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Deux pétitions sur la place de la langue: Bettel: «Le luxembourgeois n'est pas en train de mourir»
Luxembourg 4 min. 16.01.2017 Cet article est archivé

Deux pétitions sur la place de la langue: Bettel: «Le luxembourgeois n'est pas en train de mourir»

Xavier Bettel est venu saluer Lucien Welter, l'initiateur de la pétition n°698 qui veut faire du luxembourgeois la première langue officielle du pays. Lui-même «n'a pas calculé avec l'énorme succès», rencontré par sa pétition. Elle a fédéré 14.683 signatures.

Deux pétitions sur la place de la langue: Bettel: «Le luxembourgeois n'est pas en train de mourir»

Xavier Bettel est venu saluer Lucien Welter, l'initiateur de la pétition n°698 qui veut faire du luxembourgeois la première langue officielle du pays. Lui-même «n'a pas calculé avec l'énorme succès», rencontré par sa pétition. Elle a fédéré 14.683 signatures.
Photo: Chris Karaba
Luxembourg 4 min. 16.01.2017 Cet article est archivé

Deux pétitions sur la place de la langue: Bettel: «Le luxembourgeois n'est pas en train de mourir»

Maurice FICK
Maurice FICK
«Le luxembourgeois est notre langue» et elle «n'est pas en train de mourir», a tranché Xavier Bettel à l'issue des deux débats à la Chambre suscités par deux pétitions publiques antagonistes sur la place à attribuer à la langue luxembourgeoise. Notamment dans les écoles, les tribunaux ou le secteur hospitalier.

Par Maurice Fick

«Le multilinguisme est une chance que les autres pays nous envient. Mais le luxembourgeois est notre langue» et elle «n'est pas en train de mourir», a tranché Xavier Bettel à l'issue des deux débats à la Chambre des députés suscités par deux pétitions publiques antagonistes sur la place à attribuer à la langue luxembourgeoise. Notamment dans les écoles, les tribunaux ou le secteur hospitalier.

«Les Luxembourgeois ne peuvent pas produire autant d'enfants (qu'il le faudrait) pour permettre à la langue luxembourgeoise de survivre», est convaincu Lucien Welter, l'initiateur de la pétition record qui avait récolté 14.683 signatures! Moins d'une vingtaine de personnes ont fait le déplacement à la tribune du parlement ce lundi.

La pétition publique n°698 défend l'idée que le luxembourgeois devienne la première langue officielle du pays et qu'elle bénéficie d'«un ancrage plus fort» dans la Constitution sans pour autant «discriminer ou interdire d'autres langues», a posé devant le Premier ministre, le président de la Chambre, le président de la Commission des pétitions et les 28 députés présents, celui qui se présente comme «un simple citoyen qui se fait des réflexions».

Une langue discriminée à l'école

Pour que le luxembourgeois devienne la première langue nationale des résidents - 55% la considèrent comme leur langue principale rappelle le Statec - «Toutes les lois et tous les sites internet de l'Etat doivent être traduits en luxembourgeois.» La place attribuée à «notre langue» doit être plus importante mais elle doit aussi activement être promue dans toutes les administrations étatiques, au sein de la justice, sur les panneaux de signalisation, des rues, à l'école, etc., pense Lucien Welter.

C'est à l'école que «la discrimination de notre langue nationale est la plus évidente», juge-t-il puisqu'il y a «30 fois plus d'heures d'allemand et de français que de luxembourgeois» dans une année scolaire a calculé Lucien Welter. Se disant bien conscient que «cela ne pourra pas se faire du jour au lendemain», il propose un premier pas concret: «Traduire les jugements en luxembourgeois».

«Ce ne serait pas un gain de tout traduire en luxembourgeois», estime le député Claude Adam (Les Verts) alors que Gast Gibéryen (ADR) trouve «très sympathique» l'initiative de cette pétition. Il est le seul député à exprimer les mêmes craintes de «recul» de la langue et pense que «nous devons prendre des initiatives pour contrecarrer ce phénomène». Comme Martine Hansen (CSV) il profite de l'occasion pour demander au Premier ministre ce qu'il reste au final de l'idée d'une demande de reconnaissance du luxembourgeois comme langue officielle de l'Union européenne.

«Pas de repli identitaire à la Brexit!»

«Oui, nous sommes d'avis que le luxembourgeois doit être reconnu au niveau de l'UE», maintient Xavier Bettel avant d'expliquer qu'il attend toujours des informations sur le dossier. Non, «notre langue n'est pas en train de mourir», estime le Premier ministre, persuadé même que «toujours plus de gens l'écrivent» car il «n'a jamais vu autant de luxembourgeois sur les réseaux sociaux». Mais «comment ils l'écrivent... ça c'est une autre question».

Joseph Schloesser (à gauche) et Henri Werner, lors du débat public: «Les langues sont faites pour rassembler pas pour séparer».
Joseph Schloesser (à gauche) et Henri Werner, lors du débat public: «Les langues sont faites pour rassembler pas pour séparer».
Photo: Chris Karaba

Un point sensible évoqué à plusieurs reprises lundi au parlement. Tout comme la «marge de progression» pour la promotion de la langue dans certains domaines. Dans «les secteurs des soins et de la santé il reste des efforts à produire!», a clairement dit Xavier Bettel.

«Nous ne voulons pas de repli identitaire à la Brexit!», ont posé d'emblée Jos Schloesser et Henri Werner, initiateurs de la contre-pétition publique qui s'oppose à l'idée que le luxembourgeois devienne le première langue officielle en matière administrative et judiciaire. La pétition n°725 a permis de récolter 5.190 signatures.

Là non plus, le débat ne s'est pas enflammé durant l'heure allouée. Henri Werner, le fils de l'ancien Premier ministre Pierre Werner, s'est attaché à exemplifier «la dualité de notre caractère national» en expliquant que «la langue française est indispensable. Comme l'allemand, elle fait partie du patrimoine luxembourgeois. Sans le français, le Luxembourg ne serait pas le Luxembourg et ne serait sans doute pas indépendant». Allant clairement jusqu'à dire que «sans les gens de l'extérieur, ça ne roulerait pas ici».

«Nous avons une langue nationale qui est le luxembourgeois mais nous sommes ouverts à deux autres grandes langues». Quant au choix des langues «nous devons conserver cette culture d'ouverture: c'est notre formidable force», estime Henri Werner.

En parlant des gens de l'extérieur, c'est-à-dire les frontaliers, les Portugais et tous ceux qui viennent travailler ou vivre au Luxembourg, «nous devons tout faire pour que tous ceux qui viennent ici sachent que le luxembourgeois existe et qu'il est dans leur intérêt de l'apprendre», glisse Xavier Bettel. Concrètement, le Premier ministre a annoncé la création d'un commissaire à la langue luxembourgeoise avec la coopération du ministère de l'Education nationale dont le rôle sera de déceler les potentialités de promotion du luxembourgeois et de faire des propositions de réformes au Conseil des ministres.

Et à Jos Schloesser de conclure par une citation: «Les langues sont faites pour rassembler pas pour séparer».


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