Changer d'édition

Deux mois de plus pour les patrouilles privées
Luxembourg 4 min. 28.01.2021

Deux mois de plus pour les patrouilles privées

Le contrat initial avec la société GDL doit s'achever le 31 janvier. La Ville entend le reconduire.

Deux mois de plus pour les patrouilles privées

Le contrat initial avec la société GDL doit s'achever le 31 janvier. La Ville entend le reconduire.
Photo : Chris Karaba
Luxembourg 4 min. 28.01.2021

Deux mois de plus pour les patrouilles privées

Patrick JACQUEMOT
Patrick JACQUEMOT
L'expérience ne devait durer que neuf semaines, mais la Ville de Luxembourg a choisi de prolonger jusque fin mars les rondes d'agents de sécurité autour de la gare et en ville haute. De quoi irriter l'opposition.

Déjà, en annonçant la mise en place de patrouilles privées du 1er décembre au 31 janvier, Lydie Polfer (DP) s'était attirée les foudres politiques. La bourgmestre de la capitale irritant par ce choix autant l'opposition communale que le ministre de la Sécurité intérieure, Henri Kox (Déi Gréng). Mais alors que ce qui ne devait être qu'une expérience de deux mois touche à son terme, l'élue et le conseil échevinal ont décidé de poursuivre l'opération.


Quartier de la gare, Bahnhof Luxemburg, avenue de la liberté, photo Guy Wolff
«La police, seule, ne peut régler tous les problèmes»
La décision de la Ville de Luxembourg d'avoir recours à une société privée pour sécuriser le quartier Gare continue de faire des remous. Mardi, Henri Kox, ministre de la Sécurité intérieure, et la bourgmestre Lydie Polfer s'accordent sur le besoin de coopération.

Ainsi, le contrat avec la société GDL devrait être allongé de deux mois. Agents de sécurité et chiens étant donc amenés à reprendre leurs rondes jusqu'à fin mars autour de la gare et en ville haute. Avec toujours cette mission (plus clairement définie désormais) : «Surveillance des infrastructures et installations communales dans les parcs et places publics par une présence visible dans le périmètre assigné, de prêter assistance aux personnes en difficulté, ce dans la limite de ce qui est légalement permis à tout citoyen, ainsi que d'appeler la police en cas d'incident».

Pour les élus LSAP, déi Lénk et Déi Gréng, l'initiative reste contestable. Et l'opposition ne s'est pas privée de le rappeler lors du dernier conseil communal, le 25 janvier dernier. Légalité du contrat, rôle des chiens, destinataire des comptes rendus de patrouille, empiétement sur le rôle même de la police : les reproches sont divers. Et Lydie Polfer de balayer la polémique et de tacler les élus contestataires qui, selon elle, «ne se préoccupent aucunement de la situation critique dans les quartiers de la gare et de Bonnevoie, et n'apportent aucune réponse concrète à ce propos». 

Polémique locale, débat national

Mais au-delà de ce qu'elle qualifie de «polémique non constructive», la bourgmestre ne cache pas une frustration. Entre d'un côté la responsabilité qui lui est donnée d'être responsable de la sécurité sur la Ville, et de l'autre de ne pas avoir les moyens légaux d'assumer pleinement ce rôle. Certes, une commune peut contractualiser des missions de surveillance avec une société privée de gardiennage, mais la situation à Luxembourg-ville a le mérite de soulever plusieurs problématiques sur lesquelles gouvernement et parlementaires pourraient se pencher.

Et Lydie Polfer d'évoquer plusieurs pistes à suivre comme de permettre à l'avenir à la police de pouvoir intervenir sur des incivilités telles que l'obstruction des entrées d'immeuble; de mieux définir le cadre des missions des agents de gardiennage sur le domaine public ou l'extension des compétences des agents communaux en matière de police administrative. 

