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«Deux élèves par classe ont un trouble d'apprentissage»
Luxembourg 3 min. 19.01.2016 Cet article est archivé
Cathy Mangen du SCAP

«Deux élèves par classe ont un trouble d'apprentissage»

 Résultats scolaires en baisse, impression que l'enfant a le potentiel intellectuel mais que les résultats ne suivent pas, comportements plus difficiles que chez d'autres enfants...
Cathy Mangen du SCAP

«Deux élèves par classe ont un trouble d'apprentissage»

Résultats scolaires en baisse, impression que l'enfant a le potentiel intellectuel mais que les résultats ne suivent pas, comportements plus difficiles que chez d'autres enfants...
Photo: Shutterstock
Luxembourg 3 min. 19.01.2016 Cet article est archivé
Cathy Mangen du SCAP

«Deux élèves par classe ont un trouble d'apprentissage»

Le 30 janvier se déroulera le premier forum international des troubles d'apprentissage à Luxembourg. L'occasion de revenir sur le rôle important du SCAP.

Par Sophie Wiessler

Le 30 janvier prochain se déroulera le premier forum international des troubles d'apprentissage à Luxembourg. L'occasion de revenir sur le rôle important du SCAP - Service de Consultation et d'Aide pour troubles de l'Attention, de la Perception et du développement Psychomoteur - avec sa directrice, Cathy Mangen.

Quel est le rôle du SCAP ?

Cathy Mangen, directrice: Depuis 25 ans, ce service s'occupe des problèmes liés à la psychomotricité. Mais avec le temps, ce sont aussi les troubles de l'attention qui ont commencé à intéresser le SCAP, puisque nous étions de plus en plus confrontés à des élèves ayant des difficultés de concentration. Nous sommes le seul service qui s'occupe de ce genre de troubles d'apprentissage au Luxembourg.

Nous avons énormément de demandes, plus de 150 nouvelles tous les ans. Nous ne prenons pas en charge les enfants souffrant uniquement de troubles –dys sans difficultés associées: un orthophoniste peut s’en occuper sans devoir passer par notre liste d’attenteNous privilégions les cas plus complexes, où l'enfant souffre de plusieurs problèmes, comme l'attention, l’hyperactivité, la coordination motrice et/ou les difficultés d'apprentissage.

Généralement ce genre de troubles ne vient pas tout seul. L'enfant éprouve bien souvent plusieurs difficultés.

Combien d'élèves accueillez-vous ?

Nous avons à peu près 300 élèves qui viennent quotidiennement. Beaucoup plus si on compte également ceux qui ne sont pas suivis en permanence. Il faut savoir que le SCAP est un service ambulatoire. Les enfants que nous accueillons sont "normaux", intelligents, ils suivent leurs cours dans les écoles et lycées du pays et viennent suivre des thérapies individuelles ou en groupe au sein de notre établissement. Nous prenons en charge des enfants dès l'âge de 4 ans, jusqu'à 18 ans. 

Notre but est de comprendre d'où viennent ces troubles ou ces difficultés et de voir ce que l'on peut faire pour arranger ça. La complexité des soins pour ces enfants et adolescents exige un travail en équipe. Par un diagnostic ciblé, ainsi que des prises en charge pédagogiques, thérapeutiques, psychologiques et/ou médicales adéquates, nous essayons d'aider à trouver une perspective pour l'enfant.

Comment repère-t-on ces troubles chez nos enfants ?

Généralement, c'est l'école ou les parents qui sont les premiers alertés. Résultats scolaires en baisse, impression que l'enfant a le potentiel intellectuel mais que les résultats ne suivent pas, comportements plus difficiles que chez d'autres enfants... Pour les TDA(H) - trouble déficitaire de l’attention avec/sans hyperactivité -, cela se repère plutôt facilement. Votre enfant a du mal à rester en place, il fait des fautes d’inattention, prend beaucoup de temps pour faire ses devoirs, ne peut s'empêcher de vous interrompre etc.

Au niveau de la dyslexie, je pense que les écoles ne sont pas suffisamment sensibilisées. Les difficultés pourraient être repérées dès la maternelle si les professeurs éveillaient davantage de soupçons. 

En terme de chiffres, il n'existe pas encore de statistiques propres au Luxembourg mais nous nous trouvons sans aucun doute au même niveau que nos voisins européens. Je dirais donc que deux élèves par classe sont atteints de troubles d'apprentissage. Le Luxembourg a aussi cette particularité de multilinguisme qui, je pense, rend la vie plus difficile encore pour nos enfants et pour ceux atteints de troubles.

Que pensez-vous de la création de ce forum sur les troubles de l'apprentissage, le 30 janvier prochain ?

C'est une grande opportunité pour tous les concernés, qu'ils soient enfants, parents ou professeurs. La Grande-Duchesse veut donner un signal fort: elle veut que ce forum ait un impact au Luxembourg, pour que la population se rende compte du combat de tous les jours de ces jeunes. 

Ce forum permettra d'ouvrir des portes sur le monde politique également, afin que tout le monde puisse réfléchir à comment mieux encadrer ces enfants et leur fournir une prise en charge adéquate. Il sera sans aucun doute de grande qualité et j'en suis ravie.


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