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Des réserves en eau «critiques» dans certaines communes
Luxembourg 9 min. 18.08.2022
Au Luxembourg

Des réserves en eau «critiques» dans certaines communes

50% de l'eau potable du pays provient du lac de la Haute-Sûre, celle-ci est traitée grâce à la station de traitement à Eschdorf.
Au Luxembourg

Des réserves en eau «critiques» dans certaines communes

50% de l'eau potable du pays provient du lac de la Haute-Sûre, celle-ci est traitée grâce à la station de traitement à Eschdorf.
Photo: Nico MULLER
Luxembourg 9 min. 18.08.2022
Au Luxembourg

Des réserves en eau «critiques» dans certaines communes

Simon MARTIN
Simon MARTIN
Quel est l'impact de la sécheresse actuelle sur nos réserves en eau potable? On fait le point avec la division des eaux souterraines et des eaux potables.

Une chose est certaine: les vagues de chaleur qui se sont succédé au Luxembourg durant l'été, entraînant une grande sécheresse, ont mis en évidence toute l'importance de l'or bleu et du besoin de protéger cette ressource à tout prix. Le pays est-il toutefois armé pour faire face aux prochains caprices du dérèglement climatique? Brigitte Lambert, chargée d'études dirigeante pour la division des eaux souterraines et des eaux potables, indique en effet que les réserves d'eau potable risquent de subir une pression importante à moyen terme au regard de la météo de ces dernières années.


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Comment le Luxembourg est-il approvisionné en eau? Il faut savoir que 50% de l'eau potable du pays provient de ses eaux souterraines, l'autre moitié provient du lac de la Haute-Sûre où celle-ci est traitée grâce à la station de traitement à Eschdorf. «L'eau provient donc du lac de barrage, l'avantage étant que celle-ci est moins concernée par la baisse du niveau des cours d'eau, contrairement à une rivière par exemple», explique Brigitte Lambert. «L'approvisionnement est donc garanti sans aucun problème. Le seul facteur limitatif, c'est la capacité de traitement. Mais de côté-là, le site d'Eschdorf est capable de traiter plus de 40.000m³ supplémentaires par jour, portant la capacité totale à 110.000m³ par jour.»

Pour donner un ordre d'idée, sachez qu'en moyenne, chaque jour, 120.000m³ sont consommés au Luxembourg.

Le problème des eaux souterraines 

Et les eaux souterraines dans tout cela? Le constat est bien moins réjouissant de ce côté-là. «Environ 60.000m³ d'eaux souterraines sont disponibles chaque jour, la moitié de la consommation quotidienne donc. Néanmoins, cette capacité est forcément dépendante de la météo. En d'autres termes, la recharge des nappes phréatiques ne se fait que durant la période hivernale», détaille Brigitte Lambert. Comprenez par là que durant l'été, et peu importe les conditions météorologiques, les recharges des nappes sont très limitées. «En vérité, la sécheresse actuelle n'a pas ou peu d'effets sur les ressources. Par contre, celle-ci aura un impact plus ou moins majeur sur la prochaine période de recharge, l'hiver prochain en l'occurence.»


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Pourquoi? Tout simplement car la saturation des sols, nécessaire à la recharge des nappes phréatiques, est actuellement largement déficitaire. «Les sols sont profondément secs. Dès lors, quand il commencera à pleuvoir en automne, il faudra attendre un certain temps avant que ces mêmes sols soient saturés. Il y a donc des ressources qui mettent plusieurs mois, voire plusieurs années à retrouver un état normal. Et c'est précisément sur ces ressources que l'on constate une baisse des débits.»

Si bien que la situation commence à devenir critique dans certaines régions, comme le présage Brigitte Lambert. «Il y a des communes autonomes qui ne sont pas raccordées à un syndicat d'eau potable et qui n'ont pas la possibilité d'avoir recours aux eaux du lac de barrage. Celles-ci sont donc essentiellement dépendantes de leurs eaux souterraines et cela risque de poser problème.»