Changer la loi

Au-delà, la bourgmestre de Luxembourg qui occupe également les fonctions de député entend que des précisions soient apportées «en matière de décision d'éloignement à l'article 142 de la loi modifiée du 29 août 2008 portant sur la libre circulation des personnes et l’immigration». Partant du constat que des délinquants d'origine étrangère en situation irrégulière et refoulés du Grand-Duché se retrouvent dans la capitale quelques jours après leur expulsion.


Lokales, Jugendkriminalität im Bahnhofsviertel, Gare de Luxembourg, Foto: Guy Wolff/Luxemburger Wort
Le quartier de la gare attend toujours ses caméras
Promise voilà deux ans, la vidéosurveillance n'a toujours pas été installée dans ce secteur de la capitale. De quoi alimenter les débats en conseil communal autour d'un quartier toujours en attente de plus de sécurité.

Autant de sujets qui sont désormais parmi les dossiers à traiter par la ministre de la Justice, Sam Tanson. Le ministre de la Sécurité intérieure assurant, pour sa part : «Nous sommes conscients des besoins du quartier de la gare et notre but est d’augmenter la présence de la police grand-ducale sur le terrain et de devenir encore plus efficace.» Henri Kox que la Ville de Luxembourg entend inviter à une prochaine réunion publique avec les riverains du quartier de la gare. Enfin, dès que les mesures sanitaires le permettront...

D'ici là, les élus de la capitale devraient avoir reçu les conclusions du groupe de travail interministériel chargé de proposer une approche globale sur les problèmes liés à la criminalité dans les quartiers de la gare et Bonnevoie. Un sondage auprès de la population de ces secteurs avait d'ailleurs été organisé dans ce cadre, en décembre dernier, pour connaitre son ressenti sur le climat régnant dans ces quartiers.

Suivez-nous sur Facebook, Twitter et abonnez-vous à notre newsletter de 17h.


Sur le même sujet

Les patrouilles privées restent sujet de discorde
Trois des quatre partis d'opposition ont déposé une motion au conseil communal de Luxembourg s'opposant aux rondes d'agents de sécurité dans le quartier Gare notamment. Pas de quoi infléchir la position de la bourgmestre, Lydie Polfer.
Lokales, Sicherheitsbeamter Quartier Gare, Agent de Sécurité, GDL Security, Foto: Chris Karaba/Luxemburger Wort
Apaisement recherché pour le secteur Gare-Bonnevoie
La mort tragique d'un jeune homme de 18 ans, fin janvier, a remis le quartier et ses abords sous les feux des projecteurs. L'insécurité grandissante mobilise les initiatives. Autant de la part des élus, des équipes sociales que des forces de police.
Illustration, CFL, Zugschienen, Rotondes, Bonnevoie, Fussgängerbrücke zwischen Bahnhof und Bonnevoie, CFL   Foto: Anouk Antony/Luxemburger Wort
Bonnevoie pourrait aussi passer sous surveillance privée
La controverse autour de la sécurisation du quartier de la gare par une société privée se poursuit et devrait faire l'objet d'un débat parlementaire. Pourtant, pour Laurent Mosar, l'opération est un succès et pourrait même être étendue.
Les patrouilles de société privées sont censées remedier au sentiment d'insécurité et au mécontentement des habitants du quartier.
«La police, seule, ne peut régler tous les problèmes»
La décision de la Ville de Luxembourg d'avoir recours à une société privée pour sécuriser le quartier Gare continue de faire des remous. Mardi, Henri Kox, ministre de la Sécurité intérieure, et la bourgmestre Lydie Polfer s'accordent sur le besoin de coopération.
Quartier de la gare, Bahnhof Luxemburg, avenue de la liberté, photo Guy Wolff
L'Observatoire des délinquances attendra
Si rien ne s'oppose à voir le Luxembourg se doter d'un tel outil, la ministre de la Justice Sam Tanson reconnaît que le projet n'est pour l'heure pas à l'ordre du jour.