Donc : un peu moins de «je» et un peu plus de «nous» !

En tant qu'ancien ministre de la Santé, n'avez-vous jamais été tenté de donner des conseils à Paulette Lenert?

«Non, je n'ai pas été tenté et je n'ai surtout pas eu à le faire. Avec Paulette Lenert, le pays possède une excellente ministre de la Santé (ndlr : les deux sont membres du même parti, le LSAP). Nous avons été en contact étroit tout le temps, presque tous les jours. Je suis notamment content qu'elle ait retenu la voie parlementaire pour faire adopter toutes les mesures ayant rythmé ces vingt mois de crise. Cela leur a donné une plus grande légitimité démocratique, et je pense que cela a également renforcé l'acceptation de ces règles au sein de la population.

D'un côté, 18 mois d'expérience au ministère de la Santé, de l'autre Mars di Bartolomeo et ses 112 mois passés dans la fonction...
D'un côté, 18 mois d'expérience au ministère de la Santé, de l'autre Mars di Bartolomeo et ses 112 mois passés dans la fonction...

Après la fin de l'état d'urgence, nous étions presque tous d'accord au Parlement pour dire qu'il ne serait pas judicieux d'adopter une loi sur la pandémie dans la précipitation. Là encore, je suis ravi que la ministre n'ait pas précipité les choses : on n'écrit pas une loi aussi compliquée du jour au lendemain. 

Les expériences que nous avons faites au cours des derniers mois seront certainement intégrées dans une future loi applicable en période de pandémie; un  texte rédigé à tête reposée.

Qu'auriez-vous fait différemment ?

«Rétrospectivement, on est toujours plus sage. Par exemple, au début de l'été, il aurait sans doute fallu interdire les nuits blanches de façon générale plutôt que de laisser les municipalités s'en charger. Avec le niveau de connaissances actuel, j'aurais certainement réglé certains détails différemment mais pas changé la stratégie globale. Grâce à l'avancée de la vaccination, de nombreuses mesures ont pu être levées. 

Désormais, faudrait-il rendre la vaccination obligatoire, comme le suggèrent certains ?

«Nous n'avons pas besoin d'une obligation générale de vaccination. Je suis plutôt favorable à une responsabilité générale en la matière. Chacun doit prendre ses responsabilités envers lui-même et ses semblables. Je suis fermement convaincu que tout le monde devrait être vacciné, sauf en cas de problème médical. C'est pourquoi nous devons nous montrer convaincants.

La vaccination et les tests sont la clé de plus de libertés. Ceux qui refusent le vaccin ne doivent pas non plus être récompensés pour leur décision. Tant que des personnes tombent gravement malades à cause du virus, voire meurent, chacun doit prendre ses responsabilités.


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La pandémie domine l'agenda parlementaire depuis plus d'un an et demi. Pensez-vous que cela a entraîné des retards dans d'autres domaines ?

«Certains dossiers ont certainement dû être retardés, notamment dans les ministères qui ont été particulièrement sous pression (Santé, Sécurité, Economie, Emploi, Finances, Classes moyennes). En revanche, d'autres ministères un peu moins en première ligne ont continué d'avancer. Dans le domaine du logement, par exemple, toute une série de projets ont été soumis ces dernières semaines. L'Intérieur et la Justice ont aussi proposé de belles avancées.»

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