Les communes de l'est du pays davantage concernées

Pour la chargée d'études dirigeante, il s'agit essentiellement de communes de l'est du pays, de la région du Mullerthal notamment. «La situation est assez tendue pour le moment là-bas. Surtout que la baisse de consommation que l'on constate généralement en été, en raison des congés collectifs, n'a pas lieu du fait que durant l'été, ces communes sont très visitées par les touristes et donc la consommation d'eau ne baisse pas de la même manière que dans le reste du pays.»


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Brigitte Lambert est très claire à ce sujet: le risque, à moyen et long terme, c'est qu'il n'y aura plus assez d'eau pour ces communes. Pas question pour autant de rester les bras croisés en attendant le scénario catastrophe. «En tant qu'Etat, nous encourageons ces communes à s'interconnecter avec des communes voisines ou à se syndiquer afin de sécuriser l'approvisionnement en mutualisant les sources. On a d'ailleurs la possibilité de subventionner à hauteur de 50% des projets régionaux qui vont dans ce sens. Il existe aussi des importations d'eau en provenance d'Allemagne qui sont réalisées mais cela reste très limité et cela ne concerne que le volet local.»

Dès lors, à quoi s'attendre si l'automne et l'hiver qui arrivent se montrent particulièrement secs? «Dans les faits, on a observé qu'il faut plusieurs années consécutives de recharges déficitaires pour rencontrer, sur l'ensemble du pays, une situation vraiment tendue. Il ne suffit pas d'une seule année déficitaire. Par exemple, l'hiver passé était dans la moyenne des autres années en termes de recharges et l'été passé (année des inondations dévastatrices, NDLR) avait très humide, ce qui a permis de contrebalancer les déficits accumulés lors des années précédentes.»

Les dessous de la stratégie de nationale de préservation de l'or bleu

On l'a compris, le Luxembourg a donc à l'heure actuelle les armes nécessaires pour faire face à la demande en eau de la population. Cela dit, le Grand-Duché connaît déjà une augmentation démographique sans pareille, vouée à s'accentuer dans le futur. Dès aujourd'hui, le pays planche donc sur une stratégie nationale qui devra permettre d'éviter la pénurie. Cela doit-il passer par de nouvelles ressources? «On est conscient de ce développement et on a déjà fait nos propres projections en termes de besoins futurs. On a constaté que d'ici une quinzaine d'années, on sera assez juste», craint Brigitte Lambert.

C'est donc dans ce contexte qu'une stratégie nationale a été mise sur pied afin de garantir un approvisionnement suffisant sur le long terme. «Celle-ci repose sur trois piliers. Le premier, c'est la protection systématique de toutes les ressources disponibles»

Parmi les idées sur la table pour y parvenir, la remise en état de plusieurs points de captage d'eaux souterraines, dont plusieurs ont été abandonnés en raison de la présence de nitrates et de résidus accumulées en raison de l'agriculture intensive. «Ces dernières années, on estime le manque à gagner à environ 13.000m³ par jour», précise Brigitte Lambert. 

Le second pilier rejoint le premier avec une protection systématique de toutes les économies d'eau, et ce, à tous les échelons de la société. «Depuis le fournisseur jusqu'au consommateur en passant par le secteur industriel et agricole». 

Ces dernières années, on estime le manque à gagner à environ 13.000m³ par jour à cause des points de captage d'eaux souterraines abandonnées

Brigitte Lambert

Pour cela, il faut donc changer le comportement du client pour une utilisation plus rationnelle et consciente de son eau. «Je pense notamment à des appareils et des installations plus économes en eau».

Enfin, le troisième et dernier pilier concerne la substitution. «C'est-à-dire l'utilisation d'une autre ressource que l'eau potable pour certaines actions du quotidien: la chasse d'eau, le nettoyage ou encore l'arrosage du jardin. Je pense à de l'eau de pluie, mais là encore, il faut être conscient que ce sont des systèmes qui nécessitent une multiplication des réseaux internes dans les bâtiments où cela est possible, les nouvelles constructions notamment.»

Et puis, si tout cela venait à ne pas être suffisant, un projet de taille est également sur les rails: celui de rendre l'eau de la Moselle potable, un procédé qui n'a techniquement rien d'impossible, mais qui demande un certain temps. «Il y a des études de faisabilité qui sont en phase de finalisation et qui seront terminées vers la fin de cette année», annonce Brigitte Lambert.

